Ce brillant chassé-croisé amoureux entre quatre jeunes gens aurait aussi pu s'intituler Robin et Alice ou encore Richard et Marion et même Alice et Marion ou Robin et Richard, comme l'évoque ironiquement l'auteur dans sa finale, tant les quatre personnages de cette fable sont instables dans leurs histoires de coeur. Malgré tous les efforts qu'ils font pour «aimer un peu plus».

Jean Siag LA PRESSE

Étienne Lepage confirme dans cette pièce inspirée d'un conte médiéval (Le jeu de Robin et Marion) son grand talent de dialoguiste avec ce texte à la fois fin et cru, parfois très drôle, mais surtout sans retenue, dans la continuation de ses pièces précédentes. Avec la même franchise en tout cas. Même si on ressent moins de malaises que dans Rouge gueule ou Kick par exemple. Sur tous les plans - jeu, écriture, mise en scène -, ce Robin et Marion est une réussite.

La scénographe Geneviève Lizotte nous éblouit d'abord avec ce décor de forêt touffue qui nous permet d'entrer dans ce monde du conte, sans happy end, faut-il préciser. On a l'impression d'être projeté dans un grand livre illustré, dont les pages tournent les unes après les autres, mettant à mal toute la rhétorique amoureuse. On est clairement dans une forêt désenchantée. Surtout pour «les vieux», qui sont couchés par ces belles nuits d'été...

Pour incarner ces quatre personnages qui s'expriment sans filtre, que ce soit pour mentir ou dire la vérité, il fallait bien qu'ils aient un profil d'adolescents pour être crédibles. Ce que les comédiens, dirigés par Catherine Vidal (Le grand cahier), réussissent parfaitement à faire. Renaud Lacelle-Bourdon, Kim Despatis, Gabriel Lessard et Maryln Perreault sont tous quatre excellents.

Au-delà de son apparente superficialité, Robin et Marion reprend les thèmes de l'amour courtois et du conte amoureux, mais sans «bullshit», en les transposant dans notre réalité actuelle. Même si on rit souvent dans cette pièce, la conclusion d'Étienne Lepage est cinglante: nos rapports amoureux sont conditionnés par nos désirs du moment présent. Forcément changeants. Forcément égoïstes aussi.

L'amour existe-t-il? La question n'est pas aussi naïve qu'on pourrait le croire...

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Au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 13 octobre.

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Rébecca Déraspe reçoit un prix



Juste avant la première de Robin et Marion, mercredi soir, le nouveau directeur artistique du Théâtre d'Aujourd'hui, Sylvain Bélanger, a remis le prix BMO à l'auteure Rébecca Déraspe pour sa pièce Deux ans de votre vie, présentée au cours de la dernière saison dans une mise en scène de Jacques Laroche. Le prix BMO, offert par la Banque de Montréal est accompagné d'une bourse de 10 000$. C'est le public du Théâtre d'Aujourd'hui qui a voté pour le gagnant de ce prix.