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Geneviève Lizotte: une étoile de l'ombre

«Je serai incapable d'être sur la scène. Ce... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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«Je serai incapable d'être sur la scène. Ce n'est vraiment pas une envie, assure la scénographe Geneviève Lizotte. Elle préfère de loin imaginer les univers dans lesquels évoluent les comédiens.

Photo Alain Roberge, La Presse

Pierre Lapointe n'en dit que du bien. Carl Béchard et Alain Zouvi la réengagent constamment. La scénographe Geneviève Lizotte a participé à près de 50 productions théâtrales moins de 10 ans après ses débuts professionnels. Rencontre avec une bricoleuse allumée.

Son nom a figuré dans plus de programmes de théâtre que celui de bien des jeunes acteurs en vue ces dernières années. Geneviève Lizotte n'a pourtant rien d'une vedette. Du point de vue du grand public du moins. Dans les coulisses des théâtres, cette jeune scénographe est toutefois une étoile montante. En huit ans, elle a mis la main à plusieurs dizaines de spectacles et a habillé avec brio la plupart des scènes en ville, du minuscule Gesù à l'immense salle Wilfrid-Pelletier.

L'univers de Et Vian! dans la gueule, présenté au printemps au TNM, c'était elle. La scénographie épurée de Norway.Today, à l'affiche chez Prospero, c'est elle. L'environnement dessiné à la craie de Kamo, l'idée du siècle, créé cette semaine au Théâtre Hector-Charland, c'est encore elle. «On se l'arrache», dit Alain Zouvi, qui l'a embauchée trois fois ces deux dernières années.

«Je pense que j'ai travaillé vraiment beaucoup», concède Geneviève Lizotte. Elle se trouve chanceuse parce que, au terme de ses études (techniques de production théâtrales à Saint-Hyacinthe et bac interdisciplinaire en arts à l'Université Concordia), elle ne croyait pas qu'on lui confierait un boulot de scénographie avant l'âge de 40 ans!

L'oeil de Pierre Lapointe

La jeune scénographe partage aujourd'hui un studio avec deux photographes. «Mon espace, c'est là où il y a du stock», précise-t-elle. Son laboratoire, c'est d'abord une longue bibliothèque basse qui court au pied d'un haut mur blanc, les rayons remplis de boîtes de magazines de mode et de livres d'art de toutes sortes. Sur le dessus trônent des cartons noirs sur lesquels elle a collé des images, ainsi que des objets hétéroclites parmi lesquels un vinyle de Pierre Lapointe.

Geneviève Lizotte a rencontré le chanteur alors qu'il étudiait le théâtre au Cégep de Saint-Hyacinthe. Il a été mis à la porte au bout d'un an. «On s'est retrouvés parce qu'on allait voir des expositions ensemble», raconte-t-elle. Puis, Pierre Lapointe lui a demandé un coup de pouce pour un «petit projet»: son lancement de disque. «Après, il m'a traînée avec lui.»

De son oeil averti, elle a supervisé une bonne partie de l'aspect visuel de la carrière du chanteur. Elle a assumé la direction artistique ou le stylisme de plusieurs de ses clips, lui a conçu des costumes de scène et des scénographies inspirées. Les arbres-écrans du spectacle La forêt des mal-aimés (Théâtre Corona, 2005), c'est elle qui les a imaginés. «La contrainte, c'était: format variable et ça doit rentrer dans une poche de hockey», raconte-t-elle en souriant.

Elle a par la suite été du grand spectacle extérieur des FrancoFolies, où Pierre Lapointe chantait avec l'Orchestre Métropolitain, et de l'aventure Mutantès. «Pierre vient du théâtre, alors je pense qu'il comprend d'où je viens, dit-elle, pour expliquer leur complicité. Et c'est quelqu'un qui reconnaît le travail esthétique.»

Sensibilité

Si la trajectoire de Geneviève Lizotte suit de près celle de son célèbre ami, elle n'a pas eu besoin de ses bons mots pour se tailler une place dans le monde du théâtre. Carl Béchard l'a recrutée après avoir assisté à un exercice des élèves du Conservatoire d'art dramatique dont elle signait le décor.

«Ça a été une rencontre vraiment importante», dit-elle. Le metteur en scène lui a d'abord confié les décors et les costumes d'un spectacle autour de Vian en 2004. Deux ans plus tard, elle faisait son entrée au TNM à ses côtés en signant une superbe scénographie pour Le malade imaginaire.

«J'avais 23 ans, je travaillais au TNM, alors j'étais super stressée. Je me suis mis beaucoup de pression», se rappelle-t-elle. Alain Zouvi, qui était de la distribution, avoue avoir été ému aux larmes lorsqu'elle a dévoilé les maquettes du décor. «Sa sensibilité m'a tout de suite touché», dit le comédien et metteur scène, qui lui a confié la conception des décors de trois spectacles depuis.

«Geneviève est totalement à l'écoute de la pièce et de l'auteur. Elle y apporte sa propre interprétation à travers le décor, exactement comme un acteur le fait avec le jeu», dit celui qui signera bientôt le mise en scène de Treize à table au Rideau Vert.

La maquette du décor conçu pour cette pièce se trouve d'ailleurs sur le coin d'une des deux longues tables de l'atelier de la scénographe. À l'autre extrémité, une version de travail du texte de Médée, tragédie d'Euripide à laquelle Geneviève Lizotte se frottera à l'hiver en vue d'une production au Théâtre Denise-Pelletier. «C'est mon défi», lance-t-elle avec un sourire joyeux, avant de raconter qu'elle en a vu une version montée par le Théâtre national de Grèce lors de sa première année au cégep.

«J'avais capoté sur ce show-là. J'adore ce texte. Dans mes Grecs, je crois que c'est celui que je préfère. J'aime ce personnage-là et je trouve qu'il y a beaucoup de place pour la scénographie dans le théâtre grec. On peut concevoir des choses qui ont beaucoup de force.»

«Son grand art, c'est d'épurer, résume Alain Zouvi. Son travail met en valeur les acteurs.» Le compliment fera sans doute plaisir à la principale intéressée, qui dit justement travailler pour mettre de l'avant le texte et les comédiens. «Il m'arrive d'être obnubilée par le visuel quand je vais au théâtre, mais ce n'est pas mon but», assure-t-elle.

OEuvrer dans l'ombre lui convient parfaitement. «J'aime rêver des univers, dit-elle. Quand tu arrives en salle, que les lumières s'allument et que, tout à coup, ce que tu as rêvé est là, en vrai, c'est fantastique! Cette possibilité-là, je ne la retrouve pas ailleurs qu'au théâtre. Elle est là, ma récompense.»




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