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Aba & Preach: rire du «Bonjour/Hi !»

Les humoristes Aba Atlas et Éric Étienne, alias Preach... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Les humoristes Aba Atlas et Éric Étienne, alias Preach

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

La fausse conférence de presse s'ouvre sur un « Bonjour/Hi ! » provocateur. Puis, dans un phrasé qui rappelle celui de Barack Obama, un politicien annonce en anglais la création d'un parti politique : le Nouveau Parti québécois. Une formation qui propose le franglais comme langue officielle d'un Montréal indépendant...

J'ai vu la vidéo humoristique la semaine dernière, en plein psychodrame sur les doléances de la minorité anglo-québécoise suscité par un sondage Léger publié dans le Journal de Montréal, et j'ai pensé que certains chroniqueurs en auraient pour des mois à ne pas décoller du plafond s'ils tombaient par hasard sur la page Facebook des humoristes Aba & Preach.

Aba Atlas, qui incarne le chef de ce Nouveau Parti québécois, est un vidéaste et humoriste né à Ottawa, ayant grandi en Éthiopie et servi dans l'armée canadienne, avant de faire sa place dans le milieu de la danse urbaine. C'est là qu'il a rencontré Éric Étienne, alias Preach, élevé sur la Rive-Sud de Montréal dans une famille immigrante haïtienne.

Depuis deux ans, le duo diffuse sur YouTube et Facebook des vidéos décapantes, principalement en anglais, sur des sujets d'actualité et des thèmes qui lui sont chers : le racisme, la langue, la culture populaire, etc.

La vidéo du Nouveau Parti québécois est un condensé de leur humour irrévérencieux, transgressif et vulgaire, à faire hérisser le poil de la droite identitaire. Syncopes à prévoir.

C'est en réaction à un univers où ils ne se reconnaissaient pas - celui de l'humour québécois - que les deux jeunes hommes, fin vingtaine, début trentaine, ont décidé de tenter leur chance sur scène, chacun de leur côté, à l'automne 2015. Mais c'est en enregistrant ensemble des capsules vidéo, éditoriaux humoristiques qui abordent sans retenue des sujets de société touchant en particulier les communautés ethniques de Montréal, qu'ils se sont fait connaître et apprécier d'un public d'initiés sans cesse grandissant.

La publicité « blanche » du 375e anniversaire de Montréal, le char allégorique du défilé de la Saint-Jean poussé par de jeunes Noirs et la fausse nouvelle de TVA à propos d'une mosquée dans Côte-des-Neiges sont quelques sujets passés au collimateur de leur humour caustique. 

« Avez-vous regardé la dernière saison d'Occupation double ? » demande à Aba un « journaliste » de la fausse conférence de presse du Nouveau Parti québécois. « Non, j'étais trop occupé à travailler comme un nègre ! » répond-il, en faisant référence aux propos de deux candidates de la populaire émission de téléréalité.

Le duo est pleinement conscient que son humour provocateur risque de faire réagir hors des publics de niche auxquels il est principalement destiné. « On prend des risques et il y a parfois un backlash, mais on s'assume », dit Aba, qui habite le Québec depuis 2015. 

« En tant qu'artiste, on a la responsabilité d'être audacieux et de se lancer dans l'inconnu. J'ai perdu des "gigs", j'ai perdu de l'argent, mais j'ai dit ce que j'avais à dire. »

Ce qui risque d'autant plus de faire réagir, c'est le choix de ces deux Montréalais, qui maîtrisent le français, de tourner leurs capsules vidéo en anglais. La question de la langue est particulièrement sensible, comme on le sait, au Québec. « Est-ce qu'on reproche à Céline Dion de chanter en anglais ? » demande Preach, qui se dit par ailleurs sympathique au mouvement souverainiste.

Aba & Preach comptent quelque 45 000 abonnés sur leur chaîne YouTube et sur Facebook. Leur public est beaucoup plus diversifié, constatent-ils, que le public habituel des spectacles d'humour québécois. « On a un public cible qui est ignoré par les médias québécois, explique Aba. C'est ce qui explique notre popularité auprès de ce public-là, de minorité visible, essentiellement francophone, qui se reconnaît dans ce qu'on fait. »

Les dimanches, le duo anime l'Ethnic Show au club Comedyworks, rue Bishop. Un spectacle bilingue qui vise à mettre en valeur des humoristes issus de la diversité ethnique montréalaise. « Le milieu de l'humour est très homogène, dit Aba. Notre objectif, c'est que l'humour ait une diversité culturelle qui reflète la réalité de Montréal. » Rappelons que près du tiers des Montréalais appartiennent à une minorité visible.

« Je considère que comme société, on avance davantage en étant unis que si on laisse des gens de côté », ajoute Preach, qui a été portier pendant plus de deux ans au Bordel Comédie Club. Aba comme Preach sont des fils d'immigrants qui ne s'excusent pas d'être minoritaires, qui dénoncent le racisme banal du quotidien, le profilage racial dont ils sont fréquemment la cible, et le fait de se faire traiter de « nègre » en public.

Ils ne craignent pas de montrer du doigt ce qui est moins édifiant et de rappeler qu'il y a au Québec autant de racisme que dans bien d'autres sociétés, exemples à l'appui. « Our biggest export is poutine and casual racism » (« Nos principaux produits d'exportation sont la poutine et le racisme ordinaire »), déclare Aba dans une capsule. 

« Je ne sens pas que je vis dans un monde où les gens sont vraiment méchants, mais certainement ignorants de certaines réalités. »

Certains retiennent de Passe-Partout sa rectitude politique ? Aba croule de rire en découvrant « Tchin-tchin-tchin les Chinois » chantée par Cannelle et Pruneau. « C'est la chanson la plus raciste que j'ai jamais entendue ! » dit Aba. « Ça ne passerait jamais aujourd'hui », ajoute Preach, avant de diffuser une vidéo où, en banlieue parisienne, des enfants déguisés en Chinois dansent au son d'une autre version de la chanson.

« Moi, j'adore vivre à Montréal, dit Aba. C'est ma ville préférée dans le monde. On m'offrirait de travailler à Los Angeles et je resterais à Montréal. Mais il y a des choses que je vois ici qui ne passeraient pas en Ontario. Comme le défilé de la Saint-Jean avec ces jeunes Noirs. Je crois qu'on peut faire mieux collectivement. On refuse de voir que le racisme existe, on nie qu'il y a du profilage racial - on dit que c'est du "profilage vestimentaire" ! On ne me croit pas quand je dis que je me fais arrêter par la police sans raison. Il faut savoir l'entendre et s'ouvrir les yeux. »

Aba & Preach présentent l'Ethnic Show tous les dimanches à The Comedyworks




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