Dans La lune est à moi, le Théâtre de l'Avant-Pays offre aux tout-petits un conte fantastique dans lequel la lune parle et où le ciel et la terre se côtoient. Et en profite pour aborder les thèmes de l'amitié et du partage, en diapason avec l'esprit des Fêtes.

Josée Lapointe LA PRESSE

Un personnage ailé qui fait tomber la lune par mégarde, une petite fille qui la retrouve dans son jardin et refuse de la rendre: en faisant se côtoyer un monde imaginaire et la réalité, le texte de Marie-Luce Maupetit donne une large part à la fantaisie. «Il y a des choses qui se passent là qui ne se passent pas dans la vraie vie, dit l'auteure qui écrit surtout pour la télé Toc Toc Toc, 1,2,3, Géant et qui en est à sa première expérience théâtrale. C'est un conte, avec tous ses codes et ses critères.»

Quand le Théâtre de l'Avant-Pays lui a demandé d'écrire un conte, l'idée de faire apparaître le fantastique dans le quotidien s'est vite imposée.

«Et les marionnettes, c'est le véhicule idéal pour ça, dit Patrick Martel, qui a créé la scénographie et signé la mise en scène en collaboration avec Michel P. Ranger.

Sans faire la morale, Marie-Luce Maupetit avait envie d'apporter un écho à ce que vivent les enfants. «Méri, qui a décroché la lune, a fait une bêtise. Mais il peut aussi la réparer. On donne une vision positive de ça, on dit que si on se trompe, il y a toujours moyen de se rattraper et de réparer.»

Les deux créateurs voulaient aussi parler d'amitié, un sentiment important chez les 4 à 8 ans, le groupe d'âge visé par la pièce. «Il y a souvent des trahisons, du chantage, constate Marie-Luce Maupetit. On a l'impression que la vie est simple à cet âge, mais ils vivent aussi de gros drames d'amitié.»

Patrick Martel ajoute qu'ils font aussi un clin d'oeil à l'individualisme ambiant, tant celui des enfants que celui des adultes, ne serait-ce qu'avec le titre, La lune est à moi. «Le moi est partout dans le texte. Mais les personnages se rendent compte que le vrai plaisir est celui qui se partage, pas celui que l'on garde jalousement pour nous.»

Au-delà de ces thèmes qui leur sont chers, l'important restait de raconter une bonne histoire, de divertir et de faire rire. «On voulait que ce soit un spectacle enveloppant, amusant, doux», souligne Patrick Martel.

Cette douceur est incarnée par la véritable montagne de coussins environ 400, cousus à la main, «véritable fantasme de tout enfant», croit Marie-Luce Maupetit. «Quand j'étais petit, je me faisais des cabanes en coussins. Là, je me suis payé la cabane de mes rêves!», rigole Patrick Martel.

On pourrait avoir une impression de surcharge, mais au contraire, il y a un certain minimalisme puisque rien d'autre ne vient habiter la scène. «Je suis un amateur d'art contemporain et j'ai traité ça un peu comme une installation, dit le scénographe. L'art contemporain, c'est un jeu, et j'ai joué à inventer un monde, ce qui est proche de l'univers des enfants.»

Des étoiles à Loukba, la jeune héroïne aux allures gothiques, une quinzaine de marionnettes peuplent la pièce, mais c'est la conception de la scénographie qui est venue avant. Elle a même influencé le texte, puisque la fameuse montagne de coussins peut, au besoin, représenter la lune, la terre, le jardin, la chambre. «Cette scénographie a permis plus de liberté et de fluidité», souligne Marie-Luce Maupetit.

Pour évoquer les changements de lieu, le Théâtre de l'Avant-Pays a demandé à la compagnie montréalaise Turbine, qui a travaillé entre autres pour des galas de l'ADISQ et des Junos et la soirée d'ouverture de la Maison symphonique, de faire la conception vidéo de la pièce.

Les projections servent à changer d'ambiance et de décors et ne sont qu'un «outil de plus» pour s'adresser aux enfants, croit Patrick Martel. Il s'estime privilégié, après une trentaine de représentations depuis un an, de voir la pièce présentée pendant un mois à la Maison Théâtre, «la Cadillac» du théâtre jeunesse, où tout le monde a à coeur l'intelligence des petits spectateurs.

«On respecte leur intelligence, mais il faut aussi leur faire plaisir», souligne sa collègue. «C'est clair, ajoute Patrick Martel. J'aime ressentir quelque chose quand je vais au théâtre. C'est ce qu'on veut faire vivre aux enfants, une vraie expérience.»

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La lune est à moi, à la Maison Théâtre jusqu'au 5 janvier.