La solitude est un sentiment que tout le monde partage. Beau paradoxe qu'on n'a pas fini d'explorer! Les 10 comédiens de La Banquette arrière, menée par Sophie Cadieux et Éric Paulhus, ont décidé de conjurer la leur en participant à l'écriture de cette oeuvre collective percutante en forme de courtepointe.

Mis à jour le 23 févr. 2010
Jean Siag LA PRESSE

C'est Dalida qui faisait le juste constat que malgré tous nos efforts, «on n'a jamais fait un cercueil à deux places» dans sa chanson Pour ne pas vivre seul. Mais ne broyons pas du noir avec Yolande... Il y a dans Silence radio des ondes positives en dépit du triste destin de ses personnages.

Difficile de résumer cette histoire fragmentée, installations vivantes savamment chorégraphiées, qui réunissent plusieurs personnages insolites, dont une cosmonaute russe, un animateur de radio clandestine, un concierge, une ex-cantatrice, un voyant charlatan, etc. De drôles de bibittes qui flirtent avec la mort à force de magnifier leur solitude.

Les premières scènes nous donnent à croire que la soirée sera sombre et peut-être longue, mais le spectateur a tôt fait d'être interpellé par le destin tragi-comique de ces hommes et de ces femmes. En peu de temps, nous voilà emportés dans cet univers ténébreux (la musique, excellente, est de Philippe B.) qui provoque aussi quelques rires.

Du simple ouvrier qui engage la conversation avec sa voisine cantatrice à ce jeune homme parano qui voit partout des complots, en passant par cette femme hagarde, qui a manifestement rompu avec la communauté des hommes, Silence radio répertorie habilement les multiples solitudes de notre temps et les fantômes qui les accompagnent.

La mise en scène de Geoffrey Gaquère, qui avait monté l'an dernier Hôtel Pacifique de Fanny Britt, étonne et éblouit. Le metteur en scène d'origine belge parvient à tisser des liens entre les personnages, notamment en réunissant certains d'entre eux dans le même immeuble. Les éclairages nous donnent l'illusion d'entrer dans l'âme de ces êtres infiniment seuls.

La métaphore des ondes radio, ou si vous voulez de tout ce qui relie l'être humain à ses semblables, est très bien exploitée, particulièrement lorsque les ondes se brouillent et mettent en communication des personnages que tout oppose. Comme la cosmonaute (coincée dans l'espace) et l'animateur radio (coincé en prison?).

De fins rubans sont également déployés sur la scène comme s'il s'agissait d'une toile (représentant des réseaux de communication), dans laquelle se promènent les personnages. L'évocation de la mort qui rôde est constante. Représentée entre autres par ces corbeaux qui tombent du ciel. Très hitchcockien!

Il y a une belle unité de jeu dans l'interprétation des différents personnages, tous remarquablement bien rendus. Finalement, on prend goût à ces petits numéros d'équilibristes ou de funambules qui jouent leur vie discrètement, «un samedi soir, sur la Terre».

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Silence radio, du Théâtre de la Banquette arrière. À Espace libre jusqu'au 6 mars.