L'adaptation multimédia de La belle et la bête, créée par les concepteurs Michel Lemieux et Victor Pilon, a été programmée au Théâtre national de Chaillot du 21 février au 1er mars 2013, a appris La Presse. La programmation complète de la prochaine saison du célèbre théâtre parisien sera annoncée demain par son directeur artistique, Didier Deschamps.

Jean Siag LA PRESSE

Créée au mois de janvier 2011 au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), la pièce de théâtre, qui multiplie les effets visuels et les images de synthèse en trois dimensions, mettait alors en vedette Bénédicte Décary et François Papineau dans les rôles de la belle et la bête. Les comédiens y jouaient des scènes avec des personnages virtuels. L'équipe de création avait donné 44 représentations de la pièce un peu partout au Québec.

À Paris, Bénédicte Décary (Les amours imaginaires, Dédé à travers les brumes) demeurera la belle, mais elle domptera cette fois le comédien de Momentum, Stéphane Demers (Tristesse animal noir, Yellow Moon), dans le rôle de la bête. Louise Laprade interprètera quant à elle le rôle de la narratrice et gouvernante du manoir, que défendait Andrée Lachapelle. Les hologrammes des soeurs de la belle seront incarnés par Anne-Marie Cadieux, qui succède à Violette Chauveau.

La pièce, qui revisite le conte original publié en 1740 par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, sera ensuite présentée dans une demi-douzaine de villes de France, y compris la Scène nationale de L'Oise à Compiègne (coproducteurs), mais aussi à Bayonne, Arcachon, Colombes et Sainte-Maxime. La tournée devrait se poursuivre jusqu'à la fin mars 2013. C'est la deuxième fois que le tandem se retrouve à Chaillot. Il avait donné trois représentations de sa pièce Norman en 2010 au Festival Anticode.

«On est vraiment très contents, a confié Michel Lemieux, rencontré hier dans son studio de répétition de Pointe-Saint-Charles, où se trouvait l'ensemble de la troupe. Avec Norman, c'était une première entrée à Chaillot, mais là, on fait partie de la programmation régulière, aux côtés des plus grands metteurs en scène européens. Pour nous, c'est inouï, et puis c'est sûr que ça va nous aider pour notre tournée qui suivra.»

En anglais à Toronto et Boston

En attendant, Lemieux.Pilon4dArt présentera comme prévu sa pièce en anglais (La belle et la bête: A Contemporary Retelling) au festival Luminato de Toronto, du 8 au 12 juin. La distribution demeure la même, à l'exception du rôle de la narratrice, qui sera interprété par la comédienne anglophone Diane D'Aquila (Elizabeth Rex). La troupe donnera cinq représentations de sa pièce au Arts Emerson de Boston, du 5 au 9 décembre. Une invitation du réputé directeur artistique Rob Orchard.

Ce qui a le plus changé dans l'adaptation anglaise de Maureen Labonté? «Le texte, répond Victor Pilon. On a d'abord réécrit le texte en français, qui sera notre base de travail pour Paris. Au départ, nous avions demandé à l'auteur Pierre-Yves Lemieux de rester collé au conte d'origine de 1740. C'était fleuri, poétique, mais on sentait que ça ne passait pas toujours bien. Pierre-Yves l'a réécrit pour qu'il soit plus direct, plus contemporain. Ça nous a aussi permis de clarifier l'histoire. Et puis, on l'a traduit en anglais.»

«Aux États-Unis et en Asie, les diffuseurs achètent un spectacle. En Europe, ils endossent une démarche artistique, précise Michel Lemieux. Ils veulent rencontrer les artistes, connaître leurs motivations, et puis le projet se développe en partenariat. Pour nous, c'est plus agréable; on se sent moins comme un produit. Cela dit, on voulait jouer la pièce en anglais pour pouvoir la présenter ailleurs dans le monde. Les représentations de Toronto et de Boston devraient nous offrir de belles possibilités en ce sens.»

Cette adaptation de La belle et la bête est bien loin de la lecture qu'en a faite Walt Disney, la plus largement diffusée. Dans la version de Lemieux et Pilon, la belle est une peintre torturée, fille d'un marchand d'art, qui peint des corps recouverts de cicatrices. Le personnage de la bête vit quant à lui reclus dans un manoir après une rupture amoureuse. S'il est défiguré, c'est qu'il s'est blessé en cassant les miroirs de son manoir. Leur rencontre fortuite, contrairement au conte, est le début d'une histoire d'amour, qui survient après des abandons.