Depuis quelque temps, la rumeur courait à New Big City: Les Invincibles allait se terminer dans la tragédie.

Alain De Repentigny LA PRESSE

J'avais peur pour mes antihéros préférés, mais je craignais surtout un changement de ton subit qui me ferait décrocher comme j'ai bien failli le faire quelques semaines auparavant à cause d'un revirement dramatique hautement improbable: les filles, pourtant plus divisées que jamais, s'étaient liguées pour flusher leurs quatre morons, et tous se retrouvaient dans un parking souterrain pour procéder à un échange de biens... et d'enfant. Jack Bauer sors de ces corps!  

Hier soir, Les Invincibles a pris fin quand l'héroïne castratrice par excellence, Lyne-la-pas-fine, est morte au bout de son sang. Son agonie et sa disparition ont provoqué plus de revirements dramatiques que ne pourrait en imaginer le plus imaginatif des scénaristes. Mais cette fois, on y a cru.

Il faut en remercier les auteurs François Létourneau et Jean-François Rivard dont les dialogues sucrés-salés, toujours cohérents avec leurs personnages, ont permis d'éviter le piège du mélo. Grâce à eux, jusqu'au dernier moment, leurs Invincibles ont été imprévisibles. Quand Steve a finalement avoué à Cynthia qu'il était bisexuel, il le lui dit de la façon la plus crue qui soit. La pauvre s'attendait à une déclaration d'amour, il ne lui a épargné aucun détail sur l'infirmière «cochonne» et l'infirmier «pas trop poilu, avec un cul d'enfer» qui l'avaient allumé.

Quand P-A, l'égocentrique poltron et manipulateur pas subtil, est parti pour de vrai en Haïti alors que sa blonde, son père et tous les téléspectateurs croyaient dur comme fer qu'il bluffait encore, on a eu droit à une scène d'une infinie tendresse entre lui et son père, magnifiquement joué par Germain Houde. «Je voudrais pas que tu changes... trop», lui a dit le paternel. Seul Rémi, l'ado rock'n'roll attardé, l'irresponsable en chef qui a entraîné ses amis dans le cul-de-sac de cette dernière saison, n'a pas eu de scènes en solo du même calibre dans l'épisode ultime.

La complémentarité entre la bande dessinée et le réel n'a jamais été aussi réussie que pour la mort de Lyne, point d'orgue d'un montage de scènes où on pouvait tout lire sur les visages des personnages pendant que les Scorpions chantaient Still Loving You. Et que dire des comédiens, tous excellents, des héros aux personnages secondaires comme Houde, Donald Pilon, le beau-père halluciné, et Patrick Drolet, l'inénarrable Rich the Bitch qui, pour se faire pardonner par Carlos, lui offrira de finir son sous-sol gratis «avec un petit bar en cuir pis des poufs; ça serait écoeurant!»

Mais ce dernier épisode des Invincibles aura été celui de Pierre-François Legendre. La scène-clé de l'épisode - et de la série - où, avec sa petite fille dans ses bras, son Carlos trouve enfin le courage qu'il n'a jamais eu pour dire à ses trois ex-amis le «fin fond» de sa pensée, a déjà sa place dans l'anthologie de la télé québécoise. D'abord résigné et le regard fuyant, Carlos devient progressivement plus tranchant, fusillant du regard les trois zoufs tout en refoulant ses larmes.

Du grand Legendre. Mettez-lui tout de suite un Gémeaux de côté.