La chanteuse Billie Eilish a présenté samedi dernier un concert virtuel surpassant de loin, en termes de production, les multiples spectacles en ligne présentés depuis le début de la pandémie. Au moyen d’effets spéciaux, de décors en trois dimensions et de visuels immersifs, l’artiste a permis à ses admirateurs de parcourir durant une heure son monde sinistre et déjanté. Parmi ceux que Billie Eilish peut remercier pour cette réussite : le studio montréalais Moment Factory, qui a participé à l’élaboration visuelle du projet.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Samedi soir, en direct de Los Angeles, Billie Eilish a chanté sous l’eau. Elle a aussi interprété une chanson debout sur une tour étroite, les pieds face au vide. Elle a dansé avec des araignées géantes autour d’elle. Et elle a profité d’une scène sur laquelle les contraintes d’espace ne semblaient plus s’appliquer, la profondeur créée virtuellement lui offrant une surface de jeu infinie.

Son secret ? Un contenu visuel de réalité étendue (XR), où le monde réel et le monde virtuel interagissent, pour une immersion musicale et graphique dans un univers sans limites.

Durant plusieurs semaines, des employés de Moment Factory ont fait partie de l’équipe de conception de cet univers pour le spectacle Where Do We Go ? The Livestream. Le studio multimédia était déjà engagé dans la tournée de Billie Eilish, interrompue en raison de la pandémie.

Son équipe et elle avaient préparé une belle tournée pour les fans, mais voyant que la COVID-19 n’allait pas durer seulement quelques mois, elles ont voulu trouver comment rejoindre les gens. elles ont décidé de s’inscrire dans la continuité de la tendance des prestations en ligne.

Daniel Jean, producteur chez Moment Factory

Mais Billie Eilish n’avait pas l’intention de faire comme tout le monde. C’est pour ça qu’elle était entourée de scènes d’incendies de forêt, puis s’est retrouvée dans le fond de l’océan pendant son interprétation d’All The Good Girls Go To Hell. Pour ça aussi qu’elle et son frère, Finneas, étaient perchés sur un monolithe immense pour I Love You, qu’elle a chantée dans une forêt, puis dans l’obscurité.

Ainsi, la boîte montréalaise a été embauchée pour la direction de la création de cet ambitieux projet. « Il y a le contenu visuel, mais aussi beaucoup de considérations techniques et de mise en scène. Notre directeur de création, Tarik Mikou, a été impliqué à tous les niveaux concernant la prestation de Billie », explique Daniel Jean.

Tant sur le plan de la direction artistique que des jeux de lumières et du contenu des effets visuels, l’entreprise a pris le rôle que lui ont déjà confié bien des artistes de renommée internationale depuis sa fondation (parmi lesquels Jay-Z, Arcade Fire, Childish Gambino, Ed Sheeran et Céline Dion).

« Un apprentissage énorme »

Cette fois, par contre, l’enjeu d’une diffusion en ligne et en direct d’un spectacle entre le réel et le virtuel a amené toutes sortes de nouveaux facteurs avec lesquels ils ont dû jongler. « Sur le plan technologique, ç’a été un apprentissage énorme, rapporte Daniel Jean. On savait que cette technologie existait […], on a vu des performances de deux, trois chansons. Mais un spectacle complet de 55 minutes, c’était du jamais-vu. »

Sur place, il a fallu comprendre comment le studio et la technologie qui s’y rattache fonctionnaient pour que Moment Factory puisse ensuite apporter son expertise en création visuelle.

[Sur le plan créatif], il faut approcher ça d’une tout autre façon. Il faut se mettre dans la peau du spectateur qui sera devant son écran. Il faut penser à chaque angle de vue avec les caméras.

Daniel Jean, producteur chez Moment Factory

En début et en fin de prestation, les spectateurs ont pu voir l’artifice : le studio et la petite scène, simple et sans décor réel, sur laquelle se trouvaient Eilish, son frère Finneas et son batteur, Andrew Marshall. On a pu constater à quel point les incroyables images qui ont été diffusées, une fois que la magie de la réalité augmentée a opéré, n’avaient rien à voir avec la prémisse.

« Le spectacle le plus grandiose possible »

Plusieurs éléments de cette prestation exclusive ont été empruntés au spectacle mis sur pied pour la tournée de Billie Eilish, comme certaines esthétiques de la chanson Bad Guy ainsi que la fameuse araignée géante (et terrifiante). « On l’a adapté à la vidéo ensuite, explique le producteur de Moment Factory. Ce n’est pas évident. En aréna, il y a de la profondeur, des gens autour, de la lumière qui peut percer l’espace. On n’a pas ce luxe quand les gens regardent leur écran, donc on a misé beaucoup sur les effets de profondeur, en arrière, en dessous et en avant de Billie et ses musiciens. Ç’a été la grande valeur ajoutée. »

La diffusion en direct a engendré « un niveau de risque très élevé ». « En live, tout peut arriver. Il suffit d’un seul bogue et c’est un effet domino », dit Daniel Jean, ajoutant que durant la performance, toute l’équipe était « sur le bout de [sa] chaise ».

Tout s’est finalement très bien déroulé. Mieux encore, le spectacle a fait un tabac, tant du côté de la critique que des admirateurs de la chanteuse. L’univers de Billie Eilish est bien particulier, exaltant, délirant et débordant de créativité. Son auditoire a des attentes élevées, et la prestation a été tout à fait à la hauteur. « Tout le monde a travaillé avec un seul et unique but : produire le spectacle le plus grandiose possible », raconte Daniel Jean.

« On est très satisfaits, très choyés et honorés de collaborer avec une artiste si talentueuse, conclut-il. On ressort inspirés et grandis de cette expérience. »