En point de presse mercredi, le premier ministre François Legault a évoqué la possibilité que, malgré un déconfinement progressif, les rassemblements culturels et sportifs soient interdits jusqu’en 2021. Le même jour, 2Frères a pourtant annoncé une tournée estivale des cinéparcs du Québec. La confusion et l’incertitude règnent dans le milieu culturel, toujours en attente de directives claires sur la reprise de spectacles sur scène.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Le groupe 2Frères annonce une tournée estivale, alors que tout le monde annule ses spectacles et que les rassemblements sont interdits. Sans enfreindre les règles sanitaires en cours, apparemment. Comment ? En se produisant sur une scène mobile, devant des spectateurs confinés dans leurs voitures, c’est-à-dire dans des cinéparcs.

« La prestation sera à la fois en direct sur scène, mais également projetée sur écrans géants », précise le communiqué qui annonce cette idée inusitée, pensée pour respecter les règles de distanciation physique imposées par le gouvernement. Rimouski, Matane, Val-Morin et Orford sont à l’itinéraire du groupe, mais pas Saint-Eustache et Boucherville, les deux grands cinéparcs de la région montréalaise.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a lui aussi songé qu’une soirée au cinéparc pourrait être le divertissement approprié en ce temps de COVID-19. Il souhaite mettre en place trois cinéparcs gratuits d’ici à la mi-juin dans la capitale nationale, dont l’un sur le site d’Expo-Cité, à deux pas du Centre Vidéotron.

« Nous pourrons profiter de belles soirées pour visionner des films dans le confort de notre véhicule », a avancé le maire de Québec, mercredi, avant d’ajouter que cela serait possible « si les autorités de la Santé publique le permettent ». Et c’est là que les choses se compliquent.

Interdits jusqu’en 2021 ?

En point de presse mercredi, le premier ministre François Legault a évoqué un déconfinement et une reprise des activités graduels, mais il a aussi glissé que les rassemblements pourraient être interdits jusqu’en 2021. Cette hypothèse, lancée entre d’autres déclarations, ajoute de la confusion et de l’incertitude dans le milieu de la culture et des arts vivants, qui peine déjà à démêler les règles imposées par Québec.

« On attend d’avoir plus de directives. Tout le monde a des projets après le 31 août, que ce soit les festivals ou les musées, avec les rassemblements que ça implique », fait valoir Pascale Ouimet, cheffe des relations publiques à l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), qui espère toujours présenter à l’automne les derniers concerts sous la direction de Kent Nagano à la barre de la formation. L’OSM juge que la règle concernant la tenue de concerts et de spectacles en salle « n’est pas claire ».

Juste pour rire, qui a déplacé son festival à l’automne, dit se tenir « prêt à toute éventualité », dans un courriel transmis à La Presse. « En date d’aujourd’hui [mercredi], aucune directive claire n’empêche la tenue de notre Festival en octobre », est-il précisé.

Comment faire ?

PHOTO MARCO BELLO, ARCHIVES REUTERS

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a lui aussi songé qu’une soirée au cinéparc pourrait être le divertissement approprié en ce temps de COVID-19.

À supposer que les concerts et spectacles d’arts vivants soient permis, même seulement dans de petites salles, à l’automne ou même dès l’été, plusieurs se demandent comment ce sera possible. Notamment en raison des règles de distanciation physique actuellement imposées et qui pourraient rester en place pendant plusieurs mois.

Ces deux mètres de distance s’appliquent, jusqu’à preuve du contraire, tant dans la salle que sur scène. Ce qui complique déjà les choses pour les créateurs. Comment faire jouer un orchestre symphonique ? Présenter un spectacle de théâtre ou de danse ? « On peut faire des solos ou même des duos, car il y a des danseurs qui vivent ensemble », indique Fabienne Cabado, directrice générale du Regroupement québécois de la danse. Ce ne serait évidemment qu’une solution temporaire.

Mme Cabado s’interroge en outre au sujet de toutes les mesures qui devront être mises en place pour assurer la sécurité des interprètes et des spectateurs lorsque les salles rouvriront : désinfection, surveillance du public et… réduction de l’assistance. Or, les diffuseurs et les producteurs peuvent-ils vraiment présenter un spectacle en ne vendant qu’un siège sur trois ?

Solange Drouin, directrice générale de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), ose l’envisager. « Il va falloir penser à des mesures et espérer faire des spectacles dans des salles à seulement 30 % ou 40 % de leur capacité. On trouve que c’est important de les faire quand même, même si, économiquement, ça n’a pas de sens, parce que les gens vont devoir se réhabituer à avoir confiance, et ce lien avec le public doit être maintenu. »

La directrice générale de l’ADISQ se doute que le milieu ne recevra pas un « feu vert » des autorités, mais un « feu orange » avec lequel il devra vivre longtemps. « Il ne faut pas juste dire que c’est impossible. Nous, on veut trouver les solutions, pas juste voir les embûches, dit-elle. Il va falloir essayer des choses, je pense. »

— Avec Valérie Marcoux, Le Soleil