Elle en était à sa toute première répétition sous le chapiteau, pour son tout premier spectacle avec le Cirque du Soleil. Un rêve avorté.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

« Le chapiteau était monté depuis une toute petite semaine. Le 13 mars, j’étais là : pour ma toute première répétition sous le chapiteau du Vieux-Port, avec mon trapèze », se souvient la jeune femme, diplômée de l’École nationale de cirque, qui devait incarner le personnage principal du spectacle Sous un même ciel. « La maquilleuse venait de me faire mon maquillage et, à 16 h, je devais répéter mon numéro, pour tester les accrochages et les lumières. Tout allait bien. On était très excités ! Et puis on a entendu des techniciens dire qu’à 17 h, au siège social, il y aurait un grand meeting. »

« Comme on n’était que deux artistes sous le chapiteau, à 17 h, on nous a mis en visioconférence. Je n’avais pas la moindre idée de quoi il s’agissait : je suis française, mes parents sont en France, tout est arrivé avant en Europe, je savais que ça n’allait pas bien, mais je ne m’attendais tellement pas à ce que ça arrive ici.

Je me souviens qu’à la cafétéria, on se disait à la blague : “Imagine si à la première, bing, on ne peut pas jouer !” Il n’aura même pas fallu attendre la première du spectacle...

Louana Seclet, artiste de cirque

« À 17 h, on a eu l’appel, je crois que c’était Daniel Lamarre [PDG du Cirque du Soleil] qui nous a annoncé : “Tout le monde est en break trois semaines, le virus circule, etc.” Et là, tout le monde s’est questionné : “Qu’est-ce qui se passe ?” Dès le lendemain, le Cirque nous a recontactés pour nous dire qu’on rapatriait tous les artistes étrangers. On leur payait leur billet pour rentrer chez eux. Mais mon copain [Francis Gadbois], qui est québécois et artiste aussi, et moi, comme on est toujours en train de se courir après dans le monde, on s’est dit : “Là, on va se serrer les coudes et on va rester ensemble.” »

Et depuis ?

« Les premiers mois ont été difficiles, émotionnellement. C’est un gros rêve qui s’effondrait, avant même que je puisse l’avoir vécu. J’ai eu une période de deuil. Quasi quotidiennement, j’allais marcher dans le Vieux-Port, pleurer devant le chapiteau. J’avais besoin d’aller faire mon deuil, de lui dire merci et à bientôt, j’espère.

« Et puis, j’ai réussi à tourner la page grâce à l’organisme En Piste, qui a lancé une initiative de cirque au balcon, pour faire vivre le cirque pendant la pandémie. Avec mon copain et un autre couple d’artistes qui habitent la même rue [Jean-Philippe Cuerrier et Mélodie Lamoureux], on s’est dit que si on ne pouvait pas faire nos numéros de nos balcons, on les ferait dans la rue, pour les gens au balcon.

Et on a organisé de façon spontanée un spectacle dans la ruelle [Rivard]. Ça a super bien marché, les gens étaient super heureux et nous, encore plus. Ça nous a fait réaliser à quel point ça nous manquait.

Louana Seclet, artiste de cirque

« Et puis on est partis dans une aventure avec cette idée-là... On est partis dans un délire, on a trouvé un nom [la PCU, pour performance circassienne d’urgence ! ], on a monté une page Facebook, etc.

« Une bonne partie de l’été, on a été dans les ruelles, les cours des CHSLD et des coopératives d’habitations avec ça. Ça nous a aidés à surmonter psychologiquement la crise. Ça a été notre échappatoire. Et puis, vers la fin de l’été, quand on a voulu trouver un endroit où s’entraîner à nouveau, on a décidé de partir en France rejoindre mon père, artiste de cirque aussi. [...] Là-bas, on a eu la chance immense de croiser des amis [de la troupe québécoise du Théâtre à Tempo] qui nous ont donné du travail au sein d’un spectacle en Allemagne [Camping]. On a réussi à jouer jusqu’au 1er novembre, jusqu’à ce que l’Allemagne tombe elle aussi en confinement. De retour ici pour voir la famille, on attend de remonter sur scène là-bas, normalement le 29 avril. Si tout va bien, et si tout rouvre... »