La nouvelle proposition d'Olivier Choinière est audacieuse. Mais elle est aussi extrêmement exigeante. D'abord pour les comédiens, qui ont la difficile tâche de nous faire visualiser ce drame familial par la simple parole. Exigeante aussi pour le public, qui doit être en état d'éveil constant pour capter tous les sens de ce récit aride. Sur la scène dépouillée de tout accessoire, les trois personnages de Nom de domaine jouent constamment sur deux tableaux: le monde réel et le monde virtuel.

Jean Siag LA PRESSE

Au-delà de la réflexion sur les dérives ou les bienfaits de la communication à l'ère du 2.0, le dramaturge s'intéresse à notre nature profonde, celle qui se cache derrière les apparences. Derrière «tous ces sourires mis en scène». On pense spontanément au film American Beauty, qui faisait craquer le vernis d'une famille modèle américaine. Olivier Choinière fait pareil. En mettant en exergue les pires pulsions des personnages, nés de leur sentiment de culpabilité à la suite d'un drame.

Au centre de Nom de domaine se trouve donc le spectre d'une petite fille de 8 ans, morte accidentellement. Le deuil des survivants de cette famille désormais incapable de communiquer entre eux se fera par le biais d'un jeu vidéo en ligne, dont le but est de faire mourir le personnage de la petite fille. Un jeu cruel où chacun des personnages revisite ses rapports avec elle. En noircissant le portrait. Un exercice masochiste, qui donne un peu froid dans le dos.

À mesure que l'histoire se déploie, les éléments du décor apparaissent subitement, en sortant du plancher. Animant ces pulsions non censurées, qu'elles soient sexuelles ou de nature violente. On se croirait par moments dans une maison hantée. L'auteur nous fait voir le côté sombre des personnages, qui perdent la maîtrise d'eux-mêmes en devenant les avatars de ce jeu électronique étrange où les bonnes actions sont récompensées et où les mauvaises mènent à des punitions.

Si Olivier Choinière explorait la mécanique du consentement dans Chante avec moi, avec Nom de domaine il y a une mécanique de la dépossession de soi. Du dédoublement aussi. L'image que nous projetons de nous-mêmes est-elle fidèle à qui nous sommes vraiment? Les comédiens - Dominique Leduc, Jean-François Pronovost et Stéphane Jacques - interprètent habilement ces personnages qui multiplient les jeux de rôle.

Malgré ses qualités dramatiques, Nom de domaine est une pièce lourde avec ses multiples enchevêtrements entre le vrai et le faux et ses nombreux thèmes abordés dans le désordre. Il y a aussi une certaine confusion dans le récit du drame et du deuil vécus par les membres de cette famille. Et puis leur jeu cruel sur le web prend totalement le dessus sur le processus de guérison censé se faire grâce à lui. Au final, il manque un peu de lumière pour faire contraster tout ce noir.

Jusqu'au 10 novembre au Quat'Sous.