Le CRTC se penchera sur la parité derrière la caméra

Selon une étude de l'Association canadienne des producteurs... (photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse)

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Selon une étude de l'Association canadienne des producteurs médias (CMPA) publiée en 2017, les femmes représentent seulement 17% des réalisateurs de dramatiques télé au Canada.

photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse

Y aura-t-il des quotas afin d'atteindre la parité hommes-femmes chez les producteurs et les réalisateurs au petit écran? Chose certaine, le CRTC veut faire bouger les choses.

L'organisme fédéral qui réglemente le petit écran tiendra en effet l'automne prochain un sommet intitulé Femmes en production, où il exigera des «actions concrètes qui feront une différence significative» en matière de parité hommes-femmes dans des «postes importants en matière de création et de prise de décisions» à la télévision. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) convoquera ainsi les dirigeants de l'industrie à huis clos «pour une discussion franche sur la façon dont nous pouvons créer de véritables changements».

«Les femmes continuent à faire face à des obstacles systémiques à leur avancement professionnel dans l'industrie», a déclaré Ian Scott, président du CRTC, lors d'un discours, lundi dernier.

M. Scott estime que ces obstacles systémiques pour les femmes constituent une «situation inacceptable». «Il est temps d'agir. Et il n'y a pas de meilleur moment que maintenant», a dit Caroline J. Simard, vice-présidente radiodiffusion du CRTC, également lundi dernier.

Selon une étude de l'Association canadienne des producteurs médias (CMPA) publiée en 2017, les femmes représentent seulement 17% des réalisateurs de dramatiques télé au Canada et 38% des scénaristes télé. Au Québec, les femmes représentent 25% des réalisateurs en télé et au cinéma, et 16% des scénaristes, selon l'étude du CMPA. Selon les données de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, 30% des contrats de réalisation sont attribués à des femmes, qui ont un revenu équivalant à 70% du revenu des hommes.

Menace de quotas comme en Suède?

Dans leur discours de lundi, les deux dirigeants du CRTC n'ont pas parlé de quotas ni des autres solutions qui pourraient être étudiées cet automne. Le CRTC n'a pas voulu donner davantage de précisions sur le sommet, notamment s'il aborderait à la fois la situation des productrices, celle des réalisatrices et celle des scénaristes. Le CRTC a décliné notre demande d'entrevue.

L'instauration de quotas paritaires est un sujet parfois délicat dans l'industrie culturelle. Le mois dernier, le musicien Louis-Jean Cormier s'est excusé et a fait son mea culpa après s'être prononcé dans un premier temps contre les quotas dans les festivals de musique. Il y a deux semaines à Tout le monde en parle, la réalisatrice et actrice Sophie Lorain a aussi fait une sortie remarquée contre les quotas. 

L'organisme québécois Réalisatrices équitables se réjouit qu'un sommet soit organisé par le CRTC. «Nous allons y participer, dit la réalisatrice Isabelle Hayeur, présidente de Réalisatrices équitables, qui regroupe 200 membres. Il y a un gros déficit de présence de femmes dans les postes de création, et c'est en réalisation que l'écart est le plus grand.»

Réalisatrices équitables estime que la meilleure solution pour atteindre la parité reste la menace de réglementation, comme l'a fait la Suède il y a 10 ans. Aujourd'hui, la Suède est l'un des très rares pays - sinon le seul - à avoir atteint la parité en matière de réalisation. La Suède est le seul des 14 pays répertoriés dans l'étude du CMPA à avoir atteint la parité (la Suisse vient au deuxième rang à 34%). 

«La menace de réglementation est la meilleure façon de faire. En Suède, le milieu s'est autoréglementé et la qualité a été maintenue puisque les réalisatrices suédoises gagnent autant de prix que les hommes dans les festivals internationaux», souligne Mme Hayeur.

Déjà des quotas dans le financement

Au cinéma comme à la télé, des organismes subventionnaires comme Téléfilm Canada et le Fonds des médias du Canada ont instauré depuis deux ans un système de quotas afin d'atteindre la parité hommes-femmes dans les projets financés.

En 2018-2019, le Fonds des médias du Canada, qui finance des émissions de télé à hauteur d'environ 284 millions par an, choisira au moins 25% de projets télé où la majorité des postes de direction du projet (producteur, réalisateur, scénariste) sont occupés par des femmes, avec un objectif de financer jusqu'à 35% de ces projets majoritairement féminins. L'année suivante, en 2019-2020, le Fonds des médias du Canada financera au moins 35% de projets majoritairement féminins et espère atteindre la cible de 50 % des projets.

Au grand écran, Téléfilm Canada s'est aussi donné pour objectif un financement paritaire dans ses projets d'ici 2020.




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