C’est officiellement l’été des téléséries « feel-bad » qui nous remuent, nous choquent et nous font craindre un bronzage facial nucléaire (oui, ça existe vraiment).

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Après la terrifiante minisérie Tchernobyl de HBO et Super Écran, la révoltante When They See Us de Netflix et l’oppressante troisième saison de The Handmaid’s Tale offerte sur Bravo, Crave et Club illico, j’ai été enseveli cette semaine par Years and Years de HBO, que Super Écran relaiera à partir du dimanche 14 juillet à 22 h.

PHOTO FOURNIE PAR HBO

Emma Thompson dans Years and Years

C’est excellent, mais pas jojo du tout. Years and Years, Année après année en version française, s’inscrit parfaitement dans cette vague d’émissions catastrophes aux propos très durs, qui ne se consomment pas en rafale à moins de vraiment triper sur la tachycardie et l’anxiété généralisée.

À la façon de Black Mirror, Years and Years nous transplante dans un futur très rapproché, à Manchester et à Londres. Nous y suivons une famille tricotée serré, les Lyons, sur une période de 15 ans, soit de 2019 à 2034.

Il y a quatre enfants Lyons, tous dans la fin trentaine, début quarantaine : un conseiller financier, un fonctionnaire municipal, une mère de famille monoparentale et une activiste globe-trotter. Cette portion de Years and Years, qui explore leurs liens familiaux complexes, s’apparente à This Is Us. Et attendez de voir ce que le mot « trans » signifie dans cette dystopie.

Le plus intéressant, c’est ce que l’avenir réserve aux Lyons. Sur la scène politique, une dame au franc-parler, Vivienne Rook (formidable Emma Thompson), génère de l’attention médiatique par ses déclarations controversées. Elle a sacré dans un débat télévisé et déclaré qu’elle se crissait du conflit israélo-palestien, pourvu que les citoyens britanniques se sentent bien dans leur pays.

Vivienne Rook divise l’opinion publique. Certains la trouvent rafraîchissante, parce « qu’elle dit ce qu’elle pense, OK ». D’autres craignent ses interventions hyper populistes et nationalistes, qui alimentent la xénophobie et l’intolérance ambiantes.

Le monde dans lequel évoluent les Lyons tourne de moins en moins rond. Donald Trump décroche un deuxième mandat. Les États-Unis s’engagent dans un bras de fer nucléaire avec la Chine. L’extrême droite grimpe dans tous les sondages. L’Ukraine expulse des dizaines de milliers de ses citoyens, ce qui provoque une crise de réfugiés au Royaume-Uni.

On regarde Years and Years et on se dit : oui, il s’agit de fiction, mais ce n’est pas exagéré. Les évènements dramatiques montrés dans les deux premiers épisodes (sur un total de six) pourraient vraiment se produire d’ici quelques années.

Je ne divulgâcherai rien ici, rassurez-vous.

Les personnages de Years and Years ne reconnaissent plus leur pays et s’ennuient de l’époque pré-internet, sans fausses nouvelles et sans intimidation sur les médias sociaux. Comme Diane Lockhart dans The Good Fight, on sent le désarroi et l’incompréhension des protagonistes par rapport aux nombreux bouleversements sociopolitiques.

De son côté, l’aspirante députée Vivienne Rook sait exactement comment exploiter la peur, la confusion et la colère des électeurs, ce qui crée un climat pour le moins explosif.

Ça ne prend qu’un épisode de Years and Years pour y devenir complètement accro. C’est de la télé « feel-bad » qui fait beaucoup réfléchir.

Le monstre de Radio-Canada, offert sur l’Extra de Tou.tv, s’insère également dans ce courant de télé-tragédie difficile à visionner. C’est très bon, mais ça ébranle.

La saison prochaine, TVA abordera ce genre de plus en plus populaire avec la diffusion d’Épidémie, dont le titre révèle à peu près tout. Julie Le Breton y incarnera une infectiologue qui combattra un dangereux virus menaçant la métropole du Québec.

C’est fascinant à quel point nous aimons voir autant de tragédies dans le confort de notre douillet foyer, bien à l’abri du moindre danger. 

Volontairement, nous nous exposons à des drames épouvantables, réels comme fictifs, en sachant qu’ils nous secoueront dans tous les sens.

Sommes-nous collectivement masochistes ? Aimons-nous avoir peur ? Ou les malheurs des autres nous font-ils réaliser à quel point notre propre vie ne va pas si mal que ça ?

Probablement un mélange de tout ça. Voir un personnage souffrir à la télé a même quelque chose de rassurant, de calmant. Dans le sens où ça nous aide à mieux traverser des périodes personnelles plus sombres. Honnêtement, nos petits problèmes pourraient difficilement être pires que ceux de la pauvre June dans The Handmaid’s Tale.