Pour sa première production, le Théâtre du Grand Cheval nous offre une création qui ne ressemble à rien de ce qu'on peut voir (ou qu'on a vu) récemment sur les scènes des théâtres montréalais. Une création fort pertinente tant dans sa forme que dans son propos et qui s'inspire d'une histoire vraie.

Luc Boulanger LA PRESSE

À Mascouche, dans les années 80, deux garçons avaient fait avaler du chlore («par accident», sic!) à une jeune fille obèse. Ce qui devait l'handicaper pour le restant de ses jours.

Avec Chlore, l'auteure Florence Longpré, en collaboration avec le metteur en scène Nicolas Michon, n'interroge pas tant les motivations de ce geste terrible que son impact sur la victime et sa famille. Et aussi, les limites de l'amour et de la rédemption quand le destin frappe aussi fort sur un être.

On voit Sarah qui, enfant, se faisait appeler «gros tas», 10 ans après les événements. Paralysée, muette et clouée sur une chaise dans le sous-sol de la maison familiale. Elle va recevoir régulièrement la visite d'un voisin, Richard, un adolescent qui joue au dur pour ne pas trop s'attacher à cette femme handicapée.

Un peu comme Mathieu Amalric dans le film Le Scaphandre et le papillon, Sarah (Debbie Lynch-White, excellente) peut bouger seulement ses paupières pour communiquer ce qu'elle pense ou ressent aux autres personnages. Toutefois, les créateurs se sont éloignés du réalisme et du côté lourd du sujet (sauf pour une scène où les parents nettoient les parties intimes de leur fille en temps réel, tout en se querellant à propos d'une peccadille).

Dans sa mise en scène, Nicolas Michon (un jeune diplômé de l'Option-Théâtre du Collège Lionel-Groulx) favorise une esthétique résolument kitsch, avec bande sonore de La Mélodie du bonheur, succès de Mireille Mathieu et autres costumes de princesse. Il a aussi recours à quatre ballerines. Constamment sur scène, celles-ci jouent un peu le rôle du choeur (ou de choreutes) qui tente d'alléger ou de commenter le drame avec leurs pointes et leurs entrechats.

Dans le rôle des parents, Claude Poissant (à contre-emploi) et Annette Garant sont fort justes et touchants. Dans celui de Richard, le narrateur de l'histoire, Samuel Côté, qui vient de remporter le prix de la relève Olivier Reichenbach au TNM, est sensible et charismatique.

Un beau baptême théâtral, donc, pour cette nouvelle compagnie.

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Chlore, jusqu'au 26 octobre, à La Licorne.