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Éric Robidoux: le grand explorateur

«J'adore les rôles féroces, violents, les personnages en... (Photo: Olivier Pontbriand, archives La Presse)

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«J'adore les rôles féroces, violents, les personnages en quête d'absolu», avoue Éric Robidoux.

Photo: Olivier Pontbriand, archives La Presse

C'est l'un des meilleurs interprètes de sa génération. Polyvalent, travaillant, charismatique. Si vous ne connaissez pas son nom, c'est tout à fait normal: Éric Robidoux a choisi les chemins de traverse pour mieux s'éloigner de l'autoroute (déjà assez congestionnée) du show business. Portrait d'un acteur qui fait de la résistance.

Éric Robidoux a le physique d'un sportif, les yeux d'un romantique et l'âme d'un contemplatif. Pourtant, depuis 10 ans, il exerce son métier avec la résistance du coureur de fond.

Cette saison, l'acteur de 33 ans fait partie de l'affiche de quatre productions théâtrales, dont le solo Dans les forêts de Sibérie, mis en scène par Paula de Vasconcelos, qu'il reprend dès ce soir à l'Usine C. Il joue aussi dans deux films cet automne - Love Project de Carole Laure et L'amour au temps de la guerre civile, réalisé par Rodrigue Jean. Pas mal pour un acteur qui a déjà envisagé d'abandonner son métier.

Un autre chemin

À sa sortie de l'École nationale de théâtre, en 2005, il aurait pu jouer les jeunes premiers et faire de la télévision. Or, il a pris un tout autre chemin.

«Je ne suis pas plus fin qu'un autre, dit-il en entrevue à La Presse. Après l'École, j'ai fait le choix de me retirer du circuit. J'ai refusé d'avoir un agent, de faire les covers des magazines, de passer des auditions. Je me suis battu contre ma gueule de jeune premier en me laissant pousser la barbe et les cheveux.»

Après l'aventure d'une pièce symboliste au Prospero, premier volet du cycle «sur la disparition de l'acteur» du metteur en scène Christian Lapointe, l'acteur s'est effectivement effacé... Et a laissé la place au danseur.

Durant six années, il a collaboré avec le chorégraphe Dave St-Pierre et fait des tournées en Europe. En tenue d'Adam avec une perruque blonde et des talons hauts, il ne ressemblait plus au jeune homme qui a étudié dans la même classe que Magalie Lépine-Blondeau et Éric Bruneau.

Son instinct le pousse sans cesse à explorer les limites de son art. «J'adore lire sur l'histoire et ces explorateurs qui naviguaient à travers les détroits et les archipels pour découvrir de nouveaux territoires», dit-il.

À ses yeux, l'acteur est comme un coureur des bois qui marche seul dans des sentiers inexplorés. D'ailleurs, il aime se retrouver dans le bois en imaginant que le sol où il pose les pieds est vierge.

«Éric est marginal, rigoureux et pas du tout orgueilleux, résume Céline Bonnier. Il aime se mouiller et prendre des risques artistiques.» L'actrice a eu un coup de foudre pour l'acteur en assistant à Concerto pour Clavecin et Chainsaw, une performance créée par Robidoux au Théâtre La Chapelle, en 2010.

Robidoux est devenu son chum l'année suivante. Il lui a aussi donné le désir de faire une performance au même endroit avec Clara Furey. «En le voyant se questionner sur les réflexes de l'acteur, Éric m'a lancé le défi d'aller plus loin dans le jeu», confie la comédienne.

Mais Éric a maintenant envie de revenir au texte, de jouer des personnages classiques, comme Alceste dans Le Misanthrope ou Caligula de Camus.

La quête de Caligula

Originaire de Lacolle, près de la frontière américaine, Éric Robidoux a été élevé avec trois frères dans une famille recomposée, par des parents ouverts qui ont laissé leurs enfants libres de choisir leur vie. Adolescent, le théâtre était bien loin de lui. Il a même pensé devenir vétérinaire! Il passe plus de temps à marcher dans le bois que dans les salles de spectacle. Au cégep, Éric se penche vers les beaux-arts, la philosophie, la création. Mais il ne termine pas son diplôme d'études collégiales.

Puisque l'École nationale n'exige pas de diplôme collégial, il va passer des auditions d'entrée. Il joue la dernière scène de l'acte 2 de Caligula. Celle dans laquelle le sanguinaire empereur romain demande à Scipion de lui réciter son dernier poème... Pour mieux le ridiculiser après coup. Encore aujourd'hui, ce personnage le fascine.

Cet été, il a eu la chance de partager la scène du TNM avec Patrice Robitaille qui triomphait dans Cyrano de Bergerac. «Dans Cyrano, je faisais de petits rôles, mais je me suis gardé un espace de création. Chaque rôle, petit ou grand, te permet de trouver ta liberté comme acteur. Le théâtre, c'est un sport d'équipe.»

Un travail d'équipe qui, parfois, place un acteur seul en scène devant UNE spectatrice! Ça lui est arrivé le printemps dernier, alors que Robidoux a créé Dans les forêts de Sibérie dans le studio de répétitions de la compagnie Pigeons International.

Au lieu de se plaindre de la désaffection du public et du statut du théâtre dans la société, il a vécu cela comme un moment unique et une expérience formidable. L'interprète a pu livrer une portion d'éternité à une spectatrice qui doit aussi en garder un précieux souvenir.

«Je suis assez fier de ce show-là qui mélange les mots et les gestes, le théâtre et la danse, dit-il. C'est vraiment plongé dans une grande phrase chorégraphique. Les gens lisent des extraits de l'oeuvre de Sylvain Tesson projetés au mur. Ils plaquent sur moi ce que le texte leur fait ressentir intérieurement. C'est low tech, avec 17 cordes de bois comme décor pour évoquer une cabane dans une forêt.»

L'isolement, la solitude, la nature. Une zone familière pour cet acteur qui a su trouver son rythme dans un monde fou, compétitif, où les marginaux de son espèce se font trop rares.

«Je prends beaucoup de temps à choisir et à faire les premiers pas. Avant, je doutais toujours de parvenir à destination. Aujourd'hui, je connais mon rythme. C'est le fruit de plusieurs créations qui m'ont amené à mieux me connaître. À ne jamais me comparer avec les autres acteurs.»

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À l'Usine C, du 18 au 27 septembre.




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