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Emma Dante joue avec la mort à Rome

Les actrices de la pièce Les soeurs Macaluso,... (Photo: AFP)

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Les actrices de la pièce Les soeurs Macaluso, nouveau spectacle d'Emma Dante présenté à Rome.

Photo: AFP

Michèle Leridon
Agence France-Presse
Rome

Figure de proue du théâtre contemporain italien, Emma Dante joue avec la mort, la misère de Palerme et les relations familiales compliquées dans Les soeurs Macaluso, son nouveau spectacle présenté à Rome avant une tournée en Europe.

Des silhouettes sombres se croisent à l'aveuglette avant de s'unir en une procession macabre, crucifix dressé. De cet enterrement part une succession de saynettes tragicomiques où les temps s'entremêlent: les morts cohabitent avec les vivants, une enfant malaimée règle ses comptes avec une soeur disparue, un père dialogue avec l'une de ses filles plus âgée que lui...

«J'ai voulu raconter cet inceste entre la vie et la mort», explique à l'AFP la metteure en scène sicilienne, ses longs cheveux châtains dénoués et barrés d'une unique mèche blanche. «La mort n'existe pas. C'est une condition qui nous est inconnue, donc ce qui reste est plus important que ce qui s'en va».

Ici, les personnages qui meurent ne disparaissent pas de la scène. Au contraire, les voilà en arrière-plan, en train de se noyer ou de jouer au foot, tels qu'ils restent dans le souvenir des vivants. Jusqu'à «l'héroïne» qui danse, allègre, sans savoir que c'est elle qu'on enterre.

L'idée du spectacle est née d'une anecdote racontée à Emma Dante par un ami. Une femme en train d'agoniser appelle sa fille à son chevet et demande si elle est vivante ou morte. «Maman, tu es bien vivante», répond la fille. Mais la mère, narquoise, rétorque avec un sourire: «Ce n'est pas vrai, je suis morte depuis un bon bout de temps et vous ne me dites pas pour ne pas m'inquiéter».

De ce thème sombre, l'auteur-cinéaste-metteure en scène a tiré comme à son habitude un spectacle où le rire et le grotesque côtoient le drame. Même la misère sociale rit d'elle, comme lorsque le père raconte son humiliation dans une histoire peu ragoûtante de débouchage de toilettes.

Bientôt les sept soeurs quittent leurs costumes sombres et s'alignent devant le public en robes aux couleurs criardes, puis en maillots de bain, dans une exhibition qui n'a rien d'un concours de Miss.

«Je travaille toujours avec les mêmes acteurs. À Palerme, nous travaillons sur un projet global, pas un spectacle unique. Ce sont des compagnons de voyage qui recherchent avec moi des codes de langage toujours plus profonds», dit Emma Dante.

Un travail qu'elle a prolongé au cinéma - son premier film, Via castellana bandiera, a été présenté à la Mostra de Venise et sort en France cette année -, et à l'Opéra en signant la mise en scène de trois oeuvres lyriques. «Mais tous suivent un parcours liée à ma méthode de travail. La forme est différente, mais les obsessions sont toujours les mêmes»: la mort, la mafia, la famille...

«C'est un théâtre très physique, où la parole est toujours accompagnée du geste», fait-elle remarquer. Une approche d'autant plus nécessaire que tous ses spectacles sont joués en sicilien. Car, dit-elle, «la langue raconte une appartenance, une origine, une racine».

Le sorelle Macaluso sera présenté au prochain Festival d'Avignon, mais aussi à Götenberg, Bruxelles, Paris dans le cadre du projet européen Cities on Stage. Là, le spectacle sera sous-titré (ce qui n'est pas en Italie). Ainsi, «le public à l'étranger sera favorisé», dit Emma Dante, en riant: «en Italie personne ne comprend rien».




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