Quelles étaient les chances qu’il neige ET qu’il vente pour la première de Blizzard, mercredi soir? C’est pourtant le destin ou l’heureux hasard (selon les croyances) qui attendait Flip Fabrique, venu à Montréal cette semaine pour nous présenter sa nouvelle création-hommage à l’hiver québécois.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Mais le collectif de Québec n’a pas joué que de chance. Cette nouvelle pièce acrobatique est de leur propre aveu leur plus aboutie. Ils ont raison.

Plus subtile que ses précédentes créations, la bande menée par Bruno Gagnon et Hugo Ouellet-Côté (deux des cofondateurs que l’on retrouve sur scène) nous livre une performance acrobatique de haut vol (comme à son habitude), mais avec une tendresse et une poésie nouvelles.

Moins cabotins, les sept acrobates de Flip peuvent compter (pour la première fois) sur la présence d’un musicien, Ben Nesrallah, qui les accompagne sur scène du début à la fin de Blizzard. La plupart du temps au piano, mais parfois à la guitare ou au banjo. Le chanteur et musicien est au cœur de chacun des numéros et en magnifie les émotions.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE


Que ce soit durant le numéro de cadre russe, de main à main, de jonglerie, de balle rebond ou durant le formidable numéro de sangles aériennes d’Hugo Ouellet-Côté, dont on ne vantera jamais suffisamment le talent – d’abord seul, puis en duo, Ben Nesrallah, magnétique, s’avère indispensable.

Le petit côté espiègle et bon enfant de la troupe n'est jamais très loin, mais le metteur en scène Olivier Normand réussit à mieux le contenir. On le voit par exemple dans les petites capsules du «Ministère canadien du froid, de la froidure et du brrr…» Des moments bien choisis pour faire des numéros clownesques, sans abuser de la formule.

On a particulièrement aimé le segment où la bande se réjouit de la fermeture de leur école pour multiplier les acrobaties au sol. Ou encore le numéro de hula-hoop (sur le dessus du piano), dans une tentative de conjurer l’hiver.

Sur scène, une immense structure rectangulaire (mobile) occupe l’espace. Ils jongleront à l’intérieur, mais surtout, ils l’escaladeront de toutes les façons, à deux ou en groupe, en colonnes, ou en solo, façon koala.

La troupe reconnue pour ses numéros de trampo-mur nous en livre un épatant (mais sans le mur!). Trois des plus vaillants acrobates de la troupe se lancent par derrière du haut du rectangle (placé à la verticale) pour atterrir sur un trampoline qui les renvoie sur le haut de la structure, mais ils ne peuvent cette fois se servir de la face de la structure (vide) pour s’aider. Du grand art.

Bref, vous l’aurez compris, malgré un thème convenu (l’hiver), Flip Fabrique parvient à créer de très beaux tableaux acrobatiques, sans abuser des clichés de la saison aimée/honnie et en tempérant ses élans théâtraux. Surtout, en faisant de la musique la locomotive de Blizzard, une recette gagnante pour Flip Fabrique.

Blizzard, de Flip Fabrique.
Mise en scène : Olivier Normand.
À la TOHU jusqu’au 5 janvier.