Au bout du fil, Jan Fabre est conforme à son internationale réputation de perturbateur. «Il n'y a rien de plus beau que l'anarchie de l'amour. Rien de meilleur qu'un amour sans loi, et un bon scotch», lâche, avec un trait de provocation dans la voix, l'inclassable artiste belge de 50 ans.

Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Le prétexte de cette conversation sur la beauté, la philosophie des animaux et la tolérance comme fléau contemporain: L'orgie de la tolérance, un show «en-dessous de la ceinture» présenté à L'Usine C dans le cadre du FTA.

Le jour de notre rendez-vous téléphonique, Jan Fabre s'apprêtait à s'envoler pour Venise, où il dévoilait cinq nouvelles installations massives à la Biennale. Artiste aux modes d'expression protéiformes, il se balade entre le dessin, la sculpture, la danse et le théâtre.

Pièce qui dénonce «l'animalité consommatrice» des êtres humains d'aujourd'hui, L'orgie de la tolérance a divisé la critique européenne. «Le pire spectacle de Jan Fabre», titrait Le Monde, en avril dernier, qui soulevait pourtant (et paradoxalement) que malgré ses «gros sabots (...) L'orgie de la tolérance atteint curieusement sa cible».

Dans ce spectacle où tous les excès de notre temps sont étalés sur l'opulente table orgiaque, Fabre dépeint «une société remplie d'orgasmes feints». «Les gens, aujourd'hui, pensent et vivent à crédit, dans l'extase du consumérisme. Pour faire face à la crise économique, la seule solution que proposent les politiciens est de continuer d'acheter, de magasiner, de dépenser.»

Beauté, cruauté

Le travail artistique de Jan Fabre est un cousinage entre beauté et cruauté. Il aime repousser les limites, secouer les insécurités, déranger, exaspérer.

«Par la performance, je cherche à retrouver une certaine authenticité, à revenir à une vérité. Mon travail d'artiste est de parler de la beauté et la vulnérabilité du corps...» Lui-même est partie prenante de cette société consommatrice qu'il décrie -»Je fais partie du système» -; Jan Fabre s'empare des mêmes produits trash et obscènes qu'il décrie.

Scènes hardcore. Godemichés à la bonne franquette. Femmes qui accouchent de paquets de M & M, de boîtes de conserve et de bouteilles de vin. Tout ça saupoudré d'un nuage de cocaïne. L'ironie est reine, chez Jan Fabre. Mais le cynisme n'y trouve pas d'asile.

«Je refuse le cynisme, parce que c'est quelque chose lié à la business, à la loi du marché. Je suis un serviteur de la beauté», clame-t-il.

Comment changer, se métamorphoser, devenir autre chose que des machines à consommer? En s'inspirant des animaux, croit Jan Fabre, qui nourrit une fascination de longue date pour les scarabées. «Les animaux sont les meilleurs médecins et philosophes du monde.»

Inspiré par l'humour british des Monty Python, Jan Fabre a pimenté son Orgie de tolérance d'une bonne dose de surréalisme comique. «Quand vous analysez, vous êtes comique. Mais quand vous ressentez, vous êtes tragique», évoque celui qui, dans son spectacle, a transformé le concept de tolérance en «ironie carnavalesque». «C'est une catharsis, un grand nettoyage, mais aussi une célébration de la vie pour se débarrasser des mauvais esprits.»

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L'orgie de la tolérance, concept, mise en scène, chorégraphie et scénographie de Jan Fabre, les 25, 26 et 27 mai à l'Usine C, dans le cadre du festival TransAmériques.