Le Théâtre L'instant propose cette semaine au Prospero un spectacle solo inspiré du roman Madame Bovary, qui met en vedette la comédienne Enrica Boucher. L'adaptation québécoise d'Emma, créée en Belgique en 2008, laisse entrevoir une rencontre intime et intense.

Jean Siag LA PRESSE

Le metteur en scène belge André-Marie Coudou qualifie Emma de comédie tragique. Contrairement à la production originale, écrite et mise en scène par Dominique Bréda, il a voulu mettre l'accent sur le côté sombre du personnage, même si certains passages sont éminemment comiques.

Cette Emma, qui est tour à tour une enfant, une adolescente révoltée de 17 ans (qui refuse de lire Madame Bovary), une femme désabusée de 40 ans et une vieille femme déçue, André-Marie Coudou la voulait tranchante et délirante. «C'est la Emma de 40 ans qui narre son histoire, explique-t-il; qui revit les différentes périodes de sa vie. Et qui se projette dans le futur.»

Le lien avec la Emma Rouault de Flaubert? «Le fantôme de Madame Bovary est omniprésent, poursuit le cofondateur de L'instant, arrivé au Québec en 2002. À 40 ans, quand son mari la quitte pour une jeune donzelle, elle lit le roman accidentellement et conclut: mais je suis Madame Bovary! Mon mari est une Madame Bovary! Nous sommes tous des Madame Bovary!»

Comme Flaubert en son temps, qui avait lancé son célèbre: «Madame Bovary, c'est moi!» un peu pour les mêmes raisons, mais aussi pour couper court à l'enquête sur ses sources. L'auteur s'était, en effet, inspiré de l'histoire «immorale» de Delphine Couturier, une jeune paysanne qui avait marié un officier pour se sortir de sa situation, mais qui l'avait trompé allègrement, puis ruiné, avant de s'enlever la vie.

Au fond, les deux Emma ont en commun une certaine quête de bonheur et cette insatisfaction perpétuelle bien de notre temps. Arrive un moment où Emma s'en prend à tous les marchands de bonheur. «Elle écrit au père Noël, à Ikea, à Wal-Mart et même à Fabienne Larouche, bref à tous ceux qui font croire à un certain bonheur», nous raconte le metteur en scène, dont le dernier projet était une adaptation de Combustibles d'Amélie Nothomb.

Pour interpréter ce solo, André-Marie Coudou s'est tourné vers la comédienne Enrica Boucher, qu'il avait vue dans la pièce de Dave St-Pierre, Un peu de tendresse, bordel de merde. «Elle était magnifique», dit-il simplement de l'actrice qu'on a vue dans Les pieds des anges et Le procès de Kafka.

«J'aime les créations, affirme Enrica Boucher. Ce solo est un énorme défi pour moi. C'est épeurant. Il n'y a qu'un partenaire: le public. Et puis il n'y a aucun changement de costume. Tout est dans le corps. C'est une seule et même Emma qui raconte son histoire.» La comédienne reprendra Un peu de tendresse, bordel de merde en février et mars.

Un mot sur L'instant, cette jeune compagnie de théâtre cofondée en 2005 par Coudou, mais aussi Isabelle Tincler et Fabrice Tâïtsch. Les trois compères se sont connus en Belgique, leur pays d'origine. Ils se sont retrouvés par hasard à Montréal, et en sont à leur troisième production. Ils planchent actuellement sur un projet de création au sujet de leur intégration au Québec.

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Emma, du Théâtre L'instant, au Prospero, du 12 au 30 janvier.