Se laissant porter par son envie de créer, la chorégraphe Hélène Blackburn a fomenté au cœur de la pandémie un petit bijou chorégraphique, Love Me Tender v.1, œuvre extérieure in situ qui se présente en deux variations, diurne et nocturne.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

La Presse a assisté à Ombre de la nuit, version se déployant alors que la nuit tombe doucement sur la métropole.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

« Au début, c’était pour faire danser, pour créer, pour la santé des danseurs et ma santé ! », explique la chorégraphe, qui a vu sa troupe rapatriée d’Europe au début de la crise de la COVID-19. Elle a d’abord travaillé avec des couples de danseurs, confinés ensemble, afin de créer des duos. Puis, dès qu’elle a pu, elle s’est réunie à l’extérieur avec les danseurs, a travaillé duos, solos et quelques mouvements d’ensemble… en mode distanciation physique, bien sûr. Aux danseurs de sa compagnie se sont ajoutés quelques autres, dont des interprètes des Grands Ballets canadiens (dont Maude Sabourin, sur la photo) et des Ballets jazz.

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Difficile, créer dans les circonstances ? « C’était moins pire que je croyais. Bon, ce n’est pas idéal, mais ce n’est pas impossible. On a fait contre mauvaise fortune bon cœur », explique Hélène Blackburn. N’ayant accès à aucun nouveau matériel ni costume, la chorégraphe a « gratté les fonds de tiroirs », récupérant par exemple les objets lumineux comme les livres et des collerettes ayant servi à sa plus récente création, Suites ténébreuses.

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« On a pris tous ces petits morceaux et on les a mis ensemble pour en faire quelque chose qui est le plus près qu’on peut être, dans les circonstances, de l’état de spectacle », croit Mme Blackburn, qui parle de cette pièce comme d’un travail autour de « thèmes et variations ». Son exploration autour de l’ombre et de la lumière, amorcée notamment dans Suites ténébreuses, s’y poursuit. Sur la photo, le couple composé de Cai Glover et de Carson McDougall, de Cas Public.

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La chorégraphe se dit enthousiaste de cette première prestation à l’extérieur, même si le tout amène son lot de contraintes et de surprises. « Le travail des jeux de jambes, par exemple, est plus compliqué à l’extérieur avec des chaussures. On aurait pu monter une scène extérieure, mais je voulais aller jusqu’au bout... Embrasser les contraintes pour ce qu’elles sont. L’extérieur, c’est aussi la surprise ; le soir, une voiture peut passer et ses lumières vont créer d’autres effets par-dessus les nôtres. » Sur la photo, le couple composé de Melih Mertel et de Maude Sabourin, danseurs invités des Grands Ballets.

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La troupe a été très émue lorsqu’elle a présenté le spectacle pour la première fois. « Ça montre comment des choses très simples nous ont manqué. Avec la distanciation, on touche moins les autres, on ne réalise pas à quel point beaucoup de gens sont seuls. Le rapport au corps a changé énormément et ça a un impact beaucoup plus grand qu’on le pense », avance Mme Blackburn.

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Habitué des tournées internationales, Cas Public a vu nombre de ses engagements annulés ou reportés, alors qu’elle est toujours dans l’attente pour certains spectacles prévus en Europe au début de l’hiver. Dans ces temps d’incertitude, Love Me Tender v.1 offre un espace de liberté. « C’est très difficile de faire des projections. Ce show-là n’est lié à rien, on le fait quand on veut. On peut au moins compter là-dessus », conclut la chorégraphe.

Les prochaines représentations de Love Me Tender v.1 auront lieu les 11 et 12 septembre à 20 h, au centre-ville de Montréal. Les billets sont gratuits, mais il faut réserver sa place en ligne. D’autres dates seront annoncées sous peu.

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