Les règles de distanciation physique empêchent nombre de bars et de salles de spectacle indépendantes d’être rentables. Au point où certains d’entre eux ferment pour de bon, dont La Vitrola et la Maison du jazz à Montréal. Une campagne nationale s’organise pour demander de l’aide financière au gouvernement fédéral.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Mauro Pezzente et Kiva Stimac, propriétaires de la Casa del Popolo et de La Sala Rossa, ont annoncé lundi la fermeture de leur troisième salle de spectacle, La Vitrola. « Nous n’avons pas le choix de jeter l’éponge », ont-ils écrit dans un message publié sur Facebook.

La pandémie a aussi eu raison de la Maison du jazz (House of Jazz) Oliver Jones, rue Aylmer, a-t-on appris la semaine dernière.

Avant de perdre d’autres acteurs, la Coalition canadienne des salles indépendantes (CCSI) a lancé la campagne #SoutenezNosScènes. De nombreuses salles du Québec en font partie (L’Astral, Bordel Comédie Club, l’Escogriffe, le Zaricot), mais aussi des agences de spectacles (Indie Montréal), des promoteurs (d’evenko à Blue Skies Turn Black) et des festivals (Pouzza Fest).

> Consultez le site de la campagne #SoutenezNosScènes

Selon une étude menée par les Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ), plus de 9 salles sur 10 ne pourront pas survivre au cours des prochains mois sans aide financière d’envergure. Même si les salles ont le droit d’ouvrir, elles seront incapables de faire leurs frais avec les actuelles règles de distanciation physique.

« Une programmation ne se monte pas en deux jours », ajoute Jon Weisz, de la société Indie Montréal. Quant au programme de la SODEC (Aide aux initiatives innovantes), le délai et l’incertitude avant d’avoir une réponse ne permettent pas aux propriétaires de salles de survivre à court terme. « Deux mois avant que l’argent commence à couler, c’est trop long. »

La CCSI demande donc au gouvernement fédéral d’engager un financement d’urgence substantiel et un plan de relance économique pour la scène musicale indépendante. Et invite du même coup les artistes québécois et canadiens à s’exprimer, par écrit ou par vidéo, et les citoyens à rédiger des lettres à leurs élus.

La fin pour La Vitrola

Dans leur message publié sur Facebook, Mauro Pezzente et Kiva Stimac disent ne pas avoir le choix de fermer La Vitrola, même s’ils bénéficient actuellement d’une certaine aide gouvernementale.

Le système mis en place par le gouvernement pour subventionner le loyer des petites entreprises n’est pas adapté aux salles comme La Vitrola, étant donné que cette subvention couvre seulement trois mois et que les petites salles ne pourront pas rouvrir entièrement de façon sécuritaire dans un futur proche.

Mauro Pezzente et Kiva Stimac, propriétaires de La Vitrola dans un message publié sur Facebook

Quant à la Casa del Popolo et à La Sala Rossa, deux adresses incontournables de la scène musicale montréalaise, leur survie passe par un changement de vocation temporaire.

La scène de la Casa a ainsi été retirée pour faire place à une boutique qui vend des objets imprimés, des affiches, des sérigraphies, des carnets de notes, ainsi que des accessoires, des bijoux et des créations d’artistes. Pour ce qui est du restaurant, une terrasse sera aménagée sous peu. Un menu pour emporter sera aussi offert.

En juin, La Sala Rossa a permis de présenter le festival Suoni per il Popolo de façon virtuelle. Résultat : la salle est maintenant configurée pour capter des événements. Avis aux intéressés : l’endroit est à louer pour des captations.

« Nos salles sont peut-être trop petites pour rouvrir de façon sécuritaire, ont écrit Mauro Pezzente et Kiva Stimac. Mais ça ne veut pas dire que la musique doit s’arrêter. »

Rappelons que Mauro Pezzente est aussi membre du groupe montréalais Godspeed You ! Black Emperor.