Grande première pour notre critique musicale : la couverture d’un spectacle virtuel. Celui des rappeurs FouKi et Koriass, donné jeudi soir dans l’espace Yoop. Compte-rendu d’une expérience nouvelle qui est sans doute là pour de bon.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Y aller en auto ou en métro ? Manger au restaurant avant ou prendre un verre après ? Manquer la première partie ou non ?

Bien que nous ayons assisté à un spectacle jeudi soir, toutes ces questions ne se posaient pas.

Pourquoi ? Bienvenue en 2020. Ce spectacle était virtuel. Il réunissait les rappeurs Koriass et FouKi dans l’espace Yoop de la Place des Arts.

Il fallait être devant un écran pour le regarder.

Premier hic, l’impossibilité d’engager une gardienne pour nos petits de 1 et 3 ans.

Deuxième hic, il faisait beau jeudi soir. L’une des premières belles soirées automnales qui donnent envie d’étirer l’été dehors sur une terrasse.

Pas grave, nous étions curieuse de tenter pleinement l’expérience du spectacle virtuel.

Première constatation : c’est plus rapide et beaucoup plus économique de prendre un rafraîchissement dans son réfrigérateur que de le commander au bar d’une salle de spectacle.

Deuxième avantage : le spectacle commence à l’heure.

« Bonsoir tout le monde. Vous pouvez nous faire salut dans vos écrans », a lancé Koriass après la chanson d’ouverture fleuve Génies en herbe, où il est question de COVID-19, de journalistes, de remises à neuf, d’esprit anarchiste et des deux « greatest rappeurs d’ici » (je vous laisse deviner qui).

Quand Koriass y est allé de son flow brûlant, il semblait y avoir un décalage entre le son et l’image. Peu importe, nous étions déjà accrochée à ses lèvres.

Koriass a même demandé aux « spectateurs » de faire du bruit. Et en voyant les visages des gens chacun chez soi (ce que permet l’application Yoop), qui applaudissaient après chaque chanson, il faut admettre que nous avions un sentiment d’« ici et maintenant » parmi une foule.

Il y avait des couples et des bandes d’amis de tous les âges, des gens seuls, des familles. Un public plus varié que celui d’un spectacle rap au Club Soda.

L’album Génies en herbe en vedette

Au printemps dernier, Koriass et FouKi ont sorti l’album Génies en herbe. Ils en ont interprété ensemble la plupart des chansons, jeudi soir dans l’espace Yoop, mais pas dans leur ordre chronologique.

Ceux qui se surnomment les « herbogénistes » ont aussi offert au public Lait de chèvre (chanson de Koriass sur laquelle figure FouKi), ainsi que Woosh et All Zay (l’inverse).

Ils étaient accompagnés de DJ Manifest et Quiet Mike aux platines, ainsi que du guitariste Clément Langlois-Légaré (Clay and Friends).

On dit souvent que Koriass est le mentor de FouKi. Sans dire que l’élève surpasse le maître, il est à sa hauteur.

En fait, Koriass a un flow puissant, alors que FouKi a une douceur dans sa voix mélodieuse. Les deux rappeurs sont parfaitement complémentaires. Surtout sur des chansons comme Figure Out (qui emprunte le « Get Out Da Way » au tube de Ludacris) et Goéland (qui fait un clin d’œil à Loud en parlant de 10 années records).

Pour reprendre les titres de deux de leurs chansons, Koriass et FouKi sont Bénis et ils ont Tout c’qui faut.

Et l’album Génies en herbe est excellent.

Mais un spectacle de hip-hop assis dans sa maison ? Disons que c’est contre-intuitif.

C’est pourquoi de nombreuses personnes dansaient devant leur écran. En fait, c’était impossible de rester immobile, surtout pendant le medley final.

« Cela a passé bien que trop vite », a dit avec raison Koriass avant de clore le spectacle de 65 minutes avec une chanson de circonstance, Bye, et des remerciements au producteur Louis Morissette, au scénographe Fred Caron et à ses musiciens.

Là pour de bon

Dans l’espace Yoop, les gens qui achètent l’accès à un spectacle peuvent le regarder au cours des 24 heures suivantes. À un prix de 25 $, notre soirée valait le coût (comparable à une sortie au cinéma).

Il n’y a rien comme être « en direct » avec les artistes, même si c’est de façon virtuelle.

Le spectacle de FouKi et Koriass a fait vendre près de 500 accès. Ce n’est pas mal.

Même si la vie normale et les spectacles reprennent leur cours, les spectacles virtuels sont là pour de bon. Cela a ses avantages et cela répond à une demande.

À l’inverse, certains spectacles virtuels qui ont eu lieu l’été dernier méritent aussi d’être repris dans un festival. Le FestiVoix de Trois-Rivières a réuni sur la scène majestueuse de l’amphithéâtre Cogeco Louis-Jean Cormier, Patrice Michaud et Vincent Vallières. C’était après avoir offert en plateau double deux des stars féminines les plus populaires du Québec, Marie-Mai et Cœur de pirate.

Dans un festival comme les FrancoFolies, de tels spectacles choraux auraient créé des attroupements monstres dans le Quartier des spectacles (et cela aurait coûté très cher en cachets).

Conclusion ?

Elle vient de FouKi.

« À la prochaine dans des vrais shows. »

Il peut se consoler. Lui et Koriass ont brûlé l’écran.

Les prochains spectacles de l’espace Yoop sont Dominique Fils-Aimé (16 septembre), Éli Rose & Sarahmée (17 septembre), Clay and Friends (25 septembre) et Le Vent du Nord (26 septembre).