Lancée vendredi en grande pompe par l'ADISQ et le puissant diffuseur numérique Stingray, PalmarèsADISQ sera la seule chaîne de télévision spécialisée au pays se consacrant aux vidéoclips d'artistes canadiens et québécois d'expression française.

Mis à jour le 15 juin 2018
Alain Brunet LA PRESSE

PalmarèsADISQ diffusera 24 heures sur 24, sept jours sur sept, à hauteur de 70 % de contenus francophones d'ici. La portion restante de 30 % sera consacrée aux contenus francophones étrangers et aux contenus anglophones locaux. 

Bell, Cogeco, TELUS et Vidéoclips ont d'ores et déjà conclu une entente de distribution nationale avec cette  nouvelle chaîne et la joindront à leurs bouquets de chaînes. S'adressant à tous les publics, la programmation de PalmarèsADISQ comprendra des blocs thématiques, des palmarès exclusifs et les compilations de grands succès.

Cette annonce, affirmaient hier ses promoteurs, est le « fruit de la mission commune de Stingray et de l'ADISQ de faire la promotion de l'industrie musicale québécoise et canadienne, de contribuer au développement de la carrière des artistes locaux, et de mettre les spectateurs en contact avec le vaste éventail de talents musicaux d'ici. »

Directrice générale de l'ADISQ, Solange Drouin parlait ni plus ni moins du « grand retour » du vidéoclip québécois sur nos écrans de télévision. On sait que, depuis l'an dernier, a-t-on déjà souligné à l'association de producteurs, « les services Max et MusiquePlus n'avaient plus aucune obligation tant pour la diffusion de vidéoclips que pour leur financement, en vertu d'une décision rendue par le CRTC dans le cadre des renouvellements de licence des grands groupes de diffusion de langue française et anglaise. »

Depuis quelques années, donc, les vidéoclips d'ici ont eu la vie dure. 

« Pourtant, pense Solange Drouin, ils sont plus importants que jamais!  À l'ADISQ, nous venons tout juste de sonder des milliers de Québécois pour savoir comment ils trouvaient les vidéoclips de chez nous; ils ont été près de 60 % à nous dire que la télévision était un moyen privilégié, aux côtés de la radio, et devant les médias sociaux. »

La dirigeante de l'ADISQ croit ainsi que les jeunes d'aujourd'hui ont diversifié leur façon de consommer la musique. Encore leur faut-il identifier les contenus qui reflètent leur culture nationale ou linguistique.

 « À l'heure où les Québécois ont accès à une somme littéralement infinie de musique, il est plus important que jamais de tout mettre en oeuvre pour favoriser la visibilité et la découvrabilité des contenus d'ici, particulièrement les francophones. »

Éric Boyco président, cofondateur et chef de direction de Stingray, sait l'importance des vidéoclips dans l'offre de contenu chez YouTube, son plus important diffuseur. Il sait aussi la nécessité d'une offre distincte, qui met l'emphase sur le contenu local:

« Encore aujourd'hui, fait-il observer, 50 % des gens au Canada écoutent de la musique musique avec Stingray sur leur téléviseur. Ils feront  pareil avec le vidéoclip, et la part  importante ce cette chaîne en sera une de découverte. On a réussi à implanter cette nouvelle chaîne dans six millions de foyers canadiens, c'est une distribution québécoise, mais aussi canadienne, nous espérons augmenter cette pénétration à dix millions de foyers. »

Le grand patron de Stingray sait aussi l'importance d'une offre locale mieux ciblée,  rappelle dans cette optique que plus de 15 000 et artistes et groupes canadiens sont diffusés via Stingray musique à travers  plus de 200 chaînes audio canadiennes. À l'étranger, indique-t-il en outre, les artistes canadiens diffusés par Stingray profitent d'un rayonnement de 156 pays.

L'autre aspect majeur de cette initiative est sa politique de partage des revenus :  50 % des bénéfices réalisés par cette chaîne seront destinés à la création et la production de vidéoclips et contribuera à l'éclosion du nouveau talent. 

« Cette chaîne, précise Éric Boyco, nécessitera très peu de coûts de production, sauf les frais d'ayants droit. Tout le reste de l'argent (revenus publicitaires) sera partagé  à partir de la journée 1 de sa mise en opération. Nous souhaitons en ce sens atteindre rapidement la somme d'un million $ à redistribuer, c'est notre premier objectif. Nous croyons que les revenus de la chaîne pourraient être de trois à quatre millions dans un horizon de deux à trois ans. »

Président de la Guilde des musiciens du Québec, le guitariste Luc Fortin voit d'un bon oeil cette initive, quoique... « Je me réjouis que les vidéoclips de nos artistes reviennent à l'écran, ça leur procure  une visibilité supplémentaire. Toutefois, je ne sais pas si ça leur donnera plus d'argent dans leurs poches. À qui ce partage des revenus est-il destiné ?  Quelle en sera la répartition?  Je ne suis sûrement pas contre le principe, mais j'ai hâte d'en savoir les détails. »

Pour David Bussières, membre du tandem Alfa Rococo et porte-parole du Regroupement des artisans de la musique (RAM), cette initiative est « fort louable », mais s'inscrit un contexte où les médias traditionnels ne connaissent plus de croissance. 

« On constate néanmoins que la télévision occupe encore une grande place chez les auditeurs et consommateurs de musique.  À long terme, cependant, elle déclinera. Cette nouvelle chaîne n'est pas une solution pérenne, mais... D'ici à ce qu'on trouve ces solutions, on prend toutes les occasions qui passent ! Quant au partage des revenus de cette chaîne, j'ose espérer qu'il y aura une transparence dans le processus de redistribution. »