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Brigitte Haentjens: regard critique

La directrice du Théâtre français du Centre national... (Photo: Alain Roberge, archives La Presse)

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La directrice du Théâtre français du Centre national des Arts d'Ottawa déplore la couverture de la culture faite par les médias d'ici.

Photo: Alain Roberge, archives La Presse

Brigitte Haentjens vient de faire paraître Un regard qui te fracasse (Boréal), réflexion sur le théâtre et la mise en scène entremêlée de notes autobiographiques. Dans le numéro estival de la revue Spirale, la directrice du Théâtre français du Centre national des Arts d'Ottawa publiait une chronique («De l'art pour les chiens») très dure à l'endroit des médias. Discussion sur le journalisme culturel.

Tu poses un regard très critique sur ce que tu considères comme un abandon médiatique de la sphère culturelle. Il est vrai que l'on parle moins des arts dans les médias, surtout d'un point de vue critique, mais ne généralises-tu pas un peu?

Honnêtement, je ne pense pas. C'est ça qui est triste. Je ne trouve pas que j'exagère. On parle beaucoup de télé, de vedettes américaines, tout ça va de pair avec une mondialisation qui est en fait une américanisation de la culture. Qu'est-ce que j'en ai à faire des potins de vedettes américaines? Je ne comprends pas que l'on puisse mettre sur le même palier la télévision et les arts. Ce n'est pas du même ordre. Ça répond à des fonctions différentes. On ne parle plus d'art nulle part ou presque. Sinon du spectacle grand public, même quand il est médiocre.

Pourquoi, à ton avis?

Je pense que ça sert des intérêts économiques d'une façon sournoise. On parle essentiellement de ce qui s'adresse à soi-disant au plus grand nombre. Ce n'est pas pour rien. Je trouve que ça va de pair avec la grille des personnalités A, B ou C que l'on reçoit à la télé ou à la radio. Si tu n'es pas une vedette, on considère que tu ne peux pas être intéressant. C'est ridicule.

Je suis d'accord pour dire que l'on confond souvent ce qui est populaire et ce qui est pertinent. Mais, dans la presse écrite du moins, il y a tout de même un effort pour couvrir aussi ce qui est moins connu.

Peut-être, mais je trouve qu'il y a une réelle paresse dans le milieu médiatique. Alors on reçoit une vedette, toujours la même, parce qu'elle fait de l'audience. De l'audience pourquoi? Quel est l'intérêt de toujours recevoir les mêmes humoristes à Tout le monde en parle? Globalement, tout ça sert à quoi? À vendre des produits, essentiellement.

Quand je vois comment le modèle de lancement des films québécois a singé celui des films américains depuis 10 ans, avec les premières et les tapis rouges, j'ai de la difficulté à te contredire...

C'est ce que je veux dire. Plus tu en as les moyens, plus tu t'attires une couverture médiatique. C'est de la vente en masse. Que les médias ont fini par intégrer. Ce qui est grave, c'est que si ce n'est pas le rôle des médias de faire connaître ce qui est inconnu, qui va le faire? Ça marginalise complètement la vie artistique. Autant au théâtre qu'au cinéma.

Je vais prêcher pour ma paroisse, mais, à La Presse, et pas seulement chez nous, on couvre un large éventail de cinéma et de théâtre, du plus commercial au plus pointu. On parle aussi de musique, d'arts visuels. En comparaison, il n'y a même pas d'émission culturelle à Radio-Canada...

C'est une honte. Je sais très bien que les conditions de travail des journalistes ne sont pas simples. Plusieurs sont pigistes. Je ne crois pas que ce soit délibéré, mais cette paresse existe. Pour découvrir des oeuvres, il faut parfois donner des clés. C'est le rôle des médias.

À ton avis, les médias ne jouent pas leur rôle d'intermédiaires et d'éclaireurs. Mais est-ce que c'était vraiment mieux avant?

Ah oui! Je pense que tout ça a commencé avec la disparition de la Chaîne culturelle de Radio-Canada. C'est un mouvement qui a commencé il y a 10 ans. Tout est allé de mal en pis depuis ce moment-là. Cette disparition est symptomatique de la société dans laquelle on vit. Elle reflète quelque chose de plus profondément politique, qui a à voir avec notre statut, avec l'incertitude.

Tu penses qu'une affirmation nationale, qu'un Québec indépendant, permettrait de mieux faire la promotion des arts?

Je pense que oui. Je ne parle pas d'une affirmation nationale qui serait étroitement nationaliste. On ne peut pas avoir une affirmation pluriculturelle parce qu'on n'a pas de statut. Notre frilosité vis-à-vis de l'étranger vient aussi du fait qu'on n'a pas d'endroit où les inclure. On n'est pas chez nous! On fait comme si le Canada n'existait pas et on le subit de plus en plus. Je pense que c'est très relié. C'est comme si notre différence n'avait pas de terrain pour s'épanouir. C'est ce qui explique ce nationalisme étroit par rapport aux arts. On est fiers de nos ambassadeurs à l'étranger, mais on ne va pas voir leurs oeuvres. Il y a une américanisation profonde, une assimilation qui est en train de se faire et qui nous dénature. Et qui explique, selon moi, cette morosité.

On entend pourtant souvent dire que le théâtre québécois se porte bien, que les salles sont souvent pleines...

C'est variable. Il faut regarder ça de près. C'est peut-être vrai dans certaines salles d'abonnés, mais la barre descend de plus en plus. C'est vrai que le théâtre demande un effort. Mais ce n'est pas tellement un effort intellectuel qu'un effort d'ouverture, de sensibilité.

Tu ne crois quand même pas, comme certains de tes camarades, que la critique ne sert à rien et éteint l'élan créatif...

Au contraire. Je crois qu'une parole critique sur l'art permet aux gens d'acquérir une forme de discernement par rapport à la société dans laquelle ils sont. La critique permet de s'éduquer à l'art, et l'éducation à l'art permet de s'éduquer au reste.

Ses essentiels

> Roman: Absalon, Absalon! de William Faulkner

> Tableau: L'origine du monde de Gustave Courbet

> Musique: Les cantates de Bach et tout Leonard Cohen

> Cinéma: La trilogie de Bill Douglas

> Théâtre: Quartett de Heiner Müller




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