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François Létourneau: un grand sensible

François Létourneau a flirté avec les sciences pures... (Photothèque La Presse)

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François Létourneau a flirté avec les sciences pures et les sciences politiques, mais l'écriture et le théâtre l'ont finalement rattrapé.

Photothèque La Presse

Franco Nuovo
La Presse

Avec ses 16 nominations, Série noire se démarque déjà au gala des prix Gémeaux qui aura lieu le 14 septembre. François Létourneau, coscénariste avec Jean-François Rivard, qui est aussi réalisateur, se réjouit bien sûr. En nomination dans les catégories meilleur acteur et meilleur auteur, il est surtout heureux que Radio-Canada ait donné le feu vert à une deuxième saison, qu'on verra à l'automne 2015.

François Létourneau a beau se la jouer humble, un retour en ondes et 16 nominations, c'est une victoire. Lui qui, pendant la tourmente, n'était plus capable d'entendre les mots «cotes d'écoute», aujourd'hui, est content. Il l'avoue.

«D'autant plus que 500 000 auditeurs, moi, je trouvais que c'était beaucoup, dit-il, mais j'ai eu peur, peur que notre histoire soit déclassée par des chiffres. Toutes ces nominations aux Gémeaux, stratégiquement et politiquement, faut pas se mentir, c'est bon pour nous.»

Évidemment, maintenant, alors qu'il en est à l'écriture du cinquième épisode, Létourneau reconnaît que la pression est plus forte. «D'autant plus qu'il faut terminer d'écrire, qu'on donnera le premier tour de manivelle en février 2015 et que, pendant l'automne, je tourne Paul à Québec sous la direction de François Bouvier.»

Paul, ce personnage tiré de la bande dessinée de Michel Rabagliatti, physiquement du moins, c'est un peu lui, Létourneau, un grand dégingandé sensible.

«On m'a donné la BD. Des gens me disaient: «Paul, ça devrait être toi. Tu lui ressembles.» J'ai passé l'audition, j'ai eu le rôle. C'est vrai qu'il y a une parenté entre Paul et moi. Il y a comme plein de correspondances biographiques entre ma vie et la sienne. On est tous les deux avec la même femme depuis longtemps. J'ai un enfant, il a une petite fille. Ils ont le même âge. Même que, au moment de l'audition, je répétais une scène où Paul, qui habite le Plateau, veut déménager parce que c'est trop petit chez lui. La veille, j'avais aussi visité avec ma femme une maison plus grande et trop chère. Oui, je me sens près de ce personnage. C'est un beau rôle.»

On voit aussi en lui un peu de Woody Allen. Je ne suis pas le premier à le lui dire, d'ailleurs. Et pas seulement à cause des lunettes.

S'exprimer par l'écriture

«C'est vrai qu'il a été une grande inspiration, dit-il en rougissant un peu. J'ai découvert ses films au cégep. Je ne pourrais dire ce qui, chez moi, fait penser à lui, mais j'écris beaucoup de personnages névrosés, angoissés, malhabiles socialement, qui ont toujours un peu de misère à entrer en contact avec les autres. Et peut-être aussi le fait que je joue ce que j'écris. Mais la comparaison s'arrête là.»

Or, c'est vrai, il s'écrit des rôles, des versions de lui avec ses travers amplifiés, décalés. «L'écriture est un exutoire où on peut exprimer des choses qu'on ne peut exprimer dans la vie. J'aime les antihéros.»

Il est né à Sainte-Foy, en banlieue de Québec, dans une famille de classe moyenne, d'une mère professeure de littérature à l'université et d'un père prof d'histoire. Il vient, dit-il, d'une famille instruite. Au départ, rien ne le destinait aux arts dramatiques. Un peu nerd, il a flirté avec les sciences pures au cégep, puis il a fait un bac en sciences politiques et en philosophie politique.

«Mais j'ai toujours écrit. Même si je ne pensais pas à ça. Je faisais du théâtre amateur. Je voulais devenir journaliste, en fait. C'est drôle, parce que la personne qui m'a dit de faire sciences po, c'est Denise Bombardier. J'avais gagné un prix d'excellence en cinquième secondaire et elle avait été invitée pour remettre la récompense. J'étais impressionné. Plus tard, je lui ai naïvement écrit une lettre pour avoir des conseils. Elle m'a invité à manger et elle m'a dit d'aller me chercher une culture générale. Je l'ai écoutée et c'est comme ça que j'ai fini en sciences politiques.»

Mais le théâtre était toujours là, dans l'ombre, et attendait le bon moment pour bouleverser les plans de Létourneau. «À l'Université Laval, je continuais à faire du théâtre avec Patrice Robitaille, qui est mon grand ami depuis 25 ans et qui, lui, est parti au Conservatoire. Ça m'a donné envie de tenter ma chance. L'année suivante, j'ai fait les auditions. J'ai été accepté. Et j'ai vraiment aimé ça. J'ai décidé de me lancer.»

François Létourneau a aujourd'hui la quarantaine, tout comme Patrice Robitaille, Ricardo Trogi, Rémi-Pierre Paquin, Pierre-François Legendre. Une génération qui est en train de laisser ses traces dans la dramaturgie.

«Au départ, on était une bande qui sortait dans les bars. On était des amis qui s'amusaient. De l'intérieur, on se rend moins compte qu'on est une école à part. Par exemple, moi, je n'ai jamais trouvé que Les invincibles, c'était le portrait d'une génération. Je ne me suis jamais senti comme un observateur des gens de mon âge.»

Et pourtant...

Série noire aura donc une suite coécrite par Rivard et Létourneau, qui commencera là où la première série s'était terminée. On y retrouvera nos deux scénaristes campés par Létourneau et Vincent-Guillaume Otis et des personnages aussi colorés et imprévisibles que ce Marc Arcand incarné avec brio par Marc Beaupré.

En espérant maintenant que les Gémeaux récompenseront la qualité et feront oublier à jamais les cotes d'écoute. Vite, que ça recommence...




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