Dotée d'un tout nouveau véhicule beaucoup plus grand, La Roulotte, fondée par Paul Buissonneau il y a 60 ans, est de retour dans les parcs de Montréal pour une cinquantaine de représentations. Cet été, petits et grands pourront voir une adaptation originale à tendance clownesque du classique Peter Pan.

Josée Lapointe LA PRESSE

De Disney et Spielberg, les versions de Peter Pan ont été nombreuses et variées depuis sa création par J.M. Barrie il y a 110 ans. Le metteur en scène Félix Beaulieu-Duchesneau y ajoute son grain de sel, en livrant sa vision très personnelle du petit garçon qui ne voulait pas grandir. Après son travail avec Le magicien d'Oz il y a deux ans, on constate qu'il aime bien les mondes imaginaires...

«C'est le lieu où niche le subconscient, un endroit caché où prend forme l'imaginaire», acquiesce en souriant le comédien et metteur en scène. Comme pour Le magicien d'Oz, Félix Beaulieu-Duchesneau a mis l'accent sur l'aspect déjanté, loufoque et délinquant de l'histoire, mais aussi sur son côté émouvant. «J'ai voulu aller une «coche» plus loin.»

Pour son adaptation, Félix Beaulieu-Duchesneau s'est inspiré de la pièce, «plus ramassée que le roman», et de l'histoire personnelle de J.M. Barrie, qui a été marqué par la mort de son frère aîné à l'âge de 13 ans. Le Peter Pan imaginé par le metteur en scène est ainsi une sorte d'incarnation de ce frère disparu - il s'est lancé par la fenêtre pour prouver qu'il savait voler -, laissant ses parents inconsolables. «Le père est devenu très rigide; la mère, au contraire, est extrêmement émotive. Les enfants qui restent, eux, ne peuvent rien faire, ni bouger, ni jouer, ni raconter d'histoire. Ils essaient de trouver leur place.»

«Garçon perdu»

Ils essaient aussi de retrouver leurs parents, de «les sauver en leur faisant croire aux fées». Ils le feront avec l'aide de Peter Pan, «garçon perdu» qui vient les visiter alors que les parents font une sortie pour la première fois depuis la mort de leur fils deux ans auparavant. Sorte de clown poétique, extravagant et sans limites, il les entraînera alors dans le pays perdu. «Je ne fais voler personne, avertit Félix Beaulieu-Duchesneau. Nous ne sommes pas le Cirque du Soleil, avec des poulies et des câbles! Ce voyage, les enfants le font dans leur chambre, où le lit se transforme en barque, le coffre en île, l'horloge en Big Ben. On reste dans l'esprit de La Roulotte, avec des moyens artisanaux.»

C'est lorsqu'ils portent un nez de clown, déposé par la fée Clochette, que les enfants «s'envolent». Ils rencontrent alors le capitaine Crochet et son fidèle Mouche, les doubles de leurs parents devenus un duo clownesque tragicomique très près de leur réalité. Félix Beaulieu-Duchesneau a donc demandé à ses comédiens un jeu très physique, très près de la commedia dell'arte. «En fait, il faut qu'ils soient précis et raffinés, mais en même temps très larges, parce que tout est amplifié quand on joue dehors.»

Assumé et franc

Les cinq jeunes comédiens, suivant la tradition, sont tous des finissants de l'École nationale de théâtre ou du Conservatoire d'art dramatique. «C'est extraordinaire, ils sont en feu! s'exclame le metteur en scène. Ils sont généreux et ont été choisis parce qu'ils sont dans l'esprit de La Roulotte. Ils savent travailler en équipe, ils sont physiques et ont un jeu corporel assumé et franc.»

Rencontrés lors d'une répétition sous la canicule, cette semaine dans un parc de Verdun, les trois garçons et deux filles racontent que pour ce spectacle, ils ont dû «désapprendre» ce qu'ils ont appris à l'école. «Félix nous a dit de ne pas avoir peur d'y aller gros», racontent-ils, contents d'avoir pu déjà sentir les réactions des enfants lors de quelques représentations dans des CPE.

Mais Félix Beaulieu-Duchesneau assure qu'il a monté Peter Pan en pensant autant aux enfants qu'aux adultes: tout le monde y trouvera son compte, espère-t-il, ne serait-ce que dans la trame sonore, qui va d'une ambiance punk à des choeurs d'enfants. Et il a fait bien attention pour que ses héros soient nuancés. «Tout n'est pas blanc ou noir. Peter Pan n'est pas parfait, il peut être méchant et mesquin, et Crochet peut être touchant.»

Surtout, ajoute-t-il, s'il aborde le thème de la mort, c'est pour parler de la vie. «C'est une pièce sur une famille dysfonctionnelle et sur comment on peut survivre au deuil et atteindre la résilience. Il n'y a pas que du mauvais dans le fait de ne pas vouloir grandir. Et c'est peut-être en retrouvant son Peter Pan intérieur qu'on peut arriver à consoler l'adulte qu'on est. Est-ce trop intense? Je ne crois pas. Je fais confiance à l'intelligence et à la sensibilité des enfants.»

Peter Pan, dans un parc près de chez vous à compter du 26 juin. Mise en scène: Félix Beaulieu-Duchesneau. Avec Louis-Philippe Berthiaume, Jérémie Francoeur, Léane Labrèche-Dor, Gabrielle Lessard et Maxime Mailloux.

Infos: laroulotte.accesculture.com