Beyries a donné le coup d’envoi du 42e Festival de jazz mercredi soir à la place des Festivals, de retour dans le centre-ville de Montréal après une édition toute virtuelle en 2020. Une soirée d’ouverture réconfortante bercée par la voix enveloppante de l’autrice-compositrice-interprète, qui avait mis le paquet pour être à la hauteur du moment.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Quinze minutes avant le début du spectacle prévu à 21 h 45, la foule était toujours très disséminée sur la place des Festivals, et arrivait au compte-gouttes par les deux seuls accès au site : 2500 personnes réparties dans cinq sections, mesures sanitaires obligent, c’est bien peu pour meubler ce si grand espace.

En fait, c’est un Festival de jazz en version réduite qui a été organisé cette année, avec 35 spectacles extérieurs présentés en cinq jours. Tout un contraste avec les quelques centaines de représentations réparties sur 10 jours, dont environ 200 sont gratuites, qui font partie d’une programmation normale prépandémique.

On était donc bien loin mercredi de l’ambiance habituelle d’une soirée d’ouverture du Festival de jazz, avec ses dizaines de milliers de personnes qui déambulent entre les différentes scènes, un verre de bière à la main. Mais c’était le prix à payer pour tenir l’évènement malgré tout, dans l’air frais des soirées de septembre plutôt qu’à la fin de juin.

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Le spectacle de Beyries dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal

Et surtout, on a pu compter sur Beyries pour nous réchauffer comme il faut. Beyries et son répertoire triste et mélancolique, mais aussi puissant et incarné, qui a réussi à lui donner encore plus de hauteur dans ce spectacle mis en scène par Pierre Lapointe avec élégance et sobriété.

Entourée de cinq (cinq !) choristes all stars, dont Kim Richardson et Coral Egan, avec à la direction musicale Alex McMahon, Beyries a chanté des pièces de ses deux albums, Landing et Encounter, avec ferveur et sensibilité.

Au piano ou à la guitare, dans des arrangements parfois en douceur ou tout en énergie et électriques – merci, Andre Papanicolaou à la guitare –, sa voix si riche a glissé sur le public comme une couverture, pour le rassurer autant que le réchauffer.

Nous étions peut-être à peine 2500, mais il n’a pas fallu beaucoup de temps avant d’avoir le sentiment d’être cinq fois plus tellement Beyries a réussi à meubler l’espace. « Celle-là, je vous la dédie, parce que vous m’avez beaucoup manqué », a-t-elle lancé, souriante, avant de commencer une incroyable version gospel de To Love Somebody des Bee Gees.

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Le spectacle de Beyries dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal

Ce n’est pas pour rien que son album lancé il y a un an s’intitule Encounter. Beyries est venue mercredi soir à la rencontre du public, une rencontre énergisante portée aussi par la joie des retrouvailles.

« De l’amour et de la musique, c’est ce que je vous souhaite », a-t-elle lancé avant de sortir de scène, rayonnante, pour revenir seule au piano chanter Soldier. « Merci d’avoir été au rendez-vous. Je me disais, c’est le milieu de semaine, c’est tard… mais vous étiez là. » Mission accomplie, rencontre réussie.

Planer avec Flore laurentienne

Peu avant Beyries, alors que le rose du soleil couchant illuminait le ciel de Montréal, Flore laurentienne est littéralement venu hypnotiser la place des Festivals. C’était pour lui une partie remise, puisque son spectacle prévu l’an dernier avait été annulé à cause de la pandémie, et c’était surtout enfin une occasion de le voir sur scène.

  • Mathieu David Gagnon

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    Mathieu David Gagnon

  • Mathieu David Gagnon et les six musiciens qui l'appuyaient sur la grande scène de la place des Festivals

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    Mathieu David Gagnon et les six musiciens qui l'appuyaient sur la grande scène de la place des Festivals

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Flore laurentienne, c’est le projet instrumental de Mathieu David Gagnon lancé en 2019 avec un premier album orchestral intitulé Volume 1. Sur scène, le musicien et compositeur reproduit parfaitement l’ambiance de l’album, appuyé par six musiciens, dont un quatuor à cordes.

Lorsque les premières notes de violon de Fleuve 1 se sont envolées, on a su que le moment serait planant et solennel, mené par un musicien inspiré.

« Je ne vais pas parler beaucoup, ce soir, on va juste jouer de la musique », a-t-il dit en souriant entre deux pièces, enchaînant ensuite les morceaux dans un long continuum et se laissant parfois aller à des impros inspirées avec ses comparses.

Entre l’art de la fugue de Bach, le minimalisme de Philip Glass et la musique séquentielle de Steve Reich, Flore laurentienne est un voyage inspiré qui nous élève vers le ciel, en soucoupe volante de préférence. En cette première soirée plutôt tranquille par la force des choses, planer avec lui ne manquait pas de charme.

C’est évident, on se souviendra certainement de l’étrangeté de ce Festival de jazz 2021, des grilles entourant la place des Festivals, des enclos à spectateurs et du passeport sanitaire obligatoire. Mais on se souviendra surtout qu’il a eu lieu malgré les milliers d’embûches, et que la musique a résonné envers et contre tout pour panser les plaies. Et ça, ça vaut de l’or.