Au théâtre ou au cinéma, les idéalistes sont souvent issus de milieux bourgeois ou cossus qui, à la suite d'une révélation, décident d'essayer d'améliorer le sort des plus pauvres. Mais que fait-on si on veut changer le monde et qu'on n'a pas fait son cégep? Si on veut aider ses frères humains, mais qu'on est une simple caissière de station-service? C'est le propos de la pièce Le psychomaton, présentée depuis mardi dernier au Théâtre d'Aujourd'hui.

Mis à jour le 24 févr. 2009
Marie-Christine Blais LA PRESSE

Le «psychomaton» est un genre de confessionnal automatisé imaginé par Josée, caissière de station-service éprise d'idéal, pour venir en aide à tous les démunis affectifs qu'elle voit passer devant sa caisse. Son ami Polo la fabrique, essentiellement par amour pour cette Josée intense et utopiste dont il ne comprend pas toujours les grands mots.

 

Pendant une heure trente, dans un décor de tôle très bien pensé et une mise en scène qui mise sur l'intelligence des spectateurs, 14 personnages fragiles, douloureux et incroyablement seuls vont se succéder dans ce psychomaton qui écoute leurs peines pour 2$ et leur remet une «pensée du jour» plus ou moins adéquate à la fin de leur monologue.

Josée sera de plus en plus effarée par la solitude de tous ces gens, accablée par cette société où «on a des rapports sans contact» et finalement tétanisée devant l'énormité de son propre idéalisme.

Qu'on ne s'y méprenne pas à la lecture de ce résumé, on rit souvent, pendant Le psychomaton. On rit jusqu'à ce qu'on sourie, puis qu'on sourie moins, puis plus du tout, parce qu'il y a beaucoup de peine sur scène et parce que nous avons tous croisé - ou été - l'un de ces personnages.

La pièce d'Anne-Marie Olivier, créée par le Groupe Ad Hoc à Québec en 2007 et reprise dans la Capitale l'automne dernier, peut compter sur deux grandes forces. D'abord, une solide distribution: hormis Josée, campée avec intensité par Hélène Florent, les 14 autres personnages sont incarnés par quatre comédiens. Si tous ne sont pas livrés avec la même force, tant Érika Gagnon qu'Éric Leblanc et Édith Paquet ont tour à tour des instants de grâce. Mais c'est certainement Paul-Patrick Charbonneau qui marque le plus, qu'il soit Polo ou une vieille dame esseulée qu'on aimerait connaître... même si nous savons tous que jamais nous ne lui adresserions la parole, dans la vraie vie.

Deux grandes forces, disions-nous. Si la distribution en est une, l'autre est la pièce même de la dramaturge Anne-Marie Olivier. Oh, son texte n'est pas sans failles, et à mon sens, il gagnerait encore à être coupé, sa pièce s'essoufflant peu à peu - comme dirait ma mère, il y a une couple de belles passes pour finir.

Mais cela demeure tout de même le texte d'un dramaturge capable d'écrire pour le grand public, au sens noble du terme, dans la lignée d'un Gratien Gélinas. Il est heureux que le Théâtre d'aujourd'hui accueille une pièce comme Le psychomaton, qui met des mots sur notre impuissance collective et individuelle devant la douleur de nos semblables, en frôlant le désespoir, mais en n'y sombrant pas... Non, on ne peut pas changer le monde. Mais parfois, un tout petit peu et sans qu'on le réalise, le monde peut changer.

Le psychomaton, d'Anne-Marie Olivier, dans une mise en scène de Véronika Makdissi-Warren, jusqu'au 7 mars au Théâtre d'Aujourd'hui.