Le Conseil de presse du Québec persiste et signe en blâmant un journaliste de TVA pour s'être approprié les conclusions d'une enquête menée par le journal Le Courrier Laval sans jamais lui en attribuer le mérite.

Nathaëlle Morissette LA PRESSE

Bien que le réseau TVA ait fait appel d'un premier verdict rendu en juin, le Conseil de presse a décidé le 10 novembre de retenir la plainte déposée par le bihebdomadaire.

 

Chronologie des événements: le 14 octobre 2007, Le Courrier Laval, sous la plume de Nathalie Villeneuve, publie une série de cinq articles portant sur le déversement de plusieurs milliers de coliformes dans la rivière des Mille-Îles. Avant d'écrire ses textes, la journaliste a fait enquête pendant plus de deux mois. Le journal a même payé pour obtenir des analyses de plusieurs échantillons des eaux usées.

Or, au lendemain de la publication de cette série, un reportage du journaliste Yves Poirier portant sur le même sujet a ouvert le bulletin de 18h à TVA. En aucun cas, M. Poirier n'a fait mention du Courrier Laval, alors que les informations contenues dans son reportage étaient toutes tirées du bihebdomadaire. Rivée ce soir-là à son écran de télévision, Nathalie Villeneuve était estomaquée: selon elle, il s'agissait là d'un exemple de plagiat pur et simple. Elle a même demandé à TVA et LCN de se rétracter. On lui a alors répondu qu'il était impossible de faire un erratum en ouverture de bulletin. TVA a toutefois corrigé le tir sur son site internet.

Malgré tout, en collaboration avec la directrice de l'information du Courrier, Marie-Ève Courchesne, la journaliste a décidé de se tourner vers le Conseil de presse.

«De l'avis de la plaignante, aucun complément d'information, aucun suivi, aucune réaction ou analyse exclusive ne venait enrichir le sujet développé par Mme Villeneuve», peut-on lire dans le document décisionnel disponible sur le site internet du Conseil de presse.

Dans ce même document, la conseillère juridique de TVA réplique que «la plainte formulée par Mme Courchesne n'est pas fondée». Selon elle, «l'information diffusée dans le Courrier Laval était du domaine public et que ce sont ses articles qui ont servi de point de départ à M. Yves Poirier dans sa démarche journalistique».

Une pratique «à dénoncer»

Toutefois, dans sa décision, le Conseil conclut que le reporter de TVA s'est servi des informations publiées dans le journal non pas comme point de départ «mais bien comme point d'arrivée». On estime également que le reporter devait faire mention de la provenance des données qu'il avait en main «afin de ne pas laisser aux téléspectateurs l'impression erronée que le réseau TVA avait découvert la nouvelle annoncée en début de bulletin».

Ce verdict a causé une certaine déception du côté du réseau TVA, a admis hier la porte-parole du télédiffuseur, Nicole Tardif. Elle estime que dans ce cas-ci, l'utilisation du mot plagiat est «abusive et exagérée». Si elle admet que le reporter aurait dû citer la source, elle soutient néanmoins que le journaliste (de TVA) a fait son propre travail.

Pour sa part, Nathalie Villeneuve, qui applaudit la décision, ne voit pas les choses du même oeil. «On va vite, soulignait-elle hier, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse. C'est facile de prendre le travail de quelqu'un d'autre et de se l'approprier. C'est une pratique qu'on doit dénoncer.»