Le dépanneur du coin, royaume de l'immuable et de l'ordinaire, est un lieu si familier qu'on fréquente les yeux fermés. L'accommodation où se situe Mélodie dépanneur, c'est tout le contraire. On s'en doute déjà un peu lorsque, avant d'entrer dans la salle, nos narines captent un léger parfum d'encens. L'alerte n'est toutefois pas à la hauteur de la surprise qui nous attend à la découverte du décor...

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Le dépanneur Mélodie n'est pas un dépanneur ordinaire, c'est une sorte de temple. Il y a bien sûr la déco d'inspiration chinoise (rouge impérial, éventail, etc.). Le plus ahurissant, c'est toutefois ces denrées qui ne sont pas disposées sur des étals, mais érigées en statues: un de paquets de gomme, un dragon canette de bière et de thé glacé ou encore un bouddha avec des yeux de Cherry Blossom!

Paul (Luc Bourgeois) ne tombe pas des nues en y mettant le pied: ce commerce à l'allure pour le moins atypique, c'est celui de son défunt père. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'aura pas de surprise. Peu après son arrivée, il est en effet confronté à trois habitués: Poupée et Princesse, deux jumelles au physique ingrat interprétées par Mélanie St-Laurent et Louise Cardinal, et Kangourou (Sébastien Gauthier), un bum aux pulsions violentes qui a un courant d'air entre les oreilles.

Paul n'a qu'un projet en tête: fermer une fois pour toute le commerce de son père Fernand, à qui il reproche des tonnes de choses, en particulier d'être devenu spécialiste dans l'art de lui faire honte. L'étrange trio auquel il est confronté, lui, a une idée fixe: empêcher «leur» dépanneur de fermer.

S'inspirant visiblement du cliché du dépanneur vietnamien du coin, l'auteur Mathieu Gosselin a joyeusement dérapé et fabriqué une histoire folle où se mêlent secrets de famille, humour de sitcom, parodie de comédie musicale, hypnose et folies ésotériques. Benoît Vermeulen, qui signe la mise en scène, a attrapé au vol ce foisonnement d'idées décalées et l'a transformé en une très amusante chinoiserie.

Mélodie dépanneur se nourrit autant de clichés que de flashes inspirés. Les jumelles «identiques» parlent souvent en même temps et s'adonnent à une rigolote gymnastique langagière qui fait que l'une appuie, commente ou termine les phrases de l'autre. Kangourou est quant à lui un archétype de mauvais garçon au bon coeur, remis sur le droit chemin grâce à la sagesse du défunt Fernand. Paul est un homme exagérément sensible et maniéré, blessé par l'enfance et soumis à sa Kiki, sa femme enceinte.

Une fois mises en commun, dans ce lieu impossible imaginé par la scénographe Nathalie Trépanier, tout ce qui ressemble à une idée reçue s'évapore et devient une partie de ce grand tout très original qu'est Mélodie dépanneur. On peut être momentanément désarçonné par le mélange de genres auquel ce spectacle s'adonne, mais on se laisse inévitablement séduire par son rythme, le jeu des comédiens et la possibilité qu'il offre de rire au premier... ou au deuxième degré.

Mélodie dépanneur, jusqu'au 20 août, au Petit théâtre du nord (Blainville).