Le retour de la jauge réduite à 50 % de la salle et des bulles familiales distanciées représente un véritable casse-tête pour les équipes des salles de spectacle et des théâtres, qui avaient le moral à zéro, jeudi soir.

Mis à jour le 16 déc. 2021
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse
Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

« C’est un coup très, très dur pour notre secteur », a réagi David Laferrière, président du conseil d’administration de l’association RIDEAU, qui regroupe 350 salles de spectacle et festivals au Québec.

À compter de lundi prochain, les salles de spectacle, les théâtres et les cinémas devront limiter leur jauge à 50 %. La danse et le karaoké seront de nouveau interdits, considérés comme des activités à haut risque.

Plusieurs acteurs du secteur ont souligné jeudi soir le travail énorme qu’imposera la nouvelle mesure à leurs équipes, déjà au bout du rouleau.

Ça veut dire que l’ensemble des détenteurs de billets doivent être contactés l’un après l’autre pour dire : “Votre siège n’existe plus, vous êtes tombé entre deux bulles, on doit vous relocaliser parce qu’on n’a pas la capacité”.

David Laferrière, président du conseil d’administration de l’association RIDEAU

« On n’a plus de place dans nos calendriers, les spectacles sont vendus en pleine jauge et on est à l’aube du congé de Noël, nos équipes sont épuisées […] C’est hors de question que je leur impose de retourner à de nouveaux plans de salle », a ajouté M. Laferrière.

Celui qui est aussi le directeur général du Théâtre Gilles-Vigneault va regarder « les différentes options » avec les producteurs cette fin de semaine. Dans les minutes qui ont suivi l’annonce du gouvernement Legault, il envisageait même d’annuler certaines représentations.

Lors du point de presse, il n’était pas exclu que des spectacles prévus cette fin de semaine fassent l’objet d’une réévaluation des risques. Selon nos informations, des discussions auront lieu ce vendredi au sujet du spectacle des Cowboys Fringants qui doit avoir lieu au MTelus samedi.

Une tempête parfaite

Pour le porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ) et président du Club Soda, Michel Sabourin, les nouvelles restrictions créent « la tempête parfaite » pour la gestion d’une salle.

Il donne l’exemple d’un spectacle prévu la semaine prochaine, pour lequel 800 billets ont été vendus. Comment choisir le public qui pourra y assister le jour pour lequel il avait acheté son billet ? Est-ce que les artistes accepteront de jouer devant une salle à moitié vide ? Et puis, il y a tous ces spectacles programmés en février, mars ou avril. Est-ce qu’il faut dès maintenant refaire les plans de salle ?

On a déjà joué dans ce film-là. Non seulement c’est pas gérable, mais c’est pas rentable.

Michel Sabourin, porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec et président du Club Soda

Bien que les programmes d’aide financière demeurent en place et que les billets qui ne pourront être vendus en raison des jauges seront remboursés, les acteurs du secteur s’inquiètent de l’incertitude qui plane sur les prochaines saisons.

« C’est très inquiétant pour la suite parce qu’effectivement, nos saisons hiver-printemps sont toutes en vente. Et moi et la plupart de mes collègues, nos saisons 2022-2023 sont prêtes », dit David Laferrière.

Son théâtre veut aussi s’assurer que les artistes toucheront les cachets prévus et « que l’aide va être là pour que tous les corps de métier reçoivent leur juste part ».

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Les spectateurs étaient nombreux pour le spectacle de Louis-Jean Cormier au MTELUS où Salomé Leclerc (sur la scène) assurait la première partie jeudi soir

« Complètement découragé »

« Si ma réaction est un peu forte ce soir, c’est que ce n’est pas la première fois qu’on a à le vivre », dit David Laferrière. Le milieu culturel se relevait de peine et de misère de la dernière année lorsque l’annonce est tombée. « Ça devient très difficile de garder un lien de confiance avec une clientèle », poursuit M. Laferrière.

Le moral des troupes aussi est au plus bas. Il est de plus en plus ardu de retenir le personnel, et les artistes hésitent à créer, de peur que tout s’arrête à nouveau.

« [L’an dernier], on a perdu tout notre monde, on ne se le cachera pas. Et après avoir travaillé comme des malades pour y arriver, on retombe dans le même scénario. Je suis complètement découragé », souffle Michel Sabourin.

De son côté, le codirecteur artistique du Théâtre Duceppe David Laurin voit la mesure comme « un mal nécessaire ».

« C’est un autre coup dur pour nous, pour nos équipes et les artistes. […] En même temps, on voit les chiffres comme tout le monde et on accepte la rapidité avec laquelle le gouvernement nous demande de virer de bord », dit-il.

Les cinémas, eux, n'ont pas été prompts à réagir jeudi soir. Denis Hurtubise, président de l'Association des propriétaires de cinémas du Québec, a dit vouloir « attendre d'avoir des clarifications » avant de commenter les mesures annoncées par le premier ministre. De son côté, Mario Fortin, président-directeur général du Cinéma Beaubien, du Cinéma du Parc et du Cinéma du Musée n'a pas donné suite à l'appel de La Presse.