La machine a triomphé de l'homme, mercredi, au mythique quiz américain Jeopardy.

Louise Leduc et Isabelle Audet LA PRESSE

Depuis lundi, Watson, un ordinateur IBM conçu en grande partie dans une usine de Bromont, était confronté à deux des plus grands joueurs de l'histoire de Jeopardy, Ken Jennings et Brad Rutter.

Dans la tête de Watson: 200 millions de pages d'encyclopédies, de dictionnaires, de livres, d'articles de journaux, de scénarios de films et tutti quanti.

Lundi, mardi et mercredi soir, 200 employés d'IBM, à Bromont, sont restés après leur journée de travail pour une petite soirée pop-corn et, surtout, pour suivre à la télévision la performance de leur protégé Watson.

«On suit ça comme un match de hockey, dit Raymond Leduc, directeur en chef de l'usine IBM de Bromont. Pour nous, ce n'est pas tout à fait une machine: c'est le fruit de notre travail.»

Et ce match, ils le prenaient très au sérieux. Pendant les 30 minutes de l'émission de mercredi, outre quelques murmures lors des réponses erronées de Watson et quelques applaudissements à ses bons coups, on aurait entendu une mouche voler.

Cela fait quatre ans que l'usine travaille à mettre au point Watson, un ordinateur fait de 90 serveurs IBM Power 750, qui, ensemble, font 9 mètres carrés. Quelque 2000 composantes de l'ordinateur ont été conçues à Bromont, notamment tous ses microprocesseurs.

Watson n'est évidemment pas relié à l'internet. Comme un grand, il est capable d'appuyer sur un bouton et de répondre d'une voix presque humaine. Mieux, Watson a un coeur: ses gains - un million, mercredi soir - ont été versés à un organisme caritatif.

Le plus stressé de tous, mercredi? Probablement Éric Paradis, informaticien en chef. «J'étais très, très, très nerveux! a-t-il avoué. J'avais tout de même confiance qu'il allait tirer son épingle du jeu.»

Lundi soir, la confrontation s'est conclue par un match nul. Mardi, l'ordinateur a battu facilement ses concurrents bipèdes. Et mercrdedi soir, il était encore tout feu tout flamme: il connaissait les Simpson, le surnom donné au Dakota-du-Sud (l'État du coyote) et les mémoires de Laura Bush.

Erreur de taille

Quand Watson a correctement répondu à l'ultime question, les employés se sont levés d'un bond.

Ce qui a cependant fait le tour de l'internet - et du Canada anglais, notamment! -, c'est la petite erreur géographique de Watson, qui a dit que Toronto était une ville américaine.

«Les Américains m'ont taquiné là-dessus, et m'ont demandé si nous avions fait exprès!» a raconté Raymond Leduc.

«Watson apprend de ses erreurs, et jamais plus il ne refera celle-là.»

On demandait en fait d'identifier une ville - dans la catégorie «ville américaine» - dont les deux principaux aéroports portent respectivement le nom d'un héros et d'une bataille de la Seconde Guerre mondiale. La réponse était Chicago.

Selon David Ferrucci, gérant du projet Watson chez IBM, l'erreur viendrait en partie du fait que les catégories, à Jeopardy, peuvent parfois chercher à induire les participants en erreur. Aussi l'ordinateur a-t-il appris à minimiser l'importance de ces catégories. Autres raisons possibles de l'erreur: plusieurs villes américaines se nomment Toronto, et les Blue Jays jouent dans la Ligue américaine de baseball. Ce mauvais alignement des astres a pu faire trébucher Watson.

En participant à Jeopardy, IBM a réussi un bon coup de marketing, mais l'idée de fond, dit Raymond Leduc, «c'est que des générations futures de Watson aident ultimement des médecins à poser des diagnostics difficiles, ou viennent en aide à des villes dans la difficile gestion de la circulation routière».

Lundi, plus de 14 millions de personnes auraient regardé Jeopardy. Mardi, l'émission aurait atteint les plus grosses cotes d'écoute des six dernières saisons.

Photo: AP

Watson, qui n'est pas connecté à internet, utilise ce qu'IBM appelle une «technologie de réponse aux questions», pour analyser les problèmes posés.