Le plus grand fournisseur de scènes extérieures en Amérique du Nord se trouve à L’Assomption, dans Lanaudière. Les travailleurs de Stageline sont envoyés aux quatre coins du continent pour superviser le montage des scènes de quelque 1500 festivals. Alors qu’il est normalement le premier de la belle saison, le festival Okeechobee, en Floride, s’est avéré être le dernier. Le technicien de scène Renaud Piette y était.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« On commençait à parler entre nous de la COVID-19, on savait que ça s’en venait, mais ça ne se sentait pas aux États-Unis. Quand on posait des questions aux employés locaux qu’on supervisait, ils ne savaient même pas c’était quoi, la COVID-19. Pourtant, on regardait les nouvelles en provenance du Québec et on voyait de nouvelles directives appliquées tous les jours, on parlait même de fermer les frontières.

« Alors que j’étais en stand-by pendant le festival en attendant de faire le démontage, j’ai compris qu’il n’y aurait pas de festivals pendant l’été. Mais pas d’été pour nous, ça veut dire pas de revenus. Le milieu de la scène est saisonnier : tu vas à la guerre pendant sept ou huit mois, tu travailles parfois 100 heures par semaine. On fait donc de gros salaires pendant six mois et on essaie d’économiser pour le reste de l’année. Mais là, on recommençait à zéro.

« Je n’ai tout de même pas senti d’inquiétude chez mes collègues. On savait qu’on allait pouvoir s’en sortir. On est jeunes, on commence nos carrières, on voyait ça évidemment comme une année perdue, mais on considérait ça aussi comme une opportunité pour la suite, parce que le travail de scène est un mode de vie : on voyage sans arrêt, il n’y a aucune routine, c’est excitant, mais ce n’est pas viable à long terme. Je n’ai donc pas perçu de détresse ou de peur, plutôt un sentiment d’impuissance devant l’inconnu.

PHOTO FOURNIE PAR STAGELINE

Le festival d’arts et de musique Okeechobee, en Floride, s’est déroulé du 5 au 8 mars 2020. Comme pour la plupart des festivals nord-américains, les scènes ont été fournies par l’entreprise québécoise Stageline.

« En fait, ce qui nous a le plus inquiétés était de manquer la journée de pêche en haute mer que l’on avait planifiée après le festival ! On avait peur de rater le dernier vol de retour, mais on a quand même réussi à terminer ça en beauté. Il reste que tout ça a été bien spécial. Normalement, dans un festival, on est toujours les premiers arrivés et les derniers partis. Avec la COVID-19, c’est l’inverse : on est les premiers sortis et on sera les derniers à revenir... »

Et depuis ?

« En tout et pour tout, j’ai pu trouver pas mal de positif dans cette année. Je suis super heureux avec ma nouvelle copine, j’ai un chien – ce qui était impossible avec mon ancien style de vie. »

Évidemment, le stress est réel, ça m’a fait réaliser l’importance d’avoir un bon coussin financier. La PCU m’a permis d’éviter d’être trop dans le rouge, mais il a fallu m’assurer de ne pas me mettre dans une situation où ce n’est plus viable.

Renaud Piette

« Au cours des deux ou trois dernières années, j’ai profité de mes mois de congé pour investir dans des projets immobiliers que j’ai moi-même rénovés. Aussi, j’ai voulu me constituer un petit fonds pour me lancer en affaires avec un ami. On a décidé de proposer une solution clés en main pour la culture de cannabis à domicile, notamment avec une gamme de terre développée par un agronome. L’année qui vient de passer m’a donc permis d’accélérer le processus. Le but, c’est de pouvoir vivre de notre projet. On y travaillait à temps partiel depuis trois ans, on ne s’est pas encore payés, mais, là, on a obtenu du financement et on a pu conclure des partenariats stratégiques.

« Des fois, ça te prend une claque, et la vie me l’a donnée. Si ça repart l’été prochain, je vais faire quelques festivals, mais je sais que ça ne sera jamais au même volume. »

Les propos de notre interviewé ont été édités et condensés.