Ne vous arrêtez pas au titre de ce spectacle : la revue musicale New Orleans Blues, présentée à l’Espace St-Denis, n’a vraiment pas les blues. Elle rappelle de manière festive que la Louisiane est le berceau de la musique populaire de la dernière centaine d’années, de Jerry Roll Morton à… Britney Spears.

Il y a deux choses que Normand Brathwaite voulait éviter lorsqu’il s’est attelé à la mise en scène de New Orleans Blues : il ne voulait pas faire un spectacle didactique et ne voulait pas non plus faire trop de place au dixieland. Ce jazz des premières heures, marqué par les sons d’instruments comme la trompette, la clarinette, le cornet et le banjo, possède en effet un charme certain… mais à petite dose seulement.

L’aspect fanfare se limite donc à peu près à l’entrée en scène de l’imposante distribution par la salle. En ce qui a trait aux considérations musicographiques ou historiques, elles demeurent minimales. Elles sont glissées dans les interventions du Baron Samedi (Fayolle Jean Jr.), esprit des morts dans le culte vaudou qui guide l’assistance dans ce spectacle sans temps morts.

« Moi, c’est l’atmosphère de New Orleans qui m’intéressait », indique Normand Brathwaite, qui raconte avoir passé un 48 heures fou à voir des spectacles dans le French Quarter avant de se lancer dans cette aventure. Il s’est gavé de blues, s’est étonné du funk qu’il y redécouvrait, mais s’est surtout senti transporté par l’esprit de liberté qui anime cette ville.

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Élizabeth Blouin-Brathwaite et Normand Brathwaite. Ce dernier joue aussi de l’harmonica dans un segment du spectacle.

Joël Ferron, qui a fait la sélection musicale, a puisé dans un siècle de musique pour camper le décor, mais ne s’est pas gêné pour étirer l’élastique un peu. Sa cartographie musicale de New Orleans inclut aussi des artistes influencés par ses musiques, mais associés à d’autres genres comme Elvis et même Britney Spears, née près de la frontière de la Louisiane, dont Élizabeth Blouin-Brathwaite reprend Baby One More Time.

New Orleans Blues rappelle une évidence qu’on tend à oublier : l’influence de la musique issue de La Nouvelle-Orléans est tentaculaire. D’Iko Iko (Dixie Cups, Dr. John) à L’arbre est dans ses feuilles (Zachary Richard) en passant par Blueberry Hill, I’ll Fly Away et bien d’autres, le spectacle est rempli d’airs familiers.

Des adaptations de When the Saints Go Marchin’ In et Down by the River Side sont même devenues de populaires chants scouts chez nous…

Pour le plaisir

Il est donc facile de se laisser transporter par ces chansons, jouées de manière impeccable par le groupe surtout constitué des musiciens de l’émission Belle et Bum. Quatre interprètes se succèdent au micro : Leslie Snooky Alston, Élizabeth Blouin-Brathwaite, Franck Julien et Sarah-Maude Desgagnés (en remplacement de Dawn Cumberbatch le soir où La Presse a vu le spectacle). Énergiques et obligatoirement polyvalents, ils portent le spectacle avec un plaisir évident.

Normand Brathwaite lui-même passe derrière le micro pour chanter en trio O Marie de Daniel Lanois (qui fut propriétaire d’un studio situé dans le French Quarter pendant environ une décennie), l’un des beaux moments du spectacle. Sa présence est particulièrement marquante lorsqu’il joue de l’harmonica tant son jeu est habité. « C’est ma façon de chanter », dit-il, ajoutant qu’il aime cet instrument parce qu’il est proche de la voix humaine et qu’il est facile à transporter.

New Orleans Blues est un spectacle « propre », c’est-à-dire qu’il est l’œuvre d’interprètes et de musiciens capables de tout, mais qui ont peu l’occasion de faire sentir leur personnalité. Ce qui peut manquer lorsqu’on aime la musique qui a davantage de caractère.

Ne chipotons pas : le seul vrai problème de ce spectacle, c’est que le volume est inutilement fort. Tout le monde est à fond tout au long de la soirée et cette absence de modulation laisse peu de place à l’émotion.

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Fayolle Jean Jr. joue le Baron Samedi, narrateur de New Orleans Blues.

Fayolle Jean Jr. est plus nuancé dans son rôle de Baron Samedi : son jeu est aussi sobre que son sourire est carnassier et sa présence forte. Le public s’est vite attaché à son rire aux intonations inquiétantes, dont la mise en scène abuse un peu toutefois.

L’assistance a paru emballée par New Orleans Blues, le soir où on a assisté au spectacle. De nombreux spectateurs se sont même levés spontanément pour danser lors du segment rock’n’roll du spectacle. La suite formée de Jambalaya, Great Balls of Fire, Johnny B. Goode et Jailhouse Rock, toutes interprétées par Franck Julien, s’avère en effet l’enchaînement le plus payant de la soirée.

New Orleans Blues est présenté, avec des pauses, jusqu’au 1er septembre à l’Espace St-Denis. Il est précédé d’un souper cajun concocté par le chef Paul Toussaint.

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