Forcé au confinement depuis la mi-mars, le Cirque Alfonse n’a pas résisté longtemps à la tentation de la création. La troupe menée par Antoine Carabinier Lépine organise depuis quelques semaines avec Bonheur mobile de petits défilés dans les ruelles du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Une ou deux fois par semaine depuis un mois, artistes de cirque, danseurs et musiciens arpentent une quinzaine de ruelles du quartier Hochelaga-Maisonneuve pendant une heure, une heure trente.

Vous les avez peut-être vus passer, avec une vieille Subaru devant, et jusqu’à une douzaine d’artistes à sa suite dans un tintamarre qui « remet un sourire dans la face », selon l’expression d’Antoine Carabinier Lépine, cofondateur du Cirque Alfonse. Une brigade bénévole (pour l’instant) baptisée Bonheur mobile.

Mais attention : pas question de s’annoncer, de préciser le jour, l’heure ou les ruelles qu’ils emprunteront. « On ne veut pas créer de rassemblement, précise Antoine Carabinier Lépine, on veut que les gens restent chez eux, sur leurs balcons. C’est nous qui venons à eux, c’est vraiment important pour qu’on puisse continuer à le faire. »

Seul indice : ils ont tendance à passer vers l’heure de l’apéro…

Une idée lumineuse

PHOTO FOURNIE PAR LE CIRQUE ALFONSE

Jusqu’à une douzaine d’artistes se placent à la suite d’une vieille Subaru pour parader.

L’aventure a commencé au début du mois d’avril. Antoine Carabinier Lépine et sa blonde, Geneviève Morin, étaient en confinement depuis quelques semaines après l’annulation de leur tournée en France – où ils présentaient le spectacle Tabarnak avec le reste de la troupe du Cirque Alfonse.

Alexandre Hamel et Pascale Jodoin, du collectif Le Patin libre, des amis, se trouvaient en France en même temps qu’eux.

« On est tous rentrés de Sète, dans le sud de la France, nous raconte Antoine Carabinier, et comme on habite le quartier Hochelaga-Maisonneuve, on a vécu notre confinement ensemble. Après quelques semaines, on s’est demandé ce qu’on pouvait faire en respectant les consignes de distanciation. »

L’idée d’un petit défilé qui passe par les ruelles du quartier a émergé. 

À un moment donné, les gens se tannent de Netflix, ils veulent voir du monde. Ils ont besoin de sourire, d’avoir un peu d’espoir. Je pense que ce projet-là arrive à faire ça à un moment où les gens sont découragés.

Antoine Carabinier Lépine, du Cirque Alfonse

Quelques artistes du quartier se sont joints à eux. Parmi eux, Ugo Dario, de Machine de Cirque, et Jérémie Arsenault, de Flip Fabrique.

« Au début, on avait assis le guitariste Sunny Duval [ex-Breastfeeders, qui travaille entre autres avec Mara Tremblay] sur le toit de la voiture, mais on s’est fait avertir par les policiers que ça s’apparentait à du car surfing, donc, on a mis des ballons à la place, et tout se fait dans la rue. On garde nos distances et on se promène, il y a des danseurs, des acrobates. Tu devrais voir le sourire des gens… »

Une manifestation qui ne passe pas inaperçue

PHOTO FOURNIE PAR LE CIRQUE ALFONSE

Tout en gardant leurs distances, des danseurs et des acrobates défilent.

La dernière manifestation du Bonheur mobile s’est faite il y a une semaine avec une douzaine d’artistes.

Il y en avait sur des échasses, question d’être bien visibles au-dessus des clôtures qui bordent les ruelles, d’autres au diabolo ou à la roue Cyr. Rien de trop compliqué, « on ne peut pas se toucher, ce qui n’est pas évident en cirque, précise Antoine Carabinier. Là, on vient d’acheter des gros ballons-bulles dans lesquelles on peut se glisser et se cogner, c’est une image très COVID de distanciation ! ».

La suite est incertaine. Comme l’avenir de la compagnie, qui devait ouvrir le festival Montréal complètement cirque avec sa nouvelle création Animal, histoire de ferme.

« On ne sait pas ce qui s’en vient. On espère pouvoir recommencer à travailler sur Animal cet été pour le présenter éventuellement à la TOHU, peut-être à l’automne, mais il n’y a rien de clair dans le calendrier. C’est sûr qu’on craint pour l’avenir de notre compagnie, mais en attendant, la seule chose qu’on peut faire, c’est être imaginatif. »

PHOTO FOURNIE PAR LE CIRQUE ALFONSE

Pas question d’annoncer les évènements, de préciser le jour, l’heure ou les ruelles que la troupe empruntera pour éviter les rassemblements.

Antoine Carabinier Lépine et ses amis voudraient en faire plus avec ce Bonheur mobile, en choisissant des thèmes pour chaque défilé. « C’est bien beau, l’aide du fédéral, mais à un moment donné, on n’a plus envie d’être payé à ne rien faire. »

Étant donné que tous les festivals ont été annulés cet été, il aimerait que Bonheur mobile se promène dans les ruelles de plusieurs autres arrondissements de la métropole. « On aimerait faire ça cet été. On veut faire un OBNL avec Bonheur mobile, mais jusqu’à présent, on le faisait bénévolement, parce que ça nous rendait heureux et parce que ça égaie la vie des gens, mais si on pouvait être embauchés par les arrondissements, ce serait bien. »

À bon entendeur.