Les 800 mises à pied annoncées mercredi à Radio-Canada - CBC pourraient n'être qu'un début si les hypothèses financières de vente d'actifs ne se réalisaient pas comme prévu.

Lia Lévesque LA PRESSE CANADIENNE

Si la direction de Radio-Canada ne réussit pas à obtenir 125 millions $ pour les actifs qu'elle a planifié de vendre, elle devra faire d'autres mises à pied pour boucler son budget.

Le président-directeur général de Radio-Canada, Hubert T. Lacroix, a été clair à ce sujet, jeudi, alors qu'il prenait la parole devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et au cours d'un point de presse qui a suivi.

«Le plan qu'on a présenté hier (mercredi) à nos employés, auquel j'ai fait référence encore aujourd'hui, a comme hypothèse de départ une hypothèse importante, qui est la possibilité pour nous de vendre 125 millions $ d'actifs pour équilibrer le budget. Si on n'est pas capables de faire ça ou on n'est pas capables de garder le produit de ces transactions-là, il est certain qu'il va falloir qu'on fasse des coupures additionnelles pour pouvoir équilibrer le budget. On ne peut pas s'en sortir», a-t-il admis.

Et ces compressions supplémentaires, a-t-il prévenu, toucheraient «les personnes, les services et les programmes».

Ces 125 millions $ d'actifs, a-t-il précisé à la presse, proviennent de deux sources: des immeubles et «une monétisation de flux de trésorerie». Il s'agit là de sommes attendues qu'il pourrait obtenir plus tôt que prévu.

Pour ce qui est de la vente d'immeubles que la SRC possède, toutefois, si Radio-Canada en demeurait locataire, elle accroîtrait quand même ses coûts de loyer. «On a des installations dont on est propriétaires à Winnipeg, à Regina, à Vancouver», a-t-il énuméré, entre autres.

Pas content

Dans la portion en anglais de son discours, M. Lacroix a un peu monté le ton contre le gouvernement conservateur, laissant entendre qu'il n'était pas très content d'entendre, dans ce contexte, des rumeurs de coups de pouce qui pourraient être donnés par le gouvernement à CTV, Canwest et Quebecor, des médias privés.

Interrogé à ce sujet, M. Lacroix a commencé par dire qu'«il n'y a pas de chicane avec le gouvernement» conservateur. Puis il s'est empressé d'ajouter: «ce qui m'irrite, cependant, ce qui me déçoit, c'est de voir les rumeurs sur de l'aide potentielle en allègement fiscal, cette semaine dans les journaux. J'ai vu des rumeurs également que certaines restrictions aux conditions qui sont imposées aux chaînes privées seraient peut-être allégées, également, alors qu'on ne nous permet pas, nous, une attention adéquate sur notre concept de flexibilité financière.»

M. Lacroix a aussi laissé poindre son mécontentement sous un autre aspect. «Pensez-vous que je jubile lorsque, à cinq jours de la fin de notre exercice, notre budget d'immobilisations se trouve bloqué dans un processus gouvernemental quelque part à Ottawa? Sûrement pas», a-t-il lancé à son auditoire.

Réaction

Le président du Syndicat des communications de Radio-Canada (CSN), Alex Levasseur, appréhende également ce qui risque d'arriver si la SRC ne parvient pas à vendre tous les actifs qu'elle souhaite vendre. «Si jamais on n'a pas les confirmations, c'est sûr que ça pourrait être beaucoup plus que ça. On pourrait aller à 1200, 1300» mises à pied, a-t-il confié en entrevue, après avoir entendu l'allocution de M. Lacroix.

Il trouve aussi que le plan proposé par la direction de Radio-Canada «ne règle pas le financement à long terme».

«En faisant ces choses-là, on est en train de payer l'épicerie avec la carte de crédit. Et un jour, le compte va rentrer», a commenté M. Levasseur.