Non, Martin Faucher ne vit pas sur une autre planète ! Le directeur artistique du Festival TransAmériques (FTA) sait fort bien que la prochaine édition de son prestigieux festival international de danse et de théâtre risque de ne jamais voir le jour d’ici le 20 mai. Or, mardi soir, il a tenu à dévoiler sa programmation malgré la pandémie. Un dévoilement virtuel, au moyen de FaceTime, pour respecter l’interdiction de rassemblements du gouvernement de François Legault.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Pour l’instant, la direction du FTA n’annule pas sa 14e édition et maintient l’intégralité de sa programmation, soit 22 spectacles, dont près de la moitié de l’étranger.

« Ce serait prématuré de tout annuler, mais on continue à travailler en étant, bien sûr, sensible aux enjeux de santé publique. Et on va respecter les directives et procédures gouvernementales. »

Questionné par La Presse sur une éventuelle annulation, le directeur estime qu’il y a de « 80 % à 90 % » de possibilités que l’évènement soit annulé ! 

En partie ou dans son ensemble ? Avec des artistes d’ici seulement et sans compagnies étrangères ? 

Il y a plusieurs scénarios envisagés, et l’on suit la situation au jour le jour. Il faut savoir quelles seront les consignes des autorités d’ici deux mois. Sous quelle forme ? On croise les doigts.

Martin Faucher, directeur artistique du Festival TransAmériques

Pour l’instant, l’équipe travaille avec l’idée de tenir le rêve des artistes du FTA « actif et effervescent ». « Parce que c’est important de maintenir le rêve, de garder une part de beauté, une bulle d’espoir dans notre imaginaire », dit-il, « très humblement ».

Ne craint-il pas l’effet sur la vente des billets et des forfaits ? « Si on annule, on va rembourser les gens. Or, actuellement, ma préoccupation, ce n’est pas la vente des billets ; c’est de rendre l’art accessible et vivant sur la place publique. »

Le rôle de l’artiste

COVID-19 ou pas, aux yeux de Martin Faucher, la présence de l’art dans la société a toujours été fondamentale. Or, paradoxalement, depuis jeudi et les grands dérangements, la pandémie a donné un nouveau sens à sa quête. « Il se passe quelque chose d’extraordinaire, dit-il. Je n’ai jamais autant entendu le mot culture dans la bouche d’un premier ministre ; ni vu les médias au Québec traiter autant la question du rôle et de l’importance des artistes dans la société. »

Le directeur du FTA se réjouit de la réaction rapide des élus, deux jours après le début des annulations des productions de théâtre et de danse, alors que le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé qu’il dédommagerait les travailleurs autonomes du milieu culturel. 

« Comme président du Conseil québécois du théâtre, de 2005 à 2009, j’ai travaillé fort pour sensibiliser le gouvernement au statut des créateurs, à la précarité de leurs conditions de travail. Or, ce que je n’ai pas réussi à faire durant mon mandat, le coronavirus l’a fait en moins d’une semaine ! C’est triste à dire, mais parfois ça prend une catastrophe pour nous faire réagir. En culture, il y aura un avant et un après COVID-19. C’est évident. »

Martin Faucher reste prudent. Il ne veut pas jouer au gérant d’estrade au moment où il faut rester calme, pour mieux prendre du recul sur l’état du monde. Reste que, depuis plus de 30 ans, le metteur en scène voit des centaines de spectacles partout. Et depuis une dizaine d’années, il note une constance dans les thèmes abordés dans la majorité d’entre eux. 

« Les artistes font une lecture très sévère du monde actuel, dit-il. La majorité de leurs œuvres traitent de mort, de disparition, d’effacement, de catastrophe écologique, de fin de la civilisation, etc. Si on avait écouté et pris un peu plus au sérieux les scientifiques et les artistes, il y a 30 ou 40 ans, on ne serait peut-être pas rendus là aujourd’hui… »

PHOTO LIONEL BONAVENTURE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le metteur en scène Peter Brook

Survol de la programmation 2020

Du 20 mai au 3 juin, le Festival TransAmériques espère proposer au public des œuvres fortes en danse, en théâtre et en performance. En ouverture, place à l’artiste grecque Euripides Laskaridis, avec « un conte burlesque où le chaos reprend ses droits », intitulé Elenit, qui sera présenté du 20 au 23 mai, au Théâtre Jean-Duceppe. Cette coproduction fait partie des 8 créations de cette 14e édition, avec entre autres des œuvres de Louise Lecavalier, de Marie Brassard, de Manuel Roque, de Mélanie Demers, de Daina Ashbee, de Christian Lapointe et de Nadia Ross. Le Japonais Hiroaki Umeda devrait présenter Contingency dans le dôme de la Société des arts technologiques. Le FTA veut installer un aquarium « surdimensionné » sur la place des Festivals, pour l’œuvre de Lars Jan, Holoscenes, performance sur les conséquences des changements climatiques. Si maints artistes étrangers viennent révéler leur travail pour la première fois au Québec cette année, le FTA souligne les retours de metteurs en scène prestigieux, comme Milo Rau, Alain Platel et Peter Brook.

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