Marie Carmen, Joe Bocan et Marie Denise Pelletier ont fait un discret et joyeux retour sur scène la semaine dernière à Saint-Jean-sur-Richelieu. Nous avons assisté à leur deuxième représentation vendredi, et pris de leurs nouvelles en même temps.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Lorsque tout s’est arrêté il y a un an, la tournée Pour une histoire d’un soir, qui devait durer au moins jusqu’en mai 2021 et qui affichait déjà complet à plusieurs endroits, venait à peine de commencer. Ainsi, entre la première médiatique survoltée, qui a eu lieu le 10 mars 2020 devant le Tout-Montréal, et le parterre plus que clairsemé du très beau Théâtre des Deux Rives de Saint-Jean-sur-Richelieu vendredi soir, le contraste était des plus frappants.

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Marie Denise Pelletier, Marie Carmen et Joe Bocan sur scène à Saint-Jean-sur-Richelieu

C’est que conformément aux mesures sanitaires, il y a maintenant deux mètres de distance entre chaque bulle, mais aussi une rangée vide intercalée entre chaque rangée occupée. À peine 150 personnes sont donc réparties dans la salle d’une capacité de 800, balcon inclus.

Si les spectacles reprennent enfin, les trois chanteuses gardent néanmoins un pied sur le frein. « Je m’étais dit : ‟je vais le croire quand je vais être sur la scène” », nous raconte Joe Bocan, rencontrée moins d’une heure avant le début de la représentation vendredi.

Parce qu’elles savent bien, après un an et un nombre incalculable de reports, que les choses peuvent changer vite. « Jeudi, on était backstage, on regardait la conférence de presse de 17 h et on se demandait même s’il n’allait pas nous couper le sifflet tout de suite… On s’attendait presque à retourner chez nous ! », relate Marie Denise Pelletier, rencontrée elle aussi en coulisse.

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Marie Denise Pelletier

Malgré tout, fébrilité, émotion, enthousiasme, joie et bonheur étaient les mots qui résumaient leur état d’esprit vendredi. « Tsé, une chanteuse, il faut que ça chante », laisse tomber Marie Denise. « Hier, j’ai trouvé qu’on n’avait jamais fait notre première chanson avec autant de gratitude », analyse Joe.

Surtout que ce spectacle est déjà une sorte de retrouvailles entre ces trois icônes des années 1980 et 1990. Un an plus tard, les retrouvailles sont donc doubles et vendredi soir, dès leur entrée en scène, on a senti l’énergie et la complicité des trois femmes vibrer, que ce soit dans des numéros de groupe ou lorsqu’elles se succèdent avec leurs hits.

« Vous êtes beaux ! a lancé Marie Carmen aux spectateurs après avoir chanté Faut pas que j’panique. Mais vous seriez venus avec des scaphandres que je vous aurais trouvés beaux pareil. Vous m’avez tellement manqué ! » Et quand elle a enchaîné avec J’ai le blues de vous, c’est comme si la chanson prenait tout son sens tout à coup.

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Marie Carmen

Si les chanteuses ont été soufflées, la veille, par l’enthousiasme du public qui se manifestait bruyamment – « À un moment donné, je leur ai demandé : ‟coudonc êtes-vous 1000 ?” », nous a raconté Marie Denise Pelletier –, vendredi, l’ambiance était plus tranquille. Difficile, dans des bulles aussi séparées physiquement, de sentir la communion de la foule, même si on apprécie la qualité du spectacle et la beauté des interprétations.

En effet, les trois artistes n’ont rien perdu de leur flamboyance (au contraire !) ni de leur voix. Mais il y avait une espèce de fossé entre l’intensité d’une Marie Denise Pelletier qui se donnait complètement sur Tous les cris les S.O.S. et les applaudissements, même nourris, qui se perdaient dans l’immensité de la salle – du point de vue du public, en tout cas. Normalement, ce genre de moment devrait se terminer sur une ovation monstre, avec cris et sifflements.

Pour une histoire d’un soir est un spectacle bonbon, plein de jolies idées, comme ce sympathique pot-pourri Starmania autour d’un piano, de morceaux de bravoure et de chansons souvenirs qui réconfortent. Réentendre Repartir à zéro, Inventer la terre ou Entre l’ombre et la lumière par leurs interprètes est une source inépuisable de bonheur malgré les circonstances – la preuve, ces spectatrices qui chantaient à tue-tête le refrain de Pour une histoire d’un soir dans le stationnement du théâtre à la fin du spectacle, à moins de 30 minutes du couvre-feu…

Les interprètes, elles, prennent tout ceci avec philosophie et chantent un peu, chaque fois, comme si c’était la dernière. « Oui ! s’exclame Marie Denise Pelletier. On y met tout notre cœur, toute notre âme et on profite de chaque instant. »

Jamais, d’ailleurs, elles ne l’ont « pris personnel » en maudissant le karma qui leur a fait entreprendre une tournée un mois avant le début de la pandémie…

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Joe Bocan

« Ça ne m’est même pas passé par la tête ! s’exclame Joe. Ça me fait de la peine de ne pas faire de show, là n’est pas la question. Mais il y a tellement de monde qui souffre en ce moment. Ma peine, à côté, ce n’est rien ! »

Tout le monde est dans le même bateau, souligne Marie Denise, qui rappelle qu’on vit des temps inédits.

« Chaque fois qu’on met le pied sur la scène, on est conscientes de la chance qu’on a. On peut rencontrer des gens et c’est précieux, parce que ces temps-ci, il n’y en a pas, de rencontres ! Tout le monde est dans sa bulle, mais ce soir, notre bulle est élargie et c’est un privilège. » Privilège partagé, mesdames.

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