Tout un défi que s'est donné le théâtre Le Clou en choisissant de présenter aux ados L'Océantume, troisième roman publié de Réjean Ducharme. Mais pour Sylvain Scott, adaptateur, scénographe et metteur en scène de la pièce créée l'an dernier à Québec et présentée pour la première fois à Montréal, il n'est jamais trop tôt pour initier les jeunes à la langue de l'auteur de L'Avalée des avalés.

Josée Lapointe LA PRESSE

«Sa langue, c'est ce qu'il y a de plus riche dans son univers.» Sylvain Scott aimait aussi l'idée de faire voir le monde à travers le regard des enfants héros de Ducharme, leur lucidité, leur démesure. «C'est bien que les jeunes soient confrontés à des personnages plus grands qu'eux, qui déménagent.»

Sylvain Scott affirme créer des spectacles qu'il aurait voulu voir lorsqu'il était adolescent, «des choses surprenantes et déstabilisantes». Pour lui, le lyrisme, la vivacité, la passion des personnages de Ducharme ne peuvent que rejoindre ce public.

«C'est vrai que c'est un théâtre exigeant», admet-il. Mais Sylvain Scott essaie de toujours tirer les ados vers le haut. «On peut les faire embarquer dans ce monde, ils sont capables. Sinon, on ne ferait que leur donner ce qu'on pense qu'ils veulent», dit-il.

L'homme de théâtre avait au départ envie de mettre en scène un livre jeunesse, mais il n'arrivait pas à faire son choix. Il avait lu des livres de Ducharme, avait même mis en scène en 2005 un spectacle à partir des chansons écrites par l'auteur fantôme de Robert Charlebois, mais n'avait jamais lu L'Océantume.

«Quand je suis tombé sur ce livre, j'ai tout de suite su que c'était ce que je cherchais.» L'Océantume raconte l'histoire d'Iode Ssouvie, de sa nouvelle voisine Asie Azothe et de leur désir de fuir leur quotidien en partant, à pied, jusqu'à la Terre de Feu. «C'est vrai que c'est sombre, mais moins que d'autres livres de Ducharme, comme Le nez qui voque. Nous, on a gardé l'humour, et comme on voit la réalité à travers le regard d'Iode, tout est exagéré, les costumes, les personnalités. C'est presque surréaliste. Et il y a aussi de l'espoir, puisque Iode décide d'aller vers un monde meilleur.»

Mais pour faire une pièce d'une heure à partir d'un livre de 300 pages, il a fallu faire des choix, laisser tomber des personnages. «J'ai dû faire plein de deuils. On a surtout gardé ce qui concernait l'amitié entre Iode et Asie.» Après de longs questionnements, il a quelque peu modifié des mots et expressions pour «ne pas perdre inutilement les spectateurs», mais l'essence de la langue de Ducharme est toujours là.

«J'ai envoyé mon texte chez Gallimard et chez Réjean Ducharme. J'ai parlé à sa femme, Claire Richard, qui m'a dit qu'il était ravi de mon travail. Ça m'a beaucoup touché.»

Le plus grand souhait de Sylvain Scott est d'amener les ados à s'intéresser à l'oeuvre de Ducharme. «C'est un auteur majeur. Si je peux ne serait-ce que leur faire savoir qu'il existe, c'est beaucoup.»

L'Océantume, à la Maison Théâtre du 30 octobre au 11 novembre. À partir de 11 ans.