Le spectacle de Noël chez Duceppe parlera de sexe, mais ce ne sera pas un boulevard cette année. À l'ère du mouvement #moiaussi, la pièce Consentement transpose le thème délicat du viol au sein d'un milieu professionnel ni tout blanc ni tout noir. La comédienne Anne-Élisabeth Bossé en est.

MARIO CLOUTIER LA PRESSE

Ça continue de bouger chez Duceppe. En lieu et place de l'habituelle comédie guillerette du temps des Fêtes, la nouvelle direction a choisi la pièce de la Britannique Nina Raine, Consentement, une pièce teintée d'humour acide sur la notion de sexe entre «adultes consentants». 

Une excellente idée, selon la comédienne Anne-Élisabeth Bossé, qu'on peut voir à la télé dans Les Simone et En tout cas, notamment. Le petit écran ne l'empêche pas de jouer sur les planches au moins une fois par année aussi.

«La dernière fois que j'ai joué chez Duceppe, c'était dans le show de Noël Minuit chrétien avec René Richard Cyr. J'étais à l'École nationale en même temps que Jean-Simon Traversy [codirecteur artistique avec David Laurin] et je trouve qu'il est tout à fait à sa place chez Duceppe. Mais pour certains, c'est un électrochoc.»

Anne-Élisabeth Bossé assume sa part de l'aventure comme actrice. S'il y a une chose qu'elle défend en faisant son métier, c'est l'intégrité. 

«Mon plus grand défi est de rester moi-même. On est dans un métier de séduction, mais j'essaie de ne pas me cantonner dans le désir des autres. Pour une femme, si on roule sur le culte de la beauté et de la jeunesse, on va faire banqueroute puisqu'il y a une date de péremption à ça. Moi, j'essaie de cultiver mes propres idées.»

Tout comme la dramaturge influente Nina Raine, qui n'a pas peur des sujets épineux, comme on a pu le voir dans sa pièce Tribus (à La Licorne en 2014). 

Avec les personnages de Consentement, elle nage dans le flou de la psyché humaine pour essayer de voir si «non» peut parfois vouloir dire autre chose dans les relations humaines. 

«Le consentement est pris au sens large dans la pièce, note la comédienne. Il est question d'un procès pour viol. On aborde aussi le consentement par la notion de fidélité dans un couple.»

Le texte propose aussi un questionnement au sujet de l'idée de se faire justice soi-même quand on a été victime d'un crime.

«C'est quelque chose de fondamental, même d'animal. Kitty, mon personnage, est naïve au départ, mais elle se rend compte qu'elle vit dans un monde de tricheurs et doit agir en conséquence. Aucun personnage n'est plus blanc que blanc dans la pièce. Pour ne pas être le dindon de la farce, il semble que les plus bas instincts doivent s'exprimer quelque part.»

#Moiaussi

Malgré l'émergence de #moiaussi, le machisme, les mensonges et autres hypocrisies restent tout aussi réels dans le monde et dans cette pièce créée l'an dernier à Londres.

«Une femme trompée, c'est la plus vieille histoire du monde, lance Anne-Élisabeth Bossé. C'est vrai. C'est triste, mais d'une vraie modernité.»

L'auteure Nina Raine a exprimé, en entrevue, sa crainte d'être dénoncée par le mouvement #moiaussi, alors qu'elle l'appuie sans équivoque.

«Dans la pièce, on remet en question les dires d'une femme qui a été victime d'un viol et on va peut-être même s'apercevoir qu'elle tente d'utiliser ce drame à d'autres fins. L'heure est à la solidarité, estime la comédienne, mais la pièce n'a pas peur d'explorer les zones grises.»

La beauté des pièces de Nina Raine, c'est justement de faire flancher la perception du public face à des personnages qui ont des pensées ou des valeurs nobles, mais posent aussi des actions ou prononcent des paroles répréhensibles.

Humour noir

Et même si le drame qui se joue dans la pièce touche au tragique, le texte est parsemé d'humour noir. «C'est multifacettes. J'ai l'impression que les spectateurs n'y verront pas tous la même chose», souligne la comédienne.

Ambiguïté, quand tu nous tiens. Même si le langage dans la pièce, traduite par Fanny Britt, se révèle assez cru, la pièce évite aussi le piège du pamphlet. Le choix est laissé au spectateur. 

«On n'est pas tant dans le non-dit qu'en eaux troubles, conclut Anne-Élisabeth Bossé. Les lignes sont brouillées par moments. Chaque spectateur va faire son chemin dans la pièce et ça risque d'être fort différent d'un à l'autre. Ça va susciter beaucoup de discussions après la représentation.»

Consentement est présentée chez Duceppe jusqu'au 2 février.