Le collectif montréalais People Watching compte six jeunes artistes de cirque, dont la majorité a fait ses débuts avec Les 7 Doigts. Ils présentent dès mercredi leur première création, Play Dead. La Presse en a parlé avec un des membres du groupe, Brin Schoellkopf.

Ils sont de purs produits du cirque contemporain montréalais. Brin Schoellkopf et ses camarades (d’origine américaine, sud-africaine et australienne), tous diplômés de l’École nationale de cirque de Montréal (ENC), ont choisi de s’établir dans la métropole à la suite de leur formation.

Ces Montréalais d’adoption ont fait leurs premiers pas professionnels avec des compagnies d’ici, dont Les 7 Doigts, qui les ont formés et mis en vedette dans plusieurs de leurs spectacles (ils sont d’ailleurs conseillers dramaturgiques sur Play Dead).

Brin Schoellkopf, par exemple, qui a grandi au Vermont et qui s’est spécialisé comme fil-de-fériste à l’ENC, a joué dans la pièce Passagers des 7 Doigts. Idem pour Sabine Van Rensburg, née en Afrique du Sud, diplômée de l’ENC en 2018 (comme Brin), qui a été recrutée sur ce spectacle de tournée, jusqu’à ce que la pandémie entraîne la fermeture des salles.

C’est d’ailleurs pendant cette période d’isolement, en 2020, que Brin, Sabine et leurs amis – l’Américaine Natasha Patterson et le Québécois Jérémi Lévesque dans un premier temps ; puis les Australiens Jarrod Takle et Ruben Ingwersen dans un deuxième temps – ont formé le collectif People Watching.

« On se voyait dans mon loft, et tous les jours on improvisait des trucs, raconte Brin Schoellkopf. On a bien sûr chacun une spécialité, mais on avait un intérêt commun pour la danse acrobatique, on pouvait danser jusqu’à six heures par jour. On a créé beaucoup de matériel, dont plusieurs duos, c’était très intimiste, mais on a aussi créé un univers surréaliste. »

Aucun de ces jeunes interprètes ne souhaitait vraiment faire son numéro de spécialité dans un spectacle de type cabaret, même avec une histoire.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Brin Schoellkopf, membre du collectif People Watching

Ce qui nous intéresse, c’est de faire tomber les cloisons, de favoriser les croisements entre la danse et l’acrobatie, mais de manière organique, à travers une dramaturgie. On s’est rendu compte que les bonnes idées étaient souvent écartées au profit de notre appareil de cirque… Ça nous a forcés à nous questionner sur l’orientation qu’on veut donner au cirque contemporain.

Brin Schoellkopf, membre du collectif People Watching

Play Dead est le résultat de cette réflexion, dit Brin. « Ce qui nous relie, c’est la danse acrobatique, mais on a quand même cherché à intégrer nos habiletés de manière créative. Par exemple, j’ai une spécialité en fil de fer, mais au lieu de faire un numéro en tendant un fil, je me sers de mes habiletés d’équilibre pour marcher sur des bouteilles de champagne… »

Rapidement, le groupe d’artistes a réalisé que ce travail de fusion, aussi exigeant soit-il, lui offrait de nombreuses possibilités.

Le collectif a construit sa pièce sur le thème de l’absurdité des expériences humaines. En s’inspirant de la relation amicale entre les six interprètes. « Nous sommes très proches les uns des autres, donc il y a beaucoup d’affection entre nous. Mais comme lorsqu’on se trouve dans une fête, à mesure que la soirée avance, les masques tombent et on accède au vrai visage de chacun. »

Dans la conception de ses éclairages et de l’ambiance visuelle qu’il privilégie, avec ses tableaux vivants empreints d’humour absurde, le collectif People Watching a clairement des références cinématographiques, notamment avec le cinéaste suédois Roy Andersson ou le Grec Yórgos Lánthimos.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Les artistes Brin Schoellkopf, Jérémi Lévesque, Jarrod Takle, Ruben Ingwersen, Sabine Van Rensburg et Natasha Patterson

Plusieurs compagnies de cirque ou de danse sont aussi des références pour People Watching. Brin Schoellkopf mentionne le Cirque Le Roux – également formé de diplômés de l’ENC – mais aussi la troupe bruxelloise Peeping Tom ou encore le chorégraphe grec Dimitris Papaïoánnou. « Ce sont des compagnies qui ont créé leurs propres règles. »

Comment ces enfants des 7 Doigts, une compagnie qui a fait la promotion d’un cirque à échelle humaine et qui pour la première fois il y a 20 ans, a mis en vedette des artistes sans costume, qu’on pouvait entendre respirer, comment ces jeunes vingtenaires peuvent pousser l’expérience du cirque intime encore plus loin ?

« C’est vrai que Les 7 Doigts nous ont beaucoup influencés, répond Brin. Mais on s’intéresse à ce que le cirque contemporain peut devenir. Aujourd’hui, il y a vraiment un mouvement de décloisonnement avec d’autres disciplines comme la danse ou la musique, et on essaie de voir comment le cirque peut se mêler à ça. Il y a un travail de déconstruction pour trouver l’essence de ce qu’on veut montrer et c’est là-dessus qu’on travaille. »

Au fait, People Watching, à quoi cela fait-il référence ? lui demande-t-on. « Justement, je pense qu’en observant les gens, à travers leurs gestes, on peut apprendre beaucoup de choses sur eux. On est en mode observation. »

Dès mercredi, c’est le public montréalais qui aura les yeux rivés sur ces artistes de la relève. Et qui en apprendra plus sur ce collectif. Et sur l’avenir du cirque contemporain.

Play Dead, du 10 au 14 juillet, à la TOHU

Consultez la page du spectacle