On nous avait promis une ambiance de concert d’aréna, et c’est ce qu’on a eu. De la musique dans le tapis, interprétée live par des musiciens qui se promenaient le long de la glace du Centre Bell, qui avait la forme d’un trapèze allongé. Le tout agrémenté d’effets visuels, de jeux de lasers et de projections.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Axel s’ouvre sur la pièce Mad World, de Tears for Fears, entonnée par le jeune chanteur australien Jayden Sierra, monsieur Axel en personne. Sur la glace, les contours de la ville prennent forme joliment. Une première chorégraphie freestyle en patins donne un aperçu de ce qui nous attend.

Premier constat, le patinage est beaucoup moins propret que dans Crystal, créé ici il y a deux ans. Quelques chutes ont aussi (malheureusement) marqué la première sortie des patineurs, jeudi soir, en ouverture du spectacle.

Mais revenons à Axel, parce que l’ennui, c’est qu’on finit par le perdre dans notre concert d’aréna. On le voit se promener vaguement avec son énorme bloc à dessins (avez-vous remarqué qu’il dessinait ?), parfois il reprend le micro pour chanter ou pour prendre sa guitare, mais la plupart du temps, il est absent.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Avec les éclairages qui passent de la noirceur aux couleurs psychédéliques, on oublie qu’il s’agit d’un spectacle sur glace.

Il est question d’une rivalité entre deux clans. Il y a d’abord Les Syndics, menés par une certaine Lei, de qui Axel tombe amoureux. Cette bande-là est formée de rebelles créatifs. Ils sont opposés à La Corporation (les Verts), menée par le vilain Vï. Voilà, à tout le moins, le scénario de l’auteur et metteur en scène Fernand Rainville.

Est-ce que tous ces personnages sont le fruit de l’imagination d’Axel ? Sommes-nous dans un manga ? Un comic book de superhéros ? Il se peut bien que oui. Toujours est-il que les vilains de La Corporation volent la lumière des Syndics. Vous devinez la suite, il va falloir se battre contre les forces du mal pour la récupérer.

Autre constat : les numéros acrobatiques les plus épatants sont soit aériens (tissus, double cerceau), soit sur de petites plateformes (le numéro d’échelle, fameux d’ailleurs). 

Avec les éclairages qui passent de la noirceur aux couleurs psychédéliques et les écrans de fumée, on oublie même qu’il s’agit d’un spectacle sur glace.

Pourtant, le but de ces spectacles n’est-il pas de montrer tout ce qu’il est possible de faire sur patins ?

La suite d’Axel est un mish-mash chaotique au cours duquel on se demande beaucoup trop souvent : pourquoi ?

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Beaucoup de questions entourent le spectacle Axel du Cirque du Soleil.

Pourquoi ce robot chien ? Sa présence était-elle vraiment essentielle ? Pourquoi ce numéro de diabolo à deux (beaucoup trop long) avec un acrobate suspendu dans les airs ? Pourquoi ces danseuses de La Corporation ont-elles des triangles lumineux sur la tête ? Pourquoi le numéro de balançoire russe ? On décroche, là… Ça s’inscrit dans quoi ?

On oscille donc du début à la fin entre ce scénario de comic book « Syndics vs. The Corporation », qu’on reprend tant bien que mal durant le spectacle, et des numéros acrobatiques qui sont rarement justifiés et que rien ne relie (au premier coup d’œil, on écrit ceci à chaud).

Seule constante : la musique, entraînante à souhait. Des pièces composées par Philippe Brault, qui a intercalé des tubes comme Creep, de Radiohead, où l’on assiste à un des rares duos sur glace — très apprécié du public. Ou encore comme Diamonds, de Rihanna, autre très bon moment musical, certes, mais encore une fois, dans un salmigondis acrobatique.

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La glace du Centre Bell avait la forme d’un trapèze allongé.

La deuxième partie se démarque par ses numéros acrobatiques plus audacieux (tout aussi rythmés par la musique). On pense à cet ensemble d’acrobates sur chaîne ou à ce duo sur trapèze, mais là encore, on s’éloigne du scénario… Où est Axel ? Peut-être que ce n’est pas important, après tout…

En fait, les quelques numéros de patin sur glace, dont le solo du vilain Vï, avec effets pyrotechniques, rachètent ce spectacle qui a (presque) tout fait durant la première partie pour nous faire oublier qu’on joue sur une surface glacée. C’est d’ailleurs durant ces segments-là que la foule du Centre Bell a le plus réagi.

La finale est pleine d’entrain : un numéro de bungee acrobatique sur la pièce Jump Around, de House of Pain. Mais voilà, encore une fois, on est dans la célébration acrobatique. Il faut être futé pour faire des liens avec le reste. On repart en pensant à ce bon Axel. A-t-il réussi à séduire cette Lei, qui nous paraissait un tantinet fuyante ? Il va falloir une suite pour démêler cette affaire.

★★½

Axel. Spectacle du Cirque du Soleil. Mise en scène : Fernand Rainville. Jusqu’au 29 décembre au Centre Bell.