Les ondes étaient négatives hier, à Radio-Canada. Prise à la gorge, la société d'État a annoncé qu'elle allait réduire de 10% ses effectifs. Alors que les conservateurs, montrés du doigt par l'opposition et le syndicat, restent de glace, les employés se demandent ce que leur réserve l'avenir.

Paul Journet LA PRESSE

Les employés de Radio-Canada/CBC s'attendaient à de très mauvaises nouvelles hier matin, et ils les ont reçues. Pas moins de 805 postes seront abolis. Soit près de 10% de ses quelque 9900 employés à temps plein. Les départs commenceront au début de l'été et se termineront en septembre.

La société d'État prévoyait un manque à gagner de 171 millions pour 2009-2010. «(...) Comme les salaires représentent 60% de notre budget général, il est tout simplement impossible de combler un manque à gagner de cette importance sans que cela ait des conséquences sur l'effectif», explique son PDG Hubert T. Lacroix.

Pour combler ce manque, Radio-Canada met aussi en vente des actifs valant 125 millions. Cette vente devra toutefois être approuvée par le Parlement. M. Lacroix concède qu'il ne s'agit pas d'une solution idéale. «Quand on vend des actifs pour payer les factures, ce n'est sûrement pas la meilleure option. Mais malheureusement, on n'avait pas le choix. On a besoin de liquidités.»

La «faute aux conservateurs»

Au-delà de la crise économique et de la crise de la télévision généraliste, le Syndicat des communications de Radio-Canada (FNC-CSN) blâme les conservateurs pour ces coupes. Rappelons que le Comité permanent du Patrimoine et la société d'État elle-même demandaient en 2008 que son financement annuel passe de 33$ à 40$ par Canadien, et qu'il soit versé sur une base pluriannuelle de sept ans. Après le début de la crise, Radio-Canada a révisé cette demande. Elle souhaitait plus modestement le maintien de son financement ainsi que l'obtention d'une marge de crédit de 125 millions pour régler ses problèmes de liquidités.

Toutes ces demandes ont été refusées par les conservateurs.

«Si le gouvernement avait autorisé ce prêt, on ne serait pas ici en ce moment, prétend le président du syndicat, Alex Levasseur. Il n'y aurait pas eu de compressions».

M. Lacroix contredit cette hypothèse. «Il y aurait eu des coupes, mais ça aurait été plus facile pour nous de les gérer et d'en minimiser l'impact, soutient-il. Par exemple, on aurait sûrement pu les échelonner dans le temps.» Y aurait-il néanmoins eu moins de postes abolis? «Nous pouvons difficilement répondre avec un chiffre précis», indique-t-il.

Le nombre total de personnes licenciées pourrait toutefois diminuer. En effet, Radio-Canada/CBC offre un programme de mise à la retraite anticipée. Chaque départ à la retraite permettra d'éviter une mise à pied. Les employés ont encore quelques semaines pour se décider.

«Grosso modo, on offre une bonification de départ qui équivaut à une année de salaire. Je ne qualifierais pas ce programme de particulièrement généreux, indique M. Levasseur. Par exemple, dans notre syndicat (de 1500 membres), 89 personnes y sont éligibles. Et à peine 31 ont assez d'années de cotisations à la caisse de retraite pour obtenir une rente intéressante. Je ne pense pas que tant de personnes vont s'en prévaloir.»

Quant aux quelque 80 cadres de la haute direction, leur salaire est gelé au niveau de 2008. Et leurs primes au rendement baisseront de moitié. Cela équivaut à une diminution totale de 10 à 20% de leur salaire. La FNC-CSN critique le maintien (à moitié) de ces primes. «Dans le contexte actuel, c'est embarrassant», croit M. Levasseur.

Spirale dangereuse?

Proportionnellement, le service français est le plus touché. Il essuie presque la moitié des coupes, soit 335 postes et 51 millions de son budget. Quant au service anglais, ce sont 400 postes et 87 millions qui sont supprimés.

La télévision écope particulièrement. Environ 86% des compressions s'y feront, contre 13% pour la radio. Ces compressions s'effectueront à 86% en réseau et 14% en région (voir tableau). Même si des coupes «particulièrement douloureuses» se feront dans les stations régionales, aucune d'entre elles ne fermera.

De leur côté, les téléspectateurs noteront une baisse de la présentation d'émissions jeunesse et de dramatiques, ainsi qu'une hausse des reprises. Les émissions qui restent en ondes se réaliseront aussi avec moins de moyens. Radio-Canada demande aux producteurs indépendants de baisser leurs coûts de 10 à 20%.

«On coupe dans le personnel et dans la production, lance Alex Levasseur. Ce n'est pas aguichant pour une télévision publique qui essaie de trouver des annonceurs.»

Radio-Canada reconnaît le danger d'une telle spirale vers le bas, où une baisse de qualité entraîne une baisse de l'auditoire et finalement une baisse des revenus publicitaires. «Nous le craignons, avoue M. Lacroix. Mais je suis confiant qu'avec ce que nous annonçons, nous réussirons à l'éviter.»

 

Les régions écopent

La programmation régionale de Radio-Canada écopera lourdement. Les bulletins télévisés du midi de Québec, Ottawa et Moncton disparaîtront tous. Ils seront remplacés par le bulletin de Montréal, qui deviendra un bulletin réseau. L'émission RDI Junior, réalisée depuis quelque temps à Québec, disparaîtra aussi. La tribune téléphonique radio de Pierre Maisonneuve deviendra aussi nationale à partir de septembre. Les émissions régionales du midi seront donc abolies. Dans l'ensemble, environ 16% des compressions se font dans les régions.