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Metteur en scène au Cirque du Soleil : ca ne change pas le monde, sauf que...

Sergei Volodine, Robert Proteau et Romech Mourtazov, qui... (Photo: Bernard Brault, archives La Presse)

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Sergei Volodine, Robert Proteau et Romech Mourtazov, qui ont travaillé ensemble sur Varekai, entourent le metteur en scène Dominic Champagne qui a mis en scène trois spectacles du Cirque: Varekai, Zumanity et Love.

Photo: Bernard Brault, archives La Presse

Le Cirque du Soleil a beau être un cirque, ses metteurs en scène des 10 dernières années viennent tous du théâtre. Depuis Dominic Champagne jusqu'à Serge Denoncourt en passant par Robert Lepage, René Richard Cyr, François Girard, Fernand Rainville et Gilles Maheu, ces appelés et ces élus ont goûté à l'ivresse de créer avec plusieurs dizaines de millions, une technologie à la fine pointe, des équipes aussi grosses que des armées et une liberté créatrice quasi absolue. Récit de leurs riches aventures.

René Richard Cyr et François Girard.... (Photo: Rémi Lemée, La Presse) - image 1.0

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René Richard Cyr et François Girard.

Photo: Rémi Lemée, La Presse

La première fois que le metteur en scène Dominic Champagne a rencontré Guy Laliberté, il a pris le pari d'être honnête. Brutalement honnête. «Je lui ai dit: je sais que je suis capable de conduire une Volkswagen, mais je ne suis pas du tout sûr d'être capable d'en faire autant avec une Formule 1. Et monter un show pour le Cirque du Soleil, c'est piloter une Formule 1.» La réponse du fondateur du Cirque du Soleil fut aussi brève que courte: «J'ai confiance en toi.»

 

Ainsi s'amorça une relation professionnelle qui entraîna l'auteur de Cabaret Neiges noires, et un habitué du théâtre pauvre, à écrire et à créer avec des moyens princiers, non pas un mais trois spectacles pour le Cirque du Soleil: Varekai , Zumanity, un cabaret érotique cosigné avec René Richard Cyr, et finalement Love, le spectacle hommage aux Beatles.

À Dominic Champagne comme à tous les autres, le Cirque du Soleil a donné le titre de metteur en scène, mais aussi d'auteur. Par conséquent, il touche chaque année des droits d'auteur sur ses productions et tous les matins, il reçoit par courriel le compte rendu détaillé de ses spectacles de la veille.

Ce que le Cirque a changé dans la vie de l'homme de théâtre, à part son compte en banque?

«Le Cirque a ouvert mon esprit à une autre façon de faire des spectacles. Moi, je suis un gars qui vient du texte. Au contact de l'art circassien, mon théâtre est devenu plus physique, moins dans la tête. J'ai découvert que nous autres, les Québécois, notre potion magique, c'est d'être imaginatifs, créatifs et que la grande audace de Guy Laliberté, c'est non seulement de nous avoir donné les moyens de rêver haut et grand, mais de nous avoir soutenus dans notre délire jusqu'au bout.»

Gilles Maheu:un risque calculé

La grande aventure des metteurs en scène québécois avec le Cirque du Soleil a commencé il y a 10 ans. Cette année-là, Franco Dragone celui qui a créé le visage, la couleur et la marque du Cirque et qui a signé ses 10 premiers spectacles, est reparti dans ses terres, en Belgique.

Subitement, le Cirque s'est retrouvé orphelin de son maître de piste et d'un directeur artistique hors pair. Qu'à cela ne tienne. Avec sa notoriété, sa feuille de route jalonnée de succès et ses moyens financiers déjà exponentiels, le Cirque du Soleil n'avait qu'à faire un appel d'offres à la grandeur de la planète pour que la crème des metteurs en scène se bouscule au portillon. Mais Guy Laliberté avait une autre idée en tête. L'ex-cracheur de feu cherchait certes les meilleurs metteurs en scène au monde, mais à compétences égales, il a décidé de parier sur le talent québécois.

«Il a pris un risque en favorisant les Québécois et c'est tout à son honneur, plaide Gilles Maheu qui est arrivé au Cirque après Carbone 14 et les mises en scène de Notre-Dame de Paris et de Don Juan. En même temps, poursuit-il, je ne crois pas que Guy ait fait cela par nationalisme ou par altruisme. Son choix de travailler avec des metteurs en scène québécois était d'abord instinctif et organique. Et j'imagine qu'il devait nous trouver bons, sans ça, il ne nous aurait pas engagés.»

Serge Denoncourt: de la fierté

Au moment où Gilles Maheu tentait de couper le cordon avec Zaia, dont la première a eu lieu à Macao à l'été 2008, Serge Denoncourt prenait d'assaut l'hôtel Luxor de Vegas avec le magicien Criss Angel et le premier spectacle de magie du Cirque.

«Tu sais que tu viens d'un petit pays de sept millions et t'es là avec ton mauvais accent anglais à donner des ordres à des Américains et à du monde de partout qui t'écoute parce que tu fais partie de cette énorme machine qui vient du Québec. Dans de telles conditions, est-ce que tu te sens fier d'être Québécois? Absolument.»

Denoncourt avait signé plus de 80 mises en scène au théâtre, à l'opéra et avec Arturo Brachetti lorsque Laliberté l'a recruté pour la création de Believe.

«La première fois que je suis entré dans le théâtre qu'ils étaient en train de rénover pour notre show, j'ai vu les lumières de 60 ordinateurs qui clignotaient. Ne sachant pas à quoi tous ces ordinateurs allaient servir, j'ai été pris d'un grand vertige. Mais le vertige a fini par passer parce qu'en fin de compte, on fait toujours le même métier avec un ordinateur ou avec soixante.»

Pendant les trois années où il a fréquenté les coulisses du Cirque à Montréal comme à Las Vegas, l'ex-directeur du Trident a découvert un univers qui n'a cessé de l'étonner.

«C'est une drôle de bibitte, le Cirque du Soleil, dit-il. D'un côté, c'est aussi gros qu'une multinationale comme Disney, mais habituellement, quand t'es Disney, tu produis des affaires pas trop compromettantes comme Blanche Neige. Pas un show de magie gothique sans filles en bikini. Ce qui me touche le plus quand je vais voir mon show, c'est que même si on est à Vegas et que c'est l'énorme machine du Cirque qui a produit Believe, ça demeure un show personnel, un show de Denoncourt. Le Cirque ne dénature jamais le travail de ses créateurs.»

François Girard: zone d'immunité

Pour le cinéaste François Girard, qui a inauguré le spectacle Zed au Tokyo Disney Resort au mois d'août dernier, non seulement le Cirque ne trahit pas ses créateurs, il les protège. Pendant la gestation de Zed, Girard a tourné Soie, un film doté d'un budget d'environ 20 millions.

«J'avais beau être le coproducteur du film, je devais rendre des comptes à une foule d'investisseurs qui voulaient avoir leur mot sur le casting, le décor, le scénario. Au Cirque, même si on a dépensé plus de 100 millions pour le spectacle, j'ai eu des discussions, je dis bien des discussions, avec Gilles Ste-Croix et Guy Laliberté, et c'est tout. Même les Japonais qui avaient investi dans le spectacle n'avaient pas un mot à dire. Ça prouve que malgré les millions, le Cirque a réussi à préserver une zone d'immunité pour les créateurs. À mes yeux, ça, c'est le signe d'un réel pouvoir et d'une indépendance qui force l'admiration.»

René Richard Cyr: richesse humaine

René Richard Cyr, lui, est admiratif de la richesse humaine inestimable qu'il a trouvée au Cirque en créant Zumanity, un cabaret érotique qui a eu un accouchement difficile.

«J'ai dû donner ma démission quatre fois. Tout était compliqué, parce que tout se faisait en même temps, la construction du théâtre, le rodage d'un show de cabaret pour lequel le Cirque n'avait pas d'expertise. J'ai fini par appeler Dominic Champagne en renfort de peur de ne pas y arriver tout seul. Aujourd'hui, ce show marche très bien et c'est en partie à cause des gens qui le font. On parle des millions investis, mais 82 personnes sur une scène, pour moi, c'est ça la grande richesse.»

Fernand Rainville: la stimulation

Fernand Rainville, metteur en scène, notamment de Glengarry Glen Ross, des Misérables et des Légendes fantastiques de Drummondville, a commencé par dire non au Cirque du Soleil au début des années 90 au moment de la création de Saltimbanco. Sa carrière venait de démarrer et le jeune metteur en scène voulait faire ses preuves au théâtre. Quinze ans plus tard, pourtant, il ne s'est pas fait prier lorsque le Cirque lui a demandé de reprendre la mise en scène de Wintuk, un spectacle saisonnier présenté dans une salle de 6000 places sous le Madison Square Garden de New York pendant la période des Fêtes.

«J'ai retrouvé avec le Cirque un sentiment de dépassement que je croyais perdu. Dans cette grande communauté fréquentée par des créateurs du monde entier, t'es mis au défi, t'es relancé, t'as des échanges passionnants et musclés avec tous les concepteurs. Bref, t'es tout le temps stimulé et ça fait du bien.»

Ce qui fait encore plus de bien, c'est le chèque de droit d'auteur que touchent annuellement tous les metteurs en scène et dont le montant est fonction de la vente des billets de leurs spectacles. Le Cirque a rendu certains d'entre eux, comme Dominic Champagne et Robert Lepage, millionnaires. D'autres, comme René Richard Cyr, ont pu grâce à leurs redevances se consacrer corps et âme au théâtre sans être obligés de prendre des contrats alimentaires. D'autres encore, comme Fernand Rainville, ont cessé de s'inquiéter pour les études universitaires de leurs enfants. Le Cirque du Soleil n'a pas changé la vie des metteurs en scène québécois, sauf que... demandez à n'importe lequel d'entre eux s'il revivrait l'expérience. Tous répondent oui sans hésiter. Pour le défi, le délire, la démesure, et parce que le Cirque du Soleil est le plus gros théâtre au monde et le seul qui a encore le moyen de ses ambitions.

 




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