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Unité 9 vue de l'intérieur

L'établissement Leclerc, à Laval... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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L'établissement Leclerc, à Laval

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Bien sûr, Unité 9 n'est pas parfaite. On a critiqué son manque de diversité culturelle, ses scènes parfois crues et ses intrigues qui tantôt s'étirent, tantôt sont bouclées à la va-vite. Qu'importe. Avec ses cotes d'écoute qui continuent de frôler le million de téléspectateurs, la série a eu un impact indéniable sur les femmes judiciarisées.

À la Maison de transition Thérèse-Casgrain à Montréal, les mardis soir sont un rendez-vous télévisuel pour plusieurs femmes qui y séjournent. C'était pareil lorsqu'elles étaient «en dedans». Unité 9 a son lot de fidèles dans les prisons pour femmes du Québec. «Je n'en ai pas raté une, affirme Karine Soulière, qui a été emprisonnée à deux reprises au cours des dernières années, d'abord à la prison Tanguay, fermée en 2016, et à l'établissement Leclerc, à Laval. Il y a des situations qu'on reconnaît, d'autres, pas.» Elle ajoute que de voir plusieurs personnages de la série réussir leur sortie de prison lui a donné espoir pour la sienne. Elle suit présentement un cours de cuisine et quittera la Maison Thérèse-Casgrain dans quelques jours.

Un coup de main du petit écran

Au fil des sept années qu'aura duré Unité 9, les perceptions envers les femmes au passé criminel ont changé.

«Je pense que cette série a fait beaucoup de bien pour l'imaginaire collectif. Elle a eu des impacts concrets sur la vie des femmes incarcérées», estime Sylvie Frigon, criminologue et professeure titulaire au département de criminologie de l'Université d'Ottawa.

«Est-ce que ça a changé les perceptions au niveau des peines et des sentences? Je ne suis pas sûre, poursuit Mme Frigon. Mais je ne pense pas que ce soit le rôle d'une série d'avoir des répercussions à ce niveau-là.»

Christine Champagne, directrice clinique à la Maison Thérèse-Casgrain, administrée par la Société Elizabeth Fry, remarque que l'accès au logement s'est amélioré pour les femmes, à leur sortie de prison. Avant Unité 9, «il fallait plus se défendre avec un employeur ou un propriétaire. Les préjugés sont un peu plus favorables. Ils voient que ces femmes sont des personnes qui pourraient faire partie de leur entourage». Elle ajoute que les commentaires positifs du public sur la série «ont aidé [les femmes] à s'affranchir d'elles-mêmes, à moins rester dans la honte et la torpeur que crée une incarcération».

Il reste toutefois du chemin à faire, ajoute sa collègue Shirley Granillo, intervenante de soutien. «Il y a moins de stigmatisation, mais la stigmatisation est encore présente, déplore-t-elle. Les femmes ont encore honte. Avant une entrevue d'embauche, elles nous disent: "Et s'ils me demandent si j'ai un casier, je dis quoi?"»

Pour Karine Soulière, l'impact s'est surtout fait sentir auprès de ses proches. «Ma fille de 15 ans pensait au départ que les femmes en prison, on ne les aidait pas, qu'elles étaient laissées à elles-mêmes, raconte-t-elle. Regarder Unité 9 l'a rassurée.»

La fiction et la réalité

Le réalisme - bien qu'imparfait - de la série a été souligné par plusieurs intervenants du milieu au fil des ans. Cependant, il ne faut pas croire que toutes les femmes incarcérées vivent en petits groupes dans des maisonnettes. À Leclerc, «ce n'est pas du tout comme dans l'émission, souligne Brigitte Gagnon, qui a séjourné dans l'établissement de Laval pendant neuf mois. Nous ne sommes pas dans des maisons, comme à Joliette. Et nous n'étions pas libres comme ça. Quand une fille faisait quelque chose, c'était tout le monde au trou».

Sylvie Frigon précise qu'Unité 9 montre des femmes qui séjournent dans des prisons de compétence fédérale, soit celles qui ont obtenu une sentence de plus de deux ans d'emprisonnement. «C'est une très petite minorité des femmes incarcérées», précise-t-elle, ajoutant que, malgré ses qualités, la série a aussi introduit un biais dans la population sur les conditions de détention des femmes au Québec et au Canada qui ne vivent pas en unités. «Présentement, il y a une dénonciation par un groupe de travail des conditions dans lesquelles vivent les femmes à Leclerc. C'est certain que la série ne nous aide pas beaucoup [à faire améliorer les choses].»

Stéfany Boisvert, chercheuse postdoctorale et chargée de cours... (PHOTO NATHALIE ST-PIERRE, FOURNIE PAR STÉFANY BOISVERT) - image 2.0

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Stéfany Boisvert, chercheuse postdoctorale et chargée de cours à l'École des médias de l'UQAM

PHOTO NATHALIE ST-PIERRE, FOURNIE PAR STÉFANY BOISVERT

La fameuse scène du viol

Le réalisme d'Unité 9, c'est aussi celui de la violence faite aux femmes. Une violence dont le traitement, parfois cru, a souvent choqué plusieurs téléspectateurs. On pense notamment à la bouleversante scène du viol de Jeanne. Sans se prononcer sur le choix des concepteurs de montrer l'acte de façon si explicite, Stéfany Boisvert, chercheuse postdoctorale et chargée de cours à l'École des médias de l'UQAM, note que cette scène aura à tout le moins contribué au débat public sur la responsabilité des créateurs face à la représentation du viol. «La représentation du viol des femmes, c'est extrêmement courant dans les séries télévisées dramatiques, constate-t-elle. Ça mène souvent à des dérives.»

«Ce qui est intéressant dans Unité 9, contrairement à d'autres séries policières où l'on montre souvent le viol des femmes, c'est qu'il y avait cette volonté d'axer sur l'exploration du vécu psychologique qu'un tel acte peut avoir sur les femmes.»

Le secret est dans le téléroman

La profondeur, la nuance et la complexité des personnages sont l'une des clés du succès d'Unité 9, selon Stéfany Boisvert. «Il y a des personnages qui nous sont présentés vraiment de manière extrêmement antipathique au départ et auxquels on finit par s'attacher», dit-elle, citant les exemples de Jeanne Biron et de l'IPL Nancy Prévost. «Le récit permet aux téléspectateurs de mieux comprendre toute la complexité du cycle de la violence et des abus qui peuvent mener des individus à commettre des crimes. C'est ça aussi, le tour de force d'Unité 9. L'approche de Danielle Trottier ne me semble pas d'excuser les crimes qui ont pu être commis, mais à tout le moins de comprendre.»

Un tour de force qui a été rendu possible grâce à la forme téléromanesque du récit, faisant en sorte qu'il y avait deux fois plus d'épisodes par année qu'une série proprement dite. «Unité 9 a contribué à redynamiser le téléroman, soutient Mme Boisvert. C'est complètement fou, les cotes d'écoute. On parle beaucoup de la représentation des femmes, mais du point de vue de la culture télévisuelle plus largement, Unité 9 a été importante. Ça a vraiment redynamisé une forme fictionnelle au Québec. Le téléroman, on pensait que c'était mort.»




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