Le point, en six points, sur l’offre culturelle qui attend le public québécois à la saison d’automne.

Charles-Éric Blais-Poulin
Charles-Éric Blais-Poulin La Presse

L’offre de spectacles et de festivals est limitée en raison du Delta, variant de la COVID-19.

Faux. Les artistes, les productions et les diffuseurs culturels ont planché sur une programmation d’envergure pour la rentrée d’automne 2021, malgré des mesures sanitaires renforcées et des jauges toujours réduites. « La rentrée est beaucoup plus positive que celle qu’on a vécue l’année dernière, explique Marie-Josée Desrochers, présidente-directrice de la Place des Arts. Toutes nos compagnies résidantes et associées présentent des spectacles : les Grands Ballets, l’Opéra de Montréal, Danse Danse, l’Orchestre Métropolitain, etc. Le public va être choyé. »

Les festivals, avec des formules adaptées ou réduites, répondent aussi présent. Parmi plus de 70 rendez-vous de la rentrée : LVL UP, POP Montréal, les Francos, le Festival de jazz, le Festival de montgolfières de Gatineau, le Festival western de Saint-Tite. « On va suivre comment ça va se passer, puisqu’il va y avoir une grande richesse d’offre en salle », lance François-G. Chevrier, directeur général chez Évènements Attractions Québec, qui représente plus de 250 festivals au Québec. « En même temps, on a bon espoir que les Québécois vont recommencer à consommer la culture en plus grand volume avec le rythme d’automne. »

Les jauges réduites rendent difficile l’accès à des spectacles pour le grand public.

Ça dépend. Depuis le 12 juillet, seulement un siège doit être laissé vacant entre deux bulles. La capacité d’accueil des salles dépend de leur configuration. « On est passé du tiers de jauge à environ 50-60 % de la capacité normale selon les configurations », estime David Laferrière, président de l’organisme RIDEAU.

Le Théâtre du Rideau Vert a prévu davantage de représentations – 30 contre 24 habituellement – d’Adieu Monsieur Haffmann, mise en scène par Denise Filiatrault, pour pallier la diminution de sièges. « On est passé de 130 spectateurs l’année dernière avant les fermetures à 80 avec Le vrai monde ? au printemps, et là, on est à 300 sur une capacité de 426, explique la directrice générale, Céline Marcotte. Ce n’est pas si mal. On a ces billets-là à vendre ; ça va bien, même s’il y a beaucoup d’offre. »

À la Place des Arts, 500 spectateurs peuvent occuper l’un des 747 sièges au Théâtre Jean-Duceppe, et jusqu’à 2000 personnes sont bienvenues à la salle Wilfrid-Pelletier, d’une capacité de quelque 3000 sièges. « En ce moment, on n’a pas nécessairement de souci d’inventaire, parce qu’il y a beaucoup de représentations avec des jauges plus grandes », note Marie-Josée Desrochers, de la Place des Arts.

Il vaut mieux réserver tôt pour assister à un spectacle.

Vrai. Les petites salles et les festivals modestes sont plus à risque d’être rapidement saturés, surtout s’il est question de têtes d’affiche ou de productions attendues.

À Espace Go, la majorité des spectacles de La brèche (en supplémentaires jusqu’au 26 septembre) auront lieu à guichets fermés. Espace Libre, qui accueillait jusqu’à 180 spectateurs avant la pandémie, met en vente seulement 55 billets par représentation de Qui veut la peau d’Antigone (du 7 au 25 septembre) et des Morts (du 12 octobre au 6 novembre). « On aurait pu monter un peu la jauge, mais on a voulu prioriser le sentiment de sécurité et le climat de confiance », dit Geoffroy Gaquère, directeur artistique et codirecteur général du théâtre.

La rareté risque de faire des malheureux. « Ça part assez vite, observe-t-il. On conseille aux gens de se procurer des billets le plus rapidement possible. Si, vraiment, on est obligés de refermer, on rembourse les gens. Ce n’est pas un danger d’acheter un billet de théâtre. »

Le passeport vaccinal engendre une baisse de la demande.

Ça dépend. L’impact du passeport vaccinal dépend du public cible, croit Patrick Kearney, porte-parole du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN). « On sait que l’enjeu tourne autour des 20-29 ans. S’ils sont moins vaccinés et que ton festival touche cette clientèle-là, c’est sûr que tu risques d’être plus touché. »

C’est aussi vrai pour le théâtre. « Les habitués du TNM sont généralement double vaccinés, mais les 25-40 ans, qu’on courtise et qu’on fidélise, je me demande s’ils vont venir, dit sa directrice artistique Lorraine Pintal. Ça fait partie de l’énigme. »

En revanche, « des gens provaccins qui n’étaient pas à l’aise de sortir pourraient être soudainement rassurés », nuance Patrick Kearney. « Ces gens-là parlent moins fort que les opposants au passeport vaccinal. C’est difficile à mesurer. »

François-G. Chevrier, d’Évènements Attractions Québec, croit que le passeport vaccinal pourrait engendrer une baisse de 5 % du revenu autonome chez ses membres. Si des diffuseurs en ont le temps et les moyens, certains billets pourraient être remis en circulation à la faveur des vaccinés. Et peut-être au rabais. « Ne tenez pas pour acquis que tout est nécessairement vendu, insiste-t-il. Il y a des billets qui seront offerts à la suite d’annulations de dernière minute. »

La saison théâtrale d’automne sera réservée aux abonnés.

Faux. De nombreux théâtres ont laissé tomber leur système d’abonnement traditionnel et ont privilégié une vente de billets à la pièce pour l’automne. Le TNM a quand même choisi d’ouvrir son guichet par étapes, d’abord aux abonnés les plus anciens, puis aux membres récents et enfin au grand public.

À l’automne 2020, l’ouverture de la billetterie à tous les abonnés en dépit de jauges faméliques avait engendré « une cohue et un fouillis », constate Lorraine Pintal. Cette année, les abonnés ont comblé environ 40 % des salles pour Embrasse et Reines, dit-elle, et quelques représentations affichent déjà complet.

Le Théâtre du Rideau Vert a lui aussi donné priorité aux abonnés passés pour acheter des billets à prix unique. Il lancera un mini-abonnement à la mi-octobre pour les trois spectacles restants de la saison 2021-2021. Pas d’abonnements cette saison non plus à Espace Libre, mais des rabais à l’achat de plusieurs spectacles, à l’image d’autres théâtres.

D’aucuns misent sur un retour des abonnements « normaux » pour la saison 2022-2023.

Les superproductions engendreront une saturation dans les cinémas.

Ça dépend. Dans les prochains mois, l’arrivée de superproductions américaines comme Dune, The Addams Family 2, No Time to Die, Venom : Let There Be Carnage, Eternals ou encore Ghostbusters : Afterlife donnera un coup de pouce aux propriétaires de cinéma, qui en ont grand besoin.

Selon Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec, les salles ont connu une hausse d’achalandage « constante » depuis l’assouplissement des mesures sanitaires, le 31 mai dernier. La sortie de Fast and Furious 9, le 25 juin dernier, a aussi galvanisé les transactions à la billetterie, observe-t-il. L’embellie devrait s’accélérer dans les prochains mois, « parce que la programmation est au rendez-vous comme ce n’est pas permis ».