Plusieurs centaines de travailleurs des arts de la scène, incluant un important contingent de techniciens, se sont donné rendez-vous place des Festivals lundi midi pour réclamer une prolongation de la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Ce rassemblement qui s’est déroulé sans heurts résulte d’une invitation lancée la semaine dernière par le metteur en scène et directeur artistique du FTA, Martin Faucher, qui invitait le milieu des arts vivants à « se tenir debout » ensemble.

« On me demande depuis un certain temps d’être créatif, alors j’ai pensé que notre rencontre pourrait s’appeler Opération Ciné-parc, ou Opération craque de plancher. Finalement, j’appelle ça Opération angle mort », a écrit Martin Faucher qui invitait littéralement tous les artisans des arts de la scène à se rassembler lundi.

« Tu subis durement la crise qui paralyse tes activités professionnelles ? Tu crains la fin de la PCU à Ottawa ? Tu ne trouves pas ta place dans les nouveaux programmes d’urgence lancés par le CALQ ? Tu te sens seul ? Invisible ? Tu es dans une craque de plancher ? Tu veux t’échapper de ton écran, de tes réunions Zoom et Team ? »

« Je me tiendrai debout à côté de toi pour montrer que nous ne sommes pas invisibles, que nous ne sommes pas qu’une statistique. Que nous sommes en chair et en os. On se tiendra debout pendant 30 minutes, peut-être une heure. Ça dépendra de ce qu’on aura à se dire. Et puis on repartira chacun de notre côté (comme dans la chanson de Joe Dassin). »

Son message a été entendu, en particulier par les techniciens de scène, très bien représentés durant ce rassemblement pacifique où la majorité des gens portaient des couvre-visages.

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Le rassemblement a été organisé à l’invitation du metteur en scène et directeur artistique du FTA, Martin Faucher.

La présidente de l’AIEST, local 56, Nathalie Goyer, qui représente les techniciens de scène de Montréal, estimait que leur présence était essentielle.

« Les techniciens de scène, les habilleurs, toute la machine en arrière des artistes, on est tous au chômage sans en avoir droit. Dans le discours des médias, des politiciens et même des acteurs, on n’existe pas, et en ce moment on souffre », a-t-elle confié à La Presse, en appelant à une « reconnaissance des travailleurs de l’ombre ».

Rencontrée au hasard de ce rassemblement, la directrice de création du Cirque du Soleil, Patricia Ruel, était présente, avec son fils de 4 ans, Salvador.

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Rencontrée au hasard de ce rassemblement, la directrice de création du Cirque du Soleil, Patricia Ruel, était présente, avec son fils de 4 ans, Salvador.

« Tout est arrêté pour nous depuis trois mois, déplore-t-elle. On n’a plus de contrats, plus de redevances, et on ne peut pas proposer des projets [en référence à l’appel de la ministre de la Culture, Nathalie Roy], on travaille sur les projets des autres, donc il n’y a rien pour nous en ce moment. Il faut prolonger la PCU jusqu’à ce qu’on puisse travailler », demande-t-elle.

Plusieurs acteurs et interprètes s’étaient aussi déplacés lundi. Parmi eux, la danseuse et chorégraphe Bettina Szabo, qui tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Interprète invisible ».

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Plusieurs acteurs et interprètes s’étaient aussi déplacés lundi, dont Jolène Boily.

« Les initiatives du gouvernement ne répondent pas à nos besoins et nous mettent en compétition les uns contre les autres, regrette-t-elle. On n’a toujours pas vu les guides pour pouvoir réintégrer nos studios, ne serait-ce que pour répéter, faire de la recherche... Ce n’est pas normal de rouvrir des restos et de garder des salles de spectacles fermées », a-t-elle martelé.

Martin Faucher était heureux du déroulement de ce rassemblement. « Ç’a été une belle rencontre, nous a-t-il dit au terme en après-midi. Je suis content. C’était un geste spontané de ma part. Une personne qui écrit sur Facebook et puis ça a fait des cercles concentriques. Ce n’était pas une manifestation organisée, donc je ne voulais pas prendre la parole, l’important c’était d’être là, de se rassembler, c’est tout. »