Après le succès international de Dance Me, un hommage à Leonard Cohen, les Ballets Jazz de Montréal (BJM) seront de retour sur la scène du Théâtre Maisonneuve, cet automne, avec un nouveau programme qui célèbre le mouvement dans sa plus pure expression. La Presse a assisté à une répétition dans les studios de la compagnie.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Présenté en première mondiale à Montréal en décembre 2017, Dance Me continue de surfer sur son succès ; encore plus de 100 représentations à travers le monde sont prévues à l’horaire pour la compagnie montréalaise.

Évidemment fier du succès de la production, Louis Robitaille est conscient que ce dernier vient avec un certain prix. « Avec ce spectacle, on voulait créer une proposition surprenante, rendre hommage à ce monument. On espère toujours une belle rencontre avec le public, et c’est ce qui s’est produit, le spectacle est très en demande. C’est agréable de créer un spectacle qui apporte du bonheur… Mais il y a toujours deux côtés à une médaille ! », souligne celui qui est directeur artistique de la compagnie depuis 1998.

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Louis Robitaille, directeur artistique de BJM

« Cohen, c’est une chose. Mais BJM, ce n’est pas une formule. C’est une compagnie de danse, qui a pour mission de mettre au premier plan la danse, sans artifice. »

Pour les interprètes, la répétition peut être une lame à double tranchant, ajoute Céline Cassone, artiste principale de BJM, reconnaissable à sa chevelure rouge. « Il y a deux façons de prendre les choses : soit on s’emmerde pendant 100 spectacles, soit chaque spectacle est une renaissance, une première, où il faut se réinventer. Et c’est ça, la beauté de la chose ; de connaître aussi bien les pas donne une certaine liberté », remarque celle qui n’en est pas à son premier rodéo : elle a déjà tourné le même spectacle pendant… quatre ans !

À fond de train

Toujours est-il que la troupe et son directeur sont heureux de se plonger dans de nouvelles eaux avec Triade, un programme triple qui s’éloigne du lyrisme de Dance Me. « Ce sont des propositions qui vont à l’essence de ce qu’est la danse… Pas de message, juste du bonheur ! », lance M. Robitaille.

Présenté en ouverture de saison de Danse Danse, le programme renoue avec deux chorégraphes déjà au répertoire de BJM : le Grec Andonis Foniadakis, cocréateur de Dance Me, avec le duo Soul, ainsi que Itzik Galili, avec deux pièces de groupes, Casualties of Memory, une nouvelle création présentée en première l’an dernier à Boston, et O Balcao de Amor, créée en 2016. Toutes trois sont inédites sur les scènes montréalaises.

Interprété par Céline Cassone et Elijah Labay sur la chanson Ball and Chain, popularisée par Janis Joplin et reprise pour l’occasion par l’artiste québécoise Angel Forrest, Soul porte la signature de Foniadakis — une gestuelle débridée, voire hyperactive, qui demande énormément de résistance aux danseurs — et se veut un hymne à une vie vécue à fond de train, passionnément.

C’est aussi un grand défi, juge Cassone, qui en est à sa sixième collaboration avec le chorégraphe. « Foniadakis, il est très viscéral. Du cou jusqu’aux pieds, on est complètement en mouvement, on est désarticulés… Soul porte sa signature, mais chorégraphiquement, c’est moins poli, plus brut. Pour moi, c’est une pièce d’interprétation, et ça ajoute un défi supplémentaire. »

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Céline Cassone, artiste principale de BJM, interprétera Soul du chorégraphe grec Andonis Foniadakis.

« On met nos tripes sur scène. C’est un pas de deux pour lequel il faut avoir des couilles ! », affirme Céline Cassone, à propos du duo Soul.

L’art du laisser-aller

Le choix de retravailler avec le chorégraphe israélien Itzik Galili — qui a créé pour BJM le très poignant duo Mono Lisa, en 2015 — s’est imposé de lui-même, raconte Louis Robitaille. « On n’a pas eu besoin de forcer, tout s’est mis en place. Son approche du langage chorégraphique est très intéressante et se marie bien avec les habiletés des artistes de BJM. C’est aussi un artiste extrêmement visuel, qui a une vue d’ensemble très précise », révèle-t-il.

Offrant des univers opposés, les deux pièces donnent à voir toute la polyvalence des interprètes de la compagnie. Alors que O Balcao de Amor s’abreuve à l’énergie de Pérez Prado, dit le roi du mambo, dans une pièce dynamique et sexy parsemée de touches d’humour, Casualties of Memory pousse à leurs limites les capacités physiques des danseurs, sur les percussions hypnotiques et intensément rapides des Frères Grand et du percussionniste Joseph Khoury.

« La pièce se comprend mieux lorsqu’on la danse tous ensemble, comme si on était une tribu, en rituel. Il n’y a pas un début et une fin poétiques ; c’est une transe », explique Saskya Pauzé-Bégin, interprète pour BJM.

Pour arriver à apprivoiser cette pièce au niveau de difficulté assez hallucinant, les interprètes ont dû apprendre à… se laisser aller, explique Saskya Pauzé-Bégin, interprète chez BJM depuis 2014. « Au début, on avait l’impression qu’on n’arriverait jamais à exécuter ces mouvements ! À un moment donné, c’est tellement dur, on ne sait plus comment respirer… C’est quand on se laisse aller dans l’énergie, le mouvement, que ça devient beaucoup plus agréable. »

Triade, du 2 au 5 octobre, au Théâtre Maisonneuve.