PPS Danse a annoncé dimanche après-midi la mort de son fondateur et directeur artistique, Pierre-Paul Savoie, à la suite d’un long combat contre le cancer. Il venait tout juste d’avoir 66 ans.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Figure importante de la danse contemporaine québécoise, Pierre-Paul Savoie était un chorégraphe-interprète et metteur en scène ayant œuvré autant pour la scène, le cinéma que la télévision, multipliant les collaborations avec les institutions théâtrales, musicales et circassiennes. Son apport important au milieu de la danse a été souligné à de nombreuses reprises par des prix et distinctions, dont le prix hommage RIDEAU en 2008.

Il a fondé PPS Danse en 1989 et s’y est consacré « jusqu’à la toute fin », a indiqué la compagnie dans un communiqué, ajoutant que l’artiste polyvalent « a été entouré d’amitié et d’amour jusqu’au bout d’une maladie qu’il aura assumée avec grandeur et humilité ». Il laisse dans le deuil son mari, Arnold, sa famille, ses proches et la communauté de la danse québécoise.

« C’était un homme d’une grande humanité, d’un grand cœur et d’une grande générosité qui était entièrement dédié à sa discipline », a souligné Ginette Ferland, agente de diffusion pour PPS Danse, qui connaissait M. Savoie depuis 35 ans.

Codirecteur artistique de PPS Danse depuis environ un an et demi, le chorégraphe et interprète David Rancourt a d’abord rencontré Pierre-Paul Savoie en 1999, à son arrivée à Montréal, par l’entremise du Regroupement québécois de la danse (RQD), où ce denier a assuré la présidence durant cinq ans. M. Rancourt collabore avec la compagnie depuis une dizaine d’années ; il a notamment cocréé avec M. Savoie la pièce Les chaises, en 2013.

« C’est un être qui aimait vraiment les gens. En studio, c’était un homme de travail, pour ne pas dire acharné, méticuleux et passionné. Le travail l’animait tellement que pas plus tard que la semaine dernière, on était encore en réunion, même s’il ne pouvait pas être en studio avec nous, pour un nouveau projet de création qu’on venait de lancer », explique celui qui assurera désormais seul la direction artistique de PPS Danse.

Pierre-Paul, il a travaillé jusqu’à la dernière minute, jusqu’au dernier souffle, presque.

David Rancourt

Une vie à créer des rencontres

Né le 14 janvier 1955 à Maria, en Gaspésie, Pierre-Paul Savoie a été formé en danse à l’Université Concordia. Il s’est notamment fait connaître dans les années 90 avec l’œuvre phare de PPS Danse, Bagne, cocréée à l’époque avec Jeff Hall, avec qui il a formé pendant une quinzaine d’années un duo inclassable.

PHOTO JEAN-F. LEBLANC, FOURNIE PAR AGENCE STOCK

La première mouture de la pièce Danse Lhasa Danse a été créée en 2011 avec notamment Bïa e Alexandre Désilets.

Le dialogue entre les disciplines était au cœur de son travail. Au fil de sa carrière, il a collaboré notamment avec Luc Plamondon, Claude Poissant, l’École nationale de cirque, a adapté pour la scène des contes de Jacques Prévert. Il s’est démarqué avec la création d’œuvres chorales qui ont remporté un vif succès, comme Corps Amour Anarchie, consacrée à l’œuvre de Léo Ferré, et Danse Lhasa Danse, un hommage en musique, chansons et danse à Lhasa de Sela, dont il a présenté une version remaniée en janvier 2020.

En entrevue avec La Presse à ce moment, il avait évoqué avec beaucoup de discrétion sa maladie, ajoutant que l’œuvre de Lhasa résonnait d’autant plus fort à cette période particulière de sa vie.

C’est un choix artistique de vouloir parler de la mort. Ce que m’a appris Lhasa, c’est comment mourir, comment apprendre à mourir, une émotion – et un tabou – universelle.

Pierre-Paul Savoie à La Presse en janvier 2020

Les témoignages recueillis par La Presse dressent tous le portrait d’un homme entièrement dévoué à son art, généreux et ouvert, qui savait créer des liens sincères avec les gens.

La chorégraphe Hélène Blackburn, de Cas Public, salue la mémoire de cet homme qui était son ami, mais pour qui elle avait aussi beaucoup d’admiration. Les deux se sont connus à travers la Fondation Jean-Pierre Perreault, à l’époque. « Son humour… c’était drôle de travailler avec lui, il avait un humour toujours contagieux. C’est quelqu’un qui ne s’apitoyait jamais sur son sort, il était toujours dans le positif », se remémore celle qui a collaboré à quelques-uns de ses projets, dont Danse Lhasa Danse.

Elle se souvient à quel point la rencontre avec le public était primordiale pour l’artiste, qui s’impliquait corps et âme dans tous ses projets. « Quand il est passé au jeune public, il l’a fait de façon très personnelle, il animait toutes les méditations avec les enfants. Il était très généreux, et les gens le lui rendaient bien. »

Alexandre Désilets a fait la rencontre de Pierre-Paul Savoie, qu’il considère comme un ami, mais aussi un « mentor », avant même qu’il sorte son premier disque. Il a collaboré au fil du temps à plusieurs projets avec l’artiste, notamment pour Danse Lhasa Danse, Corps Amour Anarchie et Le trésor, l’ultime création achevée du créateur, une œuvre jeune public présentée au début de 2020.

« Même dans sa maladie, Pierre-Paul était vraiment surprenant, car ses projets et l’art sont toujours restés à l’avant-plan, remarque-t-il. Il avait compris toute la force des arts, qui est celle de créer des brèches dans le réel, de créer des vagues qui vont toucher les gens, de permettre de compléter ce casse-tête complexe qu’est la vie en faisant des connexions avec l’esprit, le cœur et le corps. »