C’est évident que ça fonctionnerait. Pourquoi ça ne marcherait pas, une téléréalité Cupidon de type Occupation double avec uniquement des candidats de plus de 40 ans ?

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Si je me fie à vos courriels et messages Facebook, c’est une émission que vous dévoreriez et commenteriez avec passion. D’ailleurs, la téléréalité Les naufragés de l’amour de Canal Vie a trempé le gros orteil dans le bassin de concurrents avec plus « d’expérience », et la croisière s’est fort bien amusée l’hiver dernier.

Les célibataires d’aujourd’hui n’ont pas que des abdos à tailler, des festivals de musique à faire mousser et des comptes Instagram à alimenter. Ils ont plusieurs enfants, des carrières établies et, croyez-le ou non, des rides ou des cheveux blancs !

Jeudi dernier, L’amour est dans le pré a dévoilé les huit agriculteurs sélectionnés pour la huitième saison. Celui qui a suscité le plus de réactions s’appelle Nicolas et il a 57 ans. Il y a quelque chose de franchement réjouissant là-dedans.

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Nicolas, 57 ans, fait partie des huit agriculteurs sélectionnés pour la huitième saison de L’amour est dans le pré.

Père de cinq enfants maintenant adultes, dont deux couples de jumeaux, Nicolas ne déteste pas le karaoké et travaille comme producteur laitier à Saint-Anselme, dans la région de Chaudière-Appalaches. Sa vidéo de présentation, sur noovo.ca, est super touchante.

Nicolas, un dynamique grand-papa, s’apprête à ralentir et se cherche une compagne pour voyager et couler une retraite dynamique et pas ennuyeuse. Ça change des propos assez vides de Jessika sur son ami Tiësto à Occupation double, édition grecque.

Hélas ! les candidatures de fermiers dans la quarantaine ou la cinquantaine ne pleuvent pas. « Ils ne s’inscrivent pas. Il y a peut-être une plus grande part de pudeur chez eux. Ils vivent leurs choses plus tranquillement et se sentent moins interpellés par l’émission », note Martin Métivier, producteur de L’amour est dans le pré pour Attraction Images.

L’an dernier, le recrutement de Christian, 47 ans, de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, a fouetté l’intérêt des plus vieux, mais pas de façon exponentielle. Pour votre info, le couple formé par Christian et Josée a éclaté depuis la diffusion de l’émission bilan de L’amour est dans le pré, en avril dernier. Par contre, le sérieux Julien, producteur laitier à Dudswell, en Estrie, et sa soupirante Isabelle filent encore le parfait bonheur. Il s’agit du seul couple officiel de L’amour est dans le pré 7 à tenir le coup.

À Canal Vie, le joli succès des Naufragés de l’amour leur a valu un deuxième séjour en mer, prévu à l’hiver 2020. Les parents séparés qui ont monté à bord de l’Equinox de Celebrity Cruises, comme l’a répété à peu près 472 fois l’animateur Étienne Boulay, étaient tous dans la trentaine et la quarantaine. L’un des finalistes, Éric, 41 ans, gestionnaire de marchés financiers, avait même cinq enfants.

PHOTO FOURNIE PAR CANAL VIE

Les candidats de la première saison des Naufragés de l’amour en compagnie de l’animateur, Étienne Boulay

Le couple gagnant des Naufragés de l’amour, formé par Justin et Cinthia, n’a pas survécu aux turbulences du retour à la terre ferme. Deux semaines après la présentation de l’émission des retrouvailles sur Canal Vie, le kinésiologue et la mère de Maïka ont rompu.

L’autre couple pivot de l’émission, soit Alexandre, de Grenville-sur-la-Rouge, et Cynthia F, de Laval, a aussi coulé. Le taux de réussite des Naufragés de l’amour a été nul, au bout du compte, ce qui n’a pas empêché l’émission de devenir l’une des plus populaires de Canal Vie.

Qu’il s’agisse du Bachelor ou d’Occupation double, la téléréalité de « flirt » cible davantage les générations Y et Z. Pourquoi ? Parce que les commanditaires de ces émissions vendent des cocktails sucrés, des blanchiments de dents ou des boissons énergisantes. Et qui achète ces produits ? Les plus jeunes, en majorité.

Je caricature, mais vous ne verrez pas de pub de colle à dentier ou celle du bain avec une porte latérale pendant Occupation double. C’est une question de marketing 101.

Tous les grands réseaux sont présentement obsédés par le rajeunissement de leur auditoire. C’en est devenu maladif. Les chaînes généralistes se décarcassent pour rejoindre les vingtenaires et les trentenaires, qui fuient davantage sur les plateformes numériques.

Si un producteur débarque avec un projet d’Occupation double pour retraités sympathiques, ça m’étonnerait que V ou TVA saute de joie. Car ça ne cadre pas du tout avec la mouvance de jouvence actuelle.

Pourtant, les cotes d’écoute montrent que les Québécois aiment voir des gens plus âgés dans les téléréalités.

Malheureusement, le téléspectateur fidèle au poste, généralement plus vieux, n’est pas une priorité pour les télédiffuseurs. On le tient pour acquis. Il est là et ne bougera pas.

Le téléspectateur le plus convoité, c’est celui qui est jeune, volage et peu enclin à payer pour sa télé. Ce spécimen-là, les annonceurs se l’arrachent. C’est de lui que l’on parle dans les séances de remue-méninges. Et c’est pour lui que l’on fabrique de la télé aujourd’hui, en espérant très fort qu’il y jette un œil (ou les deux, de préférence).